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| 23 07 10 Rencontre du public (près de 500 personnes!)avec les artistes de Richard II: arrivée de Denis Podalydès, à gauche Jean- Baptite Sastre, à droite le traducteur Frédéric Boyer. |
Avignon 2012 du 7 au 28 juillet . Deux artistes sont annoncés Sophie Calle et William Kentridge.
Avignon 2011 du 6 au 26 juillet le chorégraphe Boris Charmatz est l'artiste associé.
Les deux artistes associés cette année sont Olivier Cadiot et Christoph Marthaler.
J'ai séjourné à Avignon du 19 au 24 juillet 2010. De retour du festival d' Avignon, je suis partagé entre la satisfaction d'y être allé et d'avoir assisté à des spectacles intéressants et stimulants et la frustration en pensant aux spectacles que je n'ai pas vus, car malgré l'offre incroyablement pléthorique, la réponse du public est impressionnante et presque tout se joue devant des salles complètes. Il me semble que c'était une très bonne édition, révélatrice de la richesse des démarches et des réflexions dans le monde du spectacle, qui, pour les productions que j'ai vues mettait l'accent sur le processus créatif et lançait des ponts dans toutes les directions: musique, mime, danse, parole et travail sur l'espace.
Alors qu'Olivier Cadiot était omniprésent, Christoph Marthaler était invisible, mais peut-être très présent?. J'ai vu 4 spectacles du programme in L'orchestre perdu de Christophe Huysman, très mal reçu, et qui pourtant m'a paru tout à fait intéressant; Big Bang du Vivarium studio de Philippe Quesne; Un mage en été d'Olivier Cadiot, une mise en scène de Ludovic Lagarde et une performance fantastique en solo de Laurent Poitrenaux; Richard II et les deux concerts Dusapin et deux off, l'île aux esclaves de Marivaux et Agatha de Duras. J'ai encore suivi la conférence de presse publique autour de Schutz vor der Zukunft de Marthaler avec Stefanie Carp qui a expliqué l'origine de ce spectacle inspiré par des euthanasies d'enfants pratiquées à Vienne par centaines au cours de la deuxième guerre mondiale et les rencontres avec les artistes de Big Bang et de Richard II, d'excellents moments qui éclairent bien les productions évoquées. Le festival fait ressortir la fascinante richesse du monde théâtral et le niveau très élevé dans chaque domaine (auteur, metteur en scène, acteur notamment) des personnalités impliquées.
L'orchestre perdu de Christophe Huysman. Il s’agit certes d’une production très fragmentée dont le propos d’ensemble est difficile à saisir. Pourtant j’ai trouvé que toutes les composantes étaient belles à commencer par le texte, la musique, le jeu des acteurs, la mise en scène et les lumières. http://www.leshommespenches.com/
Big Bang de Philippe Quesne. On assiste à la construction d’une série de tableaux vivants avec très peu de paroles, à la naissance d’images par une série d'associations, de collages qui soudain se oncrétisent, se fixent. Les premières scènes m’ont fait penser aux Mummenschanz. On part d'une évocation de la banquise pour passer à des hommes préhistoriques qui se transforment en vacanciers avides de grand air qui font du rafting, pour arriver à des cosmonautes! Quelque chose d'improbable, d'absurde qui suit imperturbablement son cours avec le plus grand sérieux!
A signaler que Big Bang sera présenté à Nyon ( en fait le spectacle est donné à l'Arsenic à Lausanne) du 14 au 16 août 2010 dans le cadre du festival-far.
Un mage en été d’Olivier Cadiot présenté à l’opéra théâtre dans une scène à l’italienne. C’est une formidable performance de Laurent Poitrenaux, seul sur scène dans une superbe mise en scène de Ludovic Lagarde. Laurent Poitrenaux dit le texte tout en étant acteur et mime et parvient à fixer l’attention pendant 90 minutes. Malgré la beauté du spectacle, j’avoue n’avoir pas retenu beaucoup d’éléments du texte, évocation d’images liées à l’eau, de tableaux, fil conducteur des activités d’un mage, mais en réalité le texte lui-même ne m’a pas marqué.
