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La Documenta 12 dirigée par Roger M. Bürgel ouvrira le 16 juin 2007 jusqu'au 23 septembre 2007.

Mon article sur la Documenta 12

Documenta 11 Kassel jusqu'au 15 septembre 2002

La Documenta de Kassel est présentée dans 5 espaces différents: le Fridericianum qui est le centre traditionnel de la manifestation, une installation est présentée dans l’Orangerie et d’autres dans le parc voisin. La Documenta Halle abrite une partie des travaux, le troisième lieu est formé par le Kulturbahnhof voisin du quai 1 de l’ancienne gare. Il comprend également un cinéma dans lequel seront projetés certains des films les plus longs proposés sur de petits écrans dans l’exposition. Un nouvel espace a été développé dans une ancienne brasserie, la Binding Brauerei, assez éloignée du centre ville. Les 6000m2 d’exposition obtenus ici sont devenus le nouveau point central de la manifestation.

Bien sûr il est tentant de demeurer au niveau du discours général face à une manifestation de cette ampleur. Il faut remarquer toutefois que, précédée par 4 colloques organisés sur 4 continents différents qui ont tenté de cerner les enjeux de l’activité artistiqe aujourd’hui, l’exposition Documenta 11 qui forme selon son concepteur Okwui Enwezor, la cinquième étape n’est pas une exposition bavarde. Bien au contraire, on peut certes discuter des choix, mais l’on doit reconnaître que les travaux sont mis en valeur, respectés, le plus souvent dans des espaces spécifiques pour chaque artiste. On n’a pas cherché à faire des compositions spectaculaires, des confrontations inattendues ou provocantes. Les artistes ne sont pas instrumentalisés au profit d’un discours général imposé. Le catalogue contient des exposés théoriques de diverses personnes impliquées dans la manifestation, mais il n’y a aucun texte sur les œuvres, on trouve uniquement les déclarations des artistes qui accompagnent leurs travaux (malheureusement il n'y a qu’une quarantaine de textes alors que 118 artistes ou collectifs participent à l’exposition). Un petit guide publié séparément propose toutefois des notices sur le travail de chaque artiste; il est quasiment indispensable, car on ne trouve aucun renseignement à l'exception du nom de l'artiste et du titre de l'oeuvre dans les salles. Le spectateur est donc laissé libre de découvrir sans préjugés les pièces qui lui sont proposées. Une grande partie des travaux a été commandée pour la manifestation et il s’agit souvent de films présentés sur un ou plusieurs écrans de dimensions variables. Si l’on veut véritablement découvrir ces pièces, il va de soi que le rapport au temps que l’on connaît dans une exposition habituelle est totalement renversé. Il faut prévoir de longues heures pour découvrir tous ces films. Ceci dit seuls quelques uns sont très longs, la durée des autres varie entre 5 et 30 minutes, ce qui est tout à fait acceptable.

Cette Documenta n'est pas une exposition rébarbative ou prétentieuse, car le langage utilisé par les artistes est souvent assez simple et séduisant. Bien sûr on peut s’étonner de certaines absences, mais les créateurs retenus font partie de ceux qui sont exposés et appréciés depuis plusieurs années dans les principaux centres d’art contemporain et les diverses biennales à travers le monde.

L’ambition clairement affichée par le directeur de la Documenta Okwui Enwezor et les différents commissaires de l’exposition est politique, non pas au sens où les artistes seraient susceptibles de changer le monde, mais dans le sens où les langages auxquels ils recourent et ce qu’ils en font veulent et peuvent dire quelque chose sur le monde qu’ils sont seuls à dire de cette façon. Leur expression est un lieu de résistance au discursif qui laisse place à l’intuition. Sarat Maharaj l’un des commissaires parle des pratiques des arts visuels comme source de savoir et de sentiments comme « moteurs épistémologiques ». (Plusieurs journaux allemands ont d’ailleurs rappelé que la dimension politique de la Documenta est un fait permanent depuis sa création en 1955).

Réalité, mémoire et utopie.

On peut assez clairement distinguer quelques grandes lignes directrices autour desquelles les artistes ont été sélectionnés. L’une est politique, liée à l’actualité au sens strict. Un album de photos d’agences de presse sert d’ailleurs de frontispice au catalogue. On trouve ainsi des travaux en relation avec les différents conflits qui agitent le monde depuis plusieurs années qu’il s’agisse du Liban (Mona Hatoum), de l’ex-Yougoslavie, de l’Inde et du Pakistan (Ravi Agarwal, Amar Kanwar), d'Israël et de la Palestine (Fareed Armaly et Rashid Masharawi), sans oublier le 11 septembre pour ne citer que quelques exemples.

La deuxième ligne est tournée vers l’évocation du passé, l’organisation d’archives, de collections parfois obssessionnelles et de tentatives de structurer le temps et le sens du monde (une problématique qui avait été abordée de manière très complète dans l’exposition Voilà présentée au Musée d’art moderne de la ville de Paris au cours de l’été 2000). Les principales installations tournent autour de cette problématique : Hanne Darboven (décédée en mars 2009) dont 4000 feuilles couvertes de chiffres occupent magnifiquement sur 3 étages la rotonde du Fridericianum, On Kawara, ou les archives de Dieter Roth, mais aussi le travail sur le dictionnaire des frères Grimm de Ecke Bonk. Georges Adéagbo relève de la même démarche, de même que Louise Bourgeois qui affirme comme source de ses dessins et sculptures l’angoisse et le désir de revisiter le passé.

