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La Documenta XIII aura lieu à Kassel du 9 juin au 16 septembre 2012. Le nom de la directrice artistique a été annoncé le 3 décembre 2008 il s'agit de Carolyn Christov-Barkargiev, actuellement responsable du Castello di Rivoli à Turin.
Kassel
La Documenta fait le bilan de l'édition 2007: elle a reçu 754'301 visiteurs payants 100'000 de plus qu'en 2003 et près de 20'000 journalistes et professionnels de l'art. La prochaine édition débutera le 9 juin 2012.
Documenta 12 (XII) jusqu'au 23 septembre 2007
Tous les cinq ans Kassel reçoit l'une des plus prestigieuses expositions d'art contemporain. Cette année le budget s'élève à 23 million d'euros, plus de 2'ooo journalistes ont assisté à la conférence de presse, environ 70 guides sont prêts à conduire les visiteurs dans les différents sites. La Documenta qui a retenu 113 artistes s'étend principalement sur six lieux différents : le Schloss Wilhelmshöhe, la neue Galerie, le Museum Fridericianum, la Documenta Halle, le Aue Pavillon et le Kulturzentrum Schlachthof où interviennent 2 artistes Hito Steyerl et Arthur Zmijewski.
Le directeur de la Documenta Roger M. Bürgel et sa compagne Ruth Noack qui est la curatrice de la manifestation ont développé l'exposition autour de la question "la modernité est-elle notre antiquité?". Avec un regard très centré sur la première Documenta de 1955 et les significations idéologiques qu'on lui donnait. Ceci implique que l'on trouve dans les expositions de nombreuses confrontations chronologiques entre notamment des travaux des années 1960 et ceux d'aujourd'hui. Dans le catalogue par contre les oeuvres apparaissent dans l'ordre de leurs dates de création. Un autre axe de réflexion est l'exposition comme médium spécifique, différent des médias écrits, radiophoniques ou télévisuels. On observe une exploration de la typologie des expositions, de leur caractère, de leur atmosphère déterminée par l'identité du bâtiment où elles se déroulent. Il y a un refus de considérer l'oeuvre d'art ou l'exposition comme une structure fermée, univoque et un appel aux réactions du spectateur. Enfin il y a un souci d'esthétique et de recherches de parentés ou d'oppositions formelles avec une valorisation de la réalisation personnelle. On constate que ces préambules aboutissent à une exposition qui met l'accent sur la peinture, le dessin, la photographie documentaire sans grandes retouches, certains médias mixtes, des installations, qui rejette par contre les nouvelles technologies, les ordinateurs et les développements spectaculaires de la vidéo. Lorsque cette dernière apparaît, c'est avant tout dans un rôle documentaire ou comme un moyen de création simple qui n'implique pas de ressources spectaculaires dans sa réalisation. Une approche très sobre par conséquent qui montre une réalité de la création artistique aujourd'hui et des liens possibles avec le passé récent.
On relèvera que chaque site propose une exposition spécifique très dense qui peut se visiter pour elle-même d'autant plus que plusieurs artistes sont présentés dans des lieux différents. Je conseillerai pourtant au visiteur de commener par la neue Galerie qui offre déjà une exposition riche en découvertes et en émotion. L'atmosphère est très sombre, l'éclairage est faible pour protéger les uvres, mais aussi afin de créer un effet : la plupart des travaux exposés sont sur papier ou des photographies. Les murs sont peints en vert, en bleu ou en rouge virant au rose. Les spots donnent une tonalité assez dramatique dans leur éclairage. On est loin du White Cube comme le relevait Mary Kelly lors de la conférence de presse. Cette artiste justement occupe une place dans l'histoire de l'art moderne et contemporain pour avoir revendiqué la présence de l'autobiographie dans la production artistique avec ses Post Partum Documents, 1973, mais ses uvres paraissent assez rarement dans les expositions. Elle est ici largement représentée.