Richard II Shakespeare, mise en scène Jean-Baptiste Sastre et scénographie de Sarkis. Lors de la rencontre avec les artistes j'ai appris que l'image floutée des murs de la Cour d'honneur était due au fait que cette paroi a été photographiée entièrement et que l'on voit une projection et non le mur réel. Ce qui crée une distance, par contre la mise en scène très sobre, avec un tronc immense qui se consume et évoque un feu de cheminée ou la destruction des châteaux par la guerre crée un contexte contemporain de la pièce, les costumes sont inspirés de peintures de l'époque. La musique qui intervient parfois très stridente est totalement dissociée avec des trompes électroniques, le Beau Danube Bleu, une comédie musicale américaine. Assurément il y a une volonté de créer une distance, par ailleurs le texte est dit et la pièce se déroule dans une grande clarté sans surintéreprétation. Denis Podalydès propose une fantastique incarnation du rôle principal de ce roi sur le chemin de la déchéance.
Le metteur en scène associé au Festival en 2009 est Wajdi Mouawad né en 1968 d'origine libanaise il vit au Canada. Je n'ai pas vu le spectacle qu'il présentait en 2008 intitulé Seuls et où il était effectivement seul, par contre j'ai entendu un dialogue dans lequel il présentait sa conception du travail d'acteur et de metteur en scène construit sur une longue durée et cela semblait très intéressant! A relever également un spectacle de Warlikowski sur la scène du Palais des Papes Apollonia du 16 au 19 juillet (vu à Genève en janvier 2010). Christophe Marthaler est présent avec Riesenbutzbach une colonie permanente du 23 au 29 juillet. On retrouve Stefan Kaegi, Rimini Protokoll avec Radio Muezzin.
http://www.festival-avignon.com
J'ai vu 4 spectacles du in du 19 au 21 juillet 2008: Das System de Falk Richter qui est lui-même auteur et metteur en scène. Ici il a été mis en scène par Stanislas Nordey, sans doute la recherche la plus intéressante que j'ai pu voir, 5 heures de spectacle qui explorent les différents registres de l'expression théâtrale, allant de l'invective au dialogue ou au monologue intime, en passant par des jeux vidéos. Le texte est construit autour d'une critique véhémente de divers aspects de la société actuelle: ce qui va de la guerre en Irak, à la manie de recourir à des consultants d'entreprises!.
Hamlet dans la conception de Thomas Ostermeier un grand spectacle fantastiquement bien joué, surtout par le rôle titre, Lars Eidinger, qui fait un numéro époustouflant, mais qui ne rend pas justice au texte.
Empire (Art & Politics) de Superamas une tentative de présenter les problématiques de la guerre et du pouvoir dans un esprit proche de Mamma Mia, c'était sympa, mais pas très convaincant! Enfin la lecture d'extraits de la Divine comédie de Dante dans la cour d'honneur dans un froid glacial. C'était fascinant d'entendre ce texte rigoureusement contemporain de la construction du bâtiment. On parvient tout de même à la conclusion que dans le fond l'architecture nous est plus familière et compréhensible que le discours de cette époque. J'ai encore vu l'installation Paradiso de Romeo Castellucci à l'église des Célestins qui pose la question du kitsch dans le théâtre! Dans le off j'ai vu Product de Mark Ravenhill.
Avignon 2007
6 - 27 juillet 2007
Avignon 2006
La soixantième édition du Festival d'Avignon se déroulera du 6 au 27 juillet 2006. L'artiste associé est Josef Nadj.
Programme 2006 du Festival d'Avignon du 6 au 27 juillet.
L'édition 2006 achevée voici quelques observations sur les spectacles vus entre le 22 et le 24 juillet 2006.