Enfin le troisième fil conducteur que je distingue est celui des projets utopiques, des maquettes, des constructions imaginaires. Ici c’est un hommage important à Constant (1920) qui est rendu dans l’une des salles du Kulturbahnhof avec la présentation des maquettes pour New Babylon, un projet développé de 1956 à 1974, ou encore les travaux de Yona Friedman (1923). On perçoit ces artistes comme les précurseurs d’innombrables recherches de ce type poursuivies aujourd’hui, soit sous la forme de maquettes réelles ou de constructions, soit sous la forme virtuelle. Le travail d'Asymptote montré ici renvoie à cette filiation. Les deux domaines, collection et utopie peuvent se rejoindre dans les archives du désir du groupe Park Fiction. Mais aussi dans la réalisation d’espaces réels. Deux exemples à relever le groupe Simparch avec Free Basin offert aux praticiens de planches à roulettes et Spec, mais aussi le Bataille Monument de Thomas Hirschhorn réalisé dans une banlieue de Kassel habitée par des personnes venues de Turquie et de Russie. Cette réalisation comprend 6 éléments : des taxis qui conduisent les visiteurs de la brasserie au site, un Imbiss qui propose de la nourriture et des boissons, un pavillon bibliothèque, un autre qui propose une exposition Bataille, une statue de Bataille et enfin un studio de production radio.

Films, installations vidéo

Les films présentés sous la forme d'installations assez simples avec projections sur un, deux, trois ou quatre écrans occupent une place importante au Fridericianum et à la brasserie Binding. Dans le premier bâtiment on découvre les travaux nouveaux de Stan Douglas, Suspiria, 2002, Chantal Akerman, From the other Side, 2002, installation avec 18 moniteurs et deux écrans consacrée à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis; Shirin Neshat, Untitled, 2002 consacré aux Indiens du Mexique et tourné dans la région de Oaxaca. A la brasserie Binding je mentionnerai parmi beaucoup d'autres que je n'ai pas vus, les deux nouveaux films de Steve McQueen (1969) Western Deep, 2002 et Carib’s Leap, 2002 deux plongées très différentes, l'une infernale dans une mine d'or en Afrique du Sud et l'autre idyllique, impressionniste dans des eaux tropicales, mais qui évoque le suicide collectif des Indiens de la Grenade en 1651. Des travaux qui marquent une nouvelle étape pour cet artiste très intéressant. Et, The House, 2002 d'Eija-Liisa Ahtila, véritable court-métrage dense qui fonctionne comme une nouvelle littéraire associant le récit, la réalité et le fantastique. Le texte repose sur les témoignages de femmes qui entendaient des voix et ont surmonté une psychose.

Peinture

Au premier abord la peinture semble la grande absente de la manifestation, (elle l'est si l'on considère les mètres carrés occupés par comparaison avec la photographie, notamment), pourtant en y réfléchissant on se rend compte qu’elle est évoquée de manière typologique très large avec des approches représentatives de différentes attitudes face à ce moyen d’expression, sans pourtant qu’il y ait une volonté de rendre hommage à des personnalités très connues. On relève plutôt une volonté de découverte.

Léon Golub (1922) le plus âgé des peintres présentés est encore relativement peu connu en raison du caractère très engagé de son approche. Cecilia Edelfalk, Glenn Ligon, Fabian Marcaccio, Ouattara Watts, Andreas Siekmann, Luc Tuymans sont représentatifs d'attitudes, de manières très différentes dans l'utilisation du medium pictural, ils proposent tous des travaux intéressants, mais bien sûr des dizaines d'autres noms viennent à l'esprit lorsque l'on considère l'approche de l'un ou de l'autre.

Enfin nombreux sont les artistes qui tout en utilisant la caméra ou l'appareil photo posent des problèmes propres au dessin ou à la peinture, c'est par exemple le cas de l'installation de Craigie Horsfield, qui sur 4 écrans envoûte le spectateur dans un univers proche du lavis, des aquarelles chinoises, du moins pour la section qui passait au moment où je me trouvais dans cette installation dont la projection s'inscrit dans la longue durée. Avec son dernier film, Confessions de Zeno, 2002, William Kentridge joue avec les ombres, les silhouettes découpées et d'innombrables références iconographiques dans une réalisation brillante.

Développant une approche prospective tout en recherchant des liens avec les générations antérieures cette Documenta propose une intéressante vision des comportements et des enjeux que l'on observe sur la scène artistique actuelle. Sa principale qualité est de revendiquer la légitimité et la spécificité de la prise de position artistique sur le monde.

Plusieurs travaux utilisent le net de diverse manière à signaler la plus longue marche sur le web de Tsunamii.net un projet qui traite avec ironie le rapport au temps dans la visite des sites net.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 10 juin 2002

Patrick Schaefer, L'art en jeu 2007

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