Les propositions retenues relèvent d'une approche intime qui implique une mise en relation entre le privé et le public par certains événements comme le deuil, la naissance, la protestation.
On trouve le deuil dans l'installation de Churchill Madikida qui évoque les victimes du sida ou dans le grand ruban de Mary Kelly qui rappelle les morts du Kosovo dans The Ballad of Kastriot Rexhepy. Un autre moment de la vie est présenté dans la grande installation de cette artiste Love Songs et elle présente aussi la naissance avec Primapara, Bathing Series, 1974 des photos noir blanc de son bébé au Aue Pavillion. De grandes séries de dessins interrogent le statut de ce médium et ses multiples fonctions. On trouve les dessins d'enfant de Peter Friedl, les aquarelles magnifiques de Sheela Gowda partant d'un autoportrait photographique, les dessins de Nedko Solakov Fears, ceux de Kerry James Marshall dont les peintures forment l'un des Leitmotiv de l'exposition que l'on retrouve à plusieurs endroits en particulier au château de Wilhemshöhe dans la salle consacrée à Franz Hals. Il y a aussi la vie des esquimaux racontée par Annie Pootoogook. Les photographies de Louise Lawler, en particulier Pollock & Tureen, 1984 sont emblématiques du propos de cette Documenta. Elle montre comment en effet des oeuvres d'art peuvent être confrontées à des contextes totalement imprévus.
Une grande installation avec un film de James Coleman Retake with evidence inspiré par le roi Lear évoque un autre âge de la vie.
L'installation de Amar Kanwar présente les cris de colère de femmes violées par les soldats indiens d'une intensité dramatique très impressionnante. Deuil, imprécation, lamentations, cris sont des éléments récurrents dans les uvres proposées à la neue Galerie.
Bien que les organisateurs se défendent d'avoir cherché toute distribution thématique. Le Fridericianum est plutôt consacré au jeu et à l'expérimentation et surtout à la danse avec la superbe performance chorégraphiée par Trisha Brown qui sera réptétée dix fois par jour pendant cent jours. Luis Jacob expose un album de travail réunissant différents types de travaux, d'images, créant une archive personnelle sur les mouvements du corps, traduits dans l'art ou le quotidien. Un film propose la reconstitution d'une danse chorégraphiée dans la neige. Une salle associe des pièces au mur de Mc Cracken en bleu et rouge, Electric Dress, 1956 de Tanaka Atsouko qui paraît très actuelle et les cordes suspendues de Sheela Gowda. Une grande installation de la brésilienne Alejandra Riera raconte une expérience de théâtre. On découvre plus loin des interrogations sur la nature de la performance, les traces qu'elle laisse notamment sous la forme d'une documentation photographique. Une grande installation d'Imogen Stidworthy I Hate évoque une expérience avec le photographe Edward Woodman rendu muet par un accident en 2001. Signalons encore les analyses sur écran du jeu de football par Harun Farocky avec Deep Play. La spectaculaire installation transparente qui déborde sur la façade de Iole de Freitas qui est aussi danseuse avant d'être plasticienne.
Les sculptures en laque de John Mc Cracken se retrouvent dans tous les sites de l'exposition confrontées à des situations très différentes, on retrouve aussi par exemple les travaux de Gerhard Rockenschaub, les cibles de l'artiste danois Poul Gernes (1925 - 1996). Ou les chaises de Ai Weiwei qui évoquent les 1000 chinois de toutes origines invités à venir voir l'exposition.
Dans la Documenta Halle on trouve avant tout deux grandes installations l'une de Inigo Manglano Ovalle qui reconstitue un camion tel que ceux qui étaient supposés transporter des armes chimiques en Iraq Phantom Truck et l'autre de Cosima von Bonin dont on retrouve les installations à de nombreux endroits. A signaler aussi les tranches de pain gravées et taillées en bois d'Anatoli Osmolovski. Dans le Fridericianum cet artiste expose des moulages en bronze de tanks. Allusion à l'une des principales activité économiques de cette ville qui abrite une usine de tanks.