Arrivé dans l'après-midi, je prends la température en parcourant la ville et je regarde les innombrables affiches des spectacles du off. Je veux aller voir une pièce avant la soirée dans la cour d'honneur du Palais des Papes et je décide que je verrai un spectacle qui débute lorsque je passe devant le théâtre où il a lieu. Et bien ce sera Les Errants de Côme de Bellescize par le Théâtre du fracas. Les articles affichés m'apprennent qu'il s'agit d'une troupe de jeunes qui ont obtenu un prix à Paris. Une pièce qui parle d'actualité, les réfugiés à Sangate, en l'intégrant dans la tradition de l'histoire théâtrale: 12 acteurs et 2 musiciennes proposent un excellent spectacle. J'ai vraiment apprécié cette tentative de créer une pièce avec un thème actuel, même si elle est parfois un peu scolaire.
De plus c'est une excellente mise en condition pour apprécier le spectacle du soir Les Barbares de Maxime Gorki mis en scène par Eric Lacascade. Ici aussi l'auteur a choisi un thème de l'actualité de son temps (1905): la construction du chemin de fer dans un petit village russe pour dresser le portrait de différentes personnalités et construire un récit sur les relations entre des personnages aux caractères très marqués selon leur niveau culturel et leur âge. La mise en scène sobre met en évidence des numéros d'acteur très accomplis.
Le lendemain c'est le domaine de la science fiction paranoïaque dans une atmosphère qui évoque le meilleur des mondes qui m'attend avec Chaise d'Edward Bond. La mise en scène d'Alain Françon et le jeu des quatre acteurs aboutissent à un spectacle d'une intensité extrême. Lundi je découvre Les Marchands de Joël Pommerat au Théâtre municipal. La voix est celle d'une seule narratrice, tous les autres intervenants évoluent dans un silence presque complet sur la scène, mimant les éléments du récit. L'histoire d'une ville qui dépend d'une seule entreprise et l'évolution tragique d'une marginale qui ne travaille pas dans cette usine. Un spectacle qui laisse des images fortes et l'écho de ce récit inscrit dans ma mémoire.
Enfin j'évoque la production la plus insolite découverte au cours de cette édition Rimini - Protokoll cargo Sofia-Avignon, un voyage en camion bulgare. Ici on est dans un champ qui se situe entre le spectacle, le documentaire filmé, le reportage et l'art contemporain proposé avec une maîtise étonnante par le Soleurois Stefan Kaegi (né en 1972) qui fait partie du collectif Rimini-Protokoll. J'avoue avoir hésité à m'engager dans cette aventure! Lorsque j'ai vu le camion et les trois banquettes destinées aux spectateurs j'ai eu mal au coeur. J'ai cru d'abord que le camion était entièrement fermé sans fenêtres avec seulement des écrans, après avoir lu la notice qui accompagne chaque spectacle j'ai compris que toute la longueur gauche du véhicule était une fenêtre tantôt ouverte sur l'extérieur, tantôt transformée en 3 écrans de projection. Je me suis heureusement décidé, il faut dire que cela valait la peine; et pourtant! 2 heures en camion sur une banquette à la place du papier de toilette ou des caisses de melon comme nous le rappelle aimablement notre chauffeur bulgare sont une véritable épreuve surtout par une température extérieure de 38°. La réalisation est absolument époustouflante, elle associe simultanément plusieurs lieux, plusieurs récits et une multitude d'expériences. On peut dire que cette démarche s'inscrit dans la suite des travaux de Thomas Hirschhorn. Ce dernier en effet avait à Avignon, en 2000, dans le cadre de l'exposition la Beauté placé un kiosque philosophique au pied d'un gigantesque HLM situé hors les murs historiques de la ville où se cantonnent habituellement les visiteurs. Stefan Kaegi nous propose un parcours sur le périphérique extérieur d'Avignon. Tentons de résumer cette expérience. Attachés sur leur banquette, les spectateurs sont accueillis par les deux chauffeurs bulgares et une traductrice blonde à l'accent oriental. Il existe une liaison vidéo avec la cabine de pilotage comme avec l'extérieur. Les écrans baissés, une projection nous raconte l'histoire d'une grande