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La Révolution surréaliste du 6 mars au 24 juin 2002
Paris, Centre Pompidou
A Londres on a pu découvrir le surréalisme sous langle du désir et de la sexualité; à Zurich on a pu voir les antécédents de la fortune critique du Marquis de Sade qui aboutit au surréalisme. En intitulant son exposition la Révolution surréaliste lexposition du Centre Pompidou semble vouloir renouer avec les enjeux et les ambitions historiques du surréalisme. Quen est-il ? Le commissaire de la manifestation, Werner Spies, est lun des meilleurs spécialistes du mouvement. Lexposition se concentre sur la présentation des 20 années essentielles entre 1920 et 1940 environ. Elle s'attache à la production des artistes les plus connus dont elle propose de véritables petites rétrospectives. La sélection des uvres de Max Ernst, Miro, Dali et Magritte est particulièrement révélatrice, une place importante est également faite à André Masson et à Yves Tanguy.
Lexposition débute en rappelant la collaboration de Breton et Soupault dans la rédaction des « Champs magnétiques ». Elle présente des toiles de De Chricio et une peinture murale que Max Ernst réalisa pour Eluard en 1923 « Au premier mot limpide ». Puis sont évoqués le « Premier manifeste du surréalisme», les collages de Max Ernst, les rayogrammes de Man Ray, les premières peintures au sable de Masson en 1927 et lidée décriture automatique. Suivent des groupes importants de toiles de Miro, Ernst, Picasso et Magritte. Une présentation intéressante de cadavres exquis réalisés par divers artistes attire lattention sur les parentés très fortes qui existent entre les travaux de ces artistes à certains moments. Un autre concept surréaliste la paranoïa critique est illustré par de nombreuses toiles de Dali, en particulier les diverses versions de « LAngélus » de Millet. Suivent des travaux de Picasso, Giacometti, Bellmer, une salle est consacrée au surréalisme et lobjet avec en particulier Meret Oppenheim. Les années 1930 sont évoquées avec Brauner, Dominguez et la décalcomanie enfin lexposition sachève sur le surréalisme en exil pendant la guerre avec des uvres de Matta, Cornell et Duchamp.
Lexposition montre le foisonnement créatif, la fécondité des artistes concernés dans les années 1920, elle met particulièrement laccent sur Max Ernst. Il sagit dune véritable célébration du mouvement qui repose sur une connaissance approfondie des uvres, de leur localisation, qui parvient ainsi à montrer le meilleur de leur production. Si l'on considère la qualité des oeuvres réunies, on peut regretter la densité de l'accrochage, surtout pour une exposition qui aura de très nombreux visiteurs. Ceci dit en écartant tout didactisme, en mettant de côté toutes les problématiques récentes qui ont proposé de reconsidérer ce mouvement, lexposition nécarte pas les reproches habituels qui sont adressés au surréalisme. Ainsi dès le milieu des années 1930, on a limpression que la qualité baisse, les décalcomanies de Dominguèz paraissent bien pâles lorsquon les compare aux collages et aux frottages de Max Ernst. Lexposition comme la vision traditionnelle du mouvement quelle propose semble seffilocher. Elle ne fait pas évoluer la compréhension du public.
Il est saisissant de comparer cette présentation à celle qui fut proposée à Londres il y a quelques semaines et qui est montrée au Metropolitan Museum à New York actuellement. Sur le plan de la qualité des uvres, de la satisfaction visuelle que lon peut tirer de la visite de lexposition, celle de Paris est très supérieure. Par contre au niveau de la compréhension de la cohérence artistique, de la signification des recherches des différents acteurs, il existe un véritable gouffre. Prenons un exemple. Lune des première salles de lexposition londonienne qui explorait le thème du désir, présentait « La Mariée mise à nu par les célibataires, même » de Marcel Duchamp et des uvres traitant le thème de lamour et de la machine par Picabia et Ernst. Elle permettait de comprendre la spécifité de lapproche de ce thème par les surréalistes et servait en somme de fil conducteur. Lexposition de Paris montre un collage de Max Ernst « La grande roue orthochromatique qui fait lamour sur mesure », il est en tête dune très belle série, sans aucun commentaire ou explication. On se demande ce que les visiteurs retiennent ou voient.
Ainsi cette exposition révèle fort bien le foisonnement créatif, les interactions, l'extrême proximité parfois des résultats obtenus par les différents protagonistes, par contre elle n'entre pas en matière sur les polémiques récentes ou moins récentes qui ont agité la fortune critique des surréalistes. Les enjeux philosophiques et politiques de leur démarche et les innombrables réactions qu'ils suscitent sont passés sous silence toute l'attention est portée sur la production plastique et visuelle.
Patrick Schaefer. L'art en jeu 12 mars 2002.
L'exposition sera présentée à la Kunstsammlung Nordrhein Westfalen à Düsseldorf du 30 juillet au 30 novembre 2002.
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