Le Aue Pavillon est une structure provisoire qui remplit tout l'espace devant l'Orangerie.
Aue Pavillon Kassel devant l'Orangerie 13 06 07 On y trouve des confrontations, des rencontres d'uvres comme cela se produit dans ce type de lieu qui évoque un site de foire commerciale, très éphémère. La volonté est clairement de décontenancer le visiteur et l'on sourit en voyant une pièce verte de John Mac Cracken devant les cultures d'Ines Doujak intitulées Siegesgärten, l'artiste dénonce le bio-colonialisme, l'utilisation des ressources de certains pays sans contre-partie en présentant un bac à fleurs surélevé de 16 mètres de long. Les 13 guitares de Saâdane Afif jouent tout seul dirigée par un ordinateur et s'entendent de loin. Les peintures de Monika Baer évoquent Odilon Redon. Les immenses rouleaux peints de Lu Hao documentent le développement d'une ville chinoise. La grande pirogue de Romuald Hazoumé intitulée Rêve rappelle les noyés d'Afrique qui tentent de quitter leur pays.
Le château de Wilhelmshöhe abrite la Gemäldegalerie surtout connue pour un groupe d'uvres flamandes (Rubens) et hollandaises (Rembrandt, Franz Hals). C'est ici que l'on trouve une intervention dans le paysage de Sakarin Krue-On avec la transformation du talus très pentu devant le château en rizières disposées en terrasses, la culture semble prospérer.
Rizière de Sakarin Krue-On devant le château de Wilhelmshöhe 13 06 07 Une autre expérience agronomique rencontre des problèmes la plantation de pavots devant le Fridericianum voulue par Sanja Ivekovic ne se développe pas comme prévu!
Deux installations vidéo sont placées à l'entrée et à la sortie d'une salle obscurcie pour la présentation de travaux sur papier. Dans ce musée les uvres sont dispersées sur trois étages, mais il y a surtout un groupe important au deuxième étage. Des dessins appartenant aux cultures indiennes, chinoises et arabes sont confrontées à des croquis d'artistes contemporains. Mc Cracken et Mira Schendel en particulier. La vidéo Funk Staden de Dias & Riedweg très intéressante repose sur une idée un peu comparable. Elle associe le récit de voyage illustré au Brésil de Hans Staden paru en 1557 et racontant des pratiques festives et rituelles, notamment du cannibalisme à une transposition actuelle de ces pratiques.
On peut encore signaler le Kulturzentrum Schlachthof qui est un centre d'accueil. Deux petites salles sont réservées à la présentation de deux films documentaires. Celui de Hito Steyerl raconte l'histoire de la destruction de certains films d'archives bosniaques en 1993, l'autre du polonais Arthur Zmijewskki présente des jeunes peignant des pancartes contre le nazisme. La vidéo, le film sont considérés comme médiums de travaux à caractère documentaire et non comme moyen de développer des nouveaux types de spectacles.
Pour conclure on peut dire que c'est une Documenta intéressante, riche qui permet de nombreuses découvertes qui met l'accent sur la spécificité expressive et communicative de chaque médium, souvent incompatible avec la parole ou le texte. Elle est à l'image d'un temps déconcerté, sans idéologie avec pourtant d'innombrables plaintes, douleurs, souffrances, protestations, revendications qui s'expriment par l'imprécation, l'incantation, le deuil mais qui n'ont plus de véhicules conceptuels critiques. Elle est aussi une invitation au respect des cultures et des identités dans leur diversité montrée côte à côte. Elle exclut tout discours univoque, en invoquant les affinités esthétiques pour montrer les différentes relations possibles entre les oeuvres.
Documenta 12 jusqu'au 23 septembre 2007
Mon article sur la Documenta 11 en 2002
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