entreprise de transport allemande qui a racheté les transports d'état bulgares. On va suivre d'une part un reportage sur cette entreprise qui sera projeté au cours du parcours, nous apprendrons à la fin qu'elle a fait l'objet de la plus grande descente de police de l'histoire allemande en 2005. Par ailleurs tout écran baissé le parcours débute par une présentation de Sofia, les chauffeurs vont nous raconter leur périple de Sofia à Avignon, les douanes, les particularités de chaque pays. Ils se présentent aussi, racontent leur vie, leur famille, nous montrent des photos. Un premier arrêt: les écrans se lèvent et l'on découvre la gare des containers d'Avignon, un employé vient expliquer le fonctionnement de cette gare. Nous ferons ainsi plusieurs étapes qui font découvrir les éléments sous-jacents de l'activité économique des transports routiers de la région. Plus loin ce sera un immense marché de gros, ouvert de 5h à 7h du matin où sont écoulés les fruits et légumes français, ces étapes commentées s'achèveront par le récit d'un transporteur avignonnais, actif dans ce domaine depuis deux générations. Au cours du parcours nous rencontrons aussi une mystérieuse figure féminine. La première fois elle est assise immobile, prostrée dans un giratoire. Plus loin, elle chante une chanson et nous la retrouvons à l'arrivée. Il y a ainsi une multitude de niveaux qui permettent le déploiement de plusieurs récits et l'expression d'expériences multiples sans oublier celle des spectateurs embarqués dans le camion.
Stefan Kaegi a présenté à Avignon un autre spectacle Mnemopark créé au théâtre de Bâle en 2005 que je n'ai pas vu.
Le créateur associé à cette édition est le chorégraphe hongrois Josef Nadj. Une exposition à la maison Jean Vilar permet de découvrir son travail, en particulier grâce à des vidéos de ses spectacles. Par ailleurs la performance Paso Doble réalisée avec le peintre Miguel Barcelo a été filmée et elle est projetée dans le cadre de l'exposition de la collection Lambert Figures de l'acteur, le paradoxe du comédien.
Patrick Schaefer L'art en jeu 31 juillet 2006
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Avignon 2005
Jean Fabre est le créateur associé au Festival. Il produira plusieurs spectacles notamment une reprise de Je suis Sang mentionné ci-dessous du 15 au 17 juillet. On retrouvera également Olivier Py et Krzysztof Warlikowski.
Le créateur associé au Festival cette année est le Belge flamand Jean Fabre. Javoue navoir pas beaucoup datomes crochus avec son travail, je n'ai donc pas vu les deux spectacles qu'il propose dans la cour d'honneur du Palais des Papes, j'avais déjà vu Je suis sang en 2001. Ceci dit il semble avoir conçu une belle édition du Festival ouvert sur des approches variées, laissant une place importante aux débats et aux lectures dans lidée visiblement doffrir un panorama le plus complet possible de la création et de la réflexion autour de la scène et de ses publics en France et en Belgique aujourdhui.
Le grand intérêt dAvignon réside dans cette richesse, il y a des spectacles qui échappent complètement au théâtre et d'autres au contraire qui se concentrent avec intensité sur la parole dite par des acteurs complètement au point et qui veulent montrer tout ce quils savent faire à cette occasion.
En quatre jours j ai vu quatre spectacles ce qui signifie près de 20h de représentation: Anéantis de Sarah Kane par Thomas Ostermeier. Un huis clos dans une chambre d’hôtel, sur un plateau tournant on découvre un grand lit et les accessoires d’une chambre d’hôtel y compris la salle de bain, il y a 3 acteurs. C'est moins violent que Purifiés par Krzysztof Warlikowski en 2001. La pièce présente la relation rompue entre un homme mûr et une très jeune fille. Elle la suivi pour la dernière fois dans une chambre hôtel. La pièce explore le passage de la violence privée à la violence publique, celle de la guerre. Lhomme qui se dit à la fois journaliste et espion se sait traqué. Finalement un troisième protagoniste intervient, un soldat qui raconte les horreurs quil a subies et commises et qu'il continue à commettre. 2h.
Hamlet en version française. Après une version lituanienne très imagée en 1998, une version polonaise de Warlikowski en 2001, voici une version française qui revendique la présentation intégrale du texte. La mise en scène d'Hubert Colas est ingénieuse, elle noffre pas dimages spectaculaires et se concentre sur le texte fort bien présenté. 4h 30 .
La vie de Galilée de Bertold Brecht par Jean-François Sivadiez, magnifique spectacle, dense et enjoué réalisé dans lesprit dun théâtre de foire. 3h.
Enfin Les Vainqueurs dOlivier Py 10h de spectacle de 15h à 1h du matin un travail qui réussit à être prenant, à accrocher le spectateur par les décors, la mise en scène et le jeu virtuose dacteurs qui savent tout faire. il faut dire qu'Olivier Py est très présent dans ce festival avec deux concerts accompagnés de lecture de ses textes, une journée consacrée à Srebrenica le 12 juillet et un concert de chansons.
Festival dAvignon 6 au 28 juillet 2001
Pour une fois je vais sortir des limites de lart et des expositions et me livrer à quelques considérations sur le Festival dAvignon. Ce Festival comprend, tout le monde le sait, le In, dirigé par Bernard Faivre dArcier et le Off. Contrairement à ce que cette division pourrait laisser croire, il faut se rendre compte que le In propose les spectacles les plus originaux, souvent difficiles, le Off offre des spectacles plus commerciaux, (les troupes doivent rentabiliser leur présence à Avignon) plus accessibles, presque toujours fort bien joués qui durent généralement une heure et sont présentés pendant toute la durée du Festival. Plus de 40 spectacles, récitals ou ballets sont présentés dans le cadre du In, alors que le Off propose environ 500 spectacles. Le In offre un panorama de la création théâtrale en France tout en proposant des ouvertures sur le théâtre étranger. Cette année il présentait des options très différentes relevant de conceptions souvent diamétralement opposées du théâtre.
Après ces généralités encore une remarque liminaire. Ce qui me frappe dans ce Festival , cest la qualité dattention et dintérêt du public. On peut sans doute parler de ferveur. Cest une grande différence avec le public des expositions dart qui est souvent un passant à la recherche de sensations fortes immédiates.
Voici quelques réflexions sur 3 spectacles vus entre le 19 et le 22 juillet. (A relever que je nai pas vu, faute de billets, les spectacles les plus courus pendant cette période Bérénice, mise en scène par Lambert Wilson et La Mort de Danton de Büchner, mise en scène par Thomas Ostermeier.)
Hamlet. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski (1962), spectacle en polonais surtitré.
Cette mise en scène de Hamlet propose un découpage presque cinématographique, des scènes qui senchaînent avec beaucoup de clarté, un rythme soutenu, intense. Malgré la narration simultanée de certains épisodes, lattention est très centrée, les spectateurs sont assis face à face, la pièce se déroule au centre comme sur un ring. Dun côté des miroirs qui soulignent la mise en scène et le caractère trompeur des apparences, les jeux de la trahison, de la manipulation et du théâtre qui forment le cur de la pièce. Le jeu des acteurs est intense. Krzysztof Warlikowski ninsiste pas sur les caractères anecdotiques de lapparition du fantôme dans la première partie et se concentre sur les relations entre les personnages; les problèmes dattraction- répulsion, le désir et la trahison. Horatio est un ami plus important quOphélie. La seconde partie est centrée sur le combat entre Laerte et Hamlet fortement marqué par les arts martiaux orientaux.
Anatomie Titus Fall of Rome, un commentaire de Shakespeare de Heiner Müller, mise en scène de Philippe Vincent.
Ici on est confronté à un double commentaire, la pièce Titus Andronicus de Shakespeare, commentée par Heiner Müller, puis la mise en scène de Philippe Vincent qui vient sajouter en somme au commentaire de Müller. Pour répondre à ce défi la mise en scène utilise des techniques employées dans lart contemporain, en particulier la vidéo. La première partie est caractérisée par léclatement, la parcellisation, labsence de centre, alors que dans la seconde moitié du spectacle, on revient à une conception plus centrée, plus jouée. Dans la première partie un grand écran de cinéma propose des paysages et la vue de certains personnages du drame, un autre écran tv introduit un espace différent dans le dialogue entre les acteurs, il marque la distance du commentaire. Par exemple sur lécran tv, cest ironiquement un requin qui coupe les mains dans lune des nombreuses scènes dhorreur qui marque la pièce, puis lon voit deux têtes qui flottent sous leau. La première partie est accompagnée par un duo saxophone-violoncelle. Le caractère caricatural de lhorreur shakespearienne est souligné avec brio dans lesprit du commentaire de Müller. Les acteurs interviennent également dans lespace réservé au public.
Dans la seconde partie, les écrans de cinéma et de tv disparaissent, et laissent la place à un fond rougeoyant, deux tours dans lesquelles évoluent les personnages au début marquent les limites de la scène qui devient toujours plus réduite. La mise en scène pétille didées et explore des champs dexpression très vastes.
Je suis sang (conte de fées médiéval) de Jean Fabre/ Troubleyn.
Jean Fabre (né en 1958) est typiquement un artiste qui appartient à plusieurs champs du domaine artistique. On parle de décloisonner, métisser lui assure vouloir concilier. On le connait comme sculpteur, fasciné par les insectes qu'il emploie comme constituant essentiel de ses travaux plastiques.
Il y a du paradoxe, de l'audace et peut-être de l'inconscience à vouloir proposer un spectacle sur le thème du sang en Avignon. En effet, ce liquide coule à flots dans les grands textes classiques du répertoire, en particulier chez Shakespeare et Marlowe et nombreux sont les metteurs en scène (il suffit de penser à Matthias Langhoff) qui ont porté ce thème sanglant à des paroxysmes toujours plus insoutenables au cours des dernière années. Ainsi Jean Fabre en proposant une succession de tableaux manifestement inspirés par Jérôme Bosch et Breugel ou par des motifs iconographiques comme le Martyr de Saint-Sébastien ou l'écorchement de Marsyas ne frappe pas très fort. Par ailleurs l'invocation lancinante du liquide gluant dans un texte ésotérique n'est pas convaincante. Cela dit comme plasticien, il a de nombreuses idées intéressantes, l'utilisation de l'ombre des danseurs projetées contre le mur qui clôt la scène par exemple. Et surtout les mouvements des danseurs qui s'inspirent des insectes et parviennent avec une incroyable virtuosité à évoquer leur affolement lorsqu'ils sont pris au piège dans un rayon de lumière est fascinant. Ce ballet dinsectes éperdus offre une idée, une recherche intéressante qui donnerait beaucoup d'intensité à une performance, il ne parvient pas à simposer véritablement sur une scène aussi vaste que celle de la Cour dhonneur du Palais des Papes.
Une exposition de Jean Fabre intitulée Umbraculum, un lieu hors du monde pour travailler et réfléchir, est présentée à la chapelle Saint-Charles à Avignon jusquau 6 octobre 2001. Au sol des scies en métal ayant servi dans différentes usines, un bruit de fond évoque des cliquetis mécaniques inquiétants. Suspendus au plafond, comme écho à ces instruments de torture et damputation potentiels, on découvre les moyens utilisés pour aider ceux qui sont atteints dans leur mobilité. Divers types de béquilles et de chaises roulantes sont réalisés dans le matériau favori de lartiste, à savoir des insectes. Par cette utilisation dobjets trouvés, ici les scies et laccumulation dun « matériau » inattendu pour créer ses sculptures Jean Fabre sinscrit dans lhéritage de nouveaux réalistes, on pense à Daniel Spoerri, à Arman et peut-être même à Tinguely.
Patrick Schaefer L'art en jeu, le 3 août 2001
Vers un autre articles consacré à la mise en scène. les Contes d'Hoffmann conçus par Olvier Py.
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