L'ART EN JEU

L'art en jeu vous offre des critiques d'expositions (plus de 150 pages); un agenda d'expositions sélectif (200 liens); neuf années de chronique, un blog artistique au jour le jour depuis 2001. Les boutons ci-dessous vous permettent de naviguer dans le site.
accueil agenda architecture chronique entretiens expositions liens personnel contact

 
pour me contacter: infoat art-en-jeu.ch

--

La Kunsthalle de Zurich présente une rétrospective de Sarah Lucas du 2 avril au 15 juin 2005

Le 11 mai à 19h. Angus Fairhurst (décédé en 2008) propose une conférence sur Sarah Lucas.

http://www.kunsthallezurich.ch/

La rétrospective Sarah Lucas (1962) proposée par la Kunsthalle permet de découvrir la star no2 du mouvement YBA britannique. No 2 parce qu’elle vient sans doute juste après Damien Hirst sur le plan de la réputation. Ses autoportraits photographiques provocateurs, ses silhouettes affalées en bas remplis, ses bananes-sexes, ses ballons -seins, ses sculptures collages de cigarettes sont des pièces incontournables dans les expositions internationales depuis bien des années. Il est intéressant de les voir regroupées ici sous la forme d’une rétrospective. Tout le travail de Sarah Lucas est concentré sur l’allusion à d’autres artistes, le remploi et les passages entre les divers niveaux culturels. La figure tutélaire dont la pièce est constamment reprise est bien sûr Marcel Duchamp et son urinoir, mais il y a aussi d’autres allusions sarcastiques à des contemporains. On mentionnera Cindy Sherman pour les autoportraits photographiques trash, Bruce Nauman pour les moulages, ici des cuvettes de wc en résine, à moins qu’il ne s’agisse d’une évocation des travaux de Rachel Whiteread. On pense aussi à Robert Gober pour la fragmentation provocante du corps, mais Sarah Lucas utilise des matériaux sans valeur: de vieux matelas, des baquets, des fruits pour ses compositions. Sans oublier les collages avec la presse de boulevard ou ses reliefs en cigarettes. Elle se place toujours au second degré, en relation avec un autre travail, une autre production à partir de laquelle elle construit ses propres assertions. L’exposition s’achève sur de vitrines présentant des travaux de petits formats qui forment une sorte de cabinet surréaliste, mais ce sont bien ces jeux, ces échos que l’on retrouve dans chaque salle où les différents éléments sont associés, confrontés. Dans la première salle un caisson avec des collages de journaux et un autoportrait en cigarettes. Puis deux salles on l’on trouve les bas remplis qui forment des silhouettes affalées sur des chaises et les lits en fer, matelas dressés, pliés, complétés par différentes photographies. Et enfin une salle plus intime avec une vitrine qui propose des objets de dimension réduite. On remarque l’absence du dessin, de la peinture et de la vidéo. Tout le travail est disposé dans l'espace, l'exposition forme une grande installation elle sera présentée également par la suite à Hambourg et à Liverpool.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 4 avril 2005

In-A-Gadda-Da-Vida Tate Britain 2004

Angus Fairhurst (1966 - 2008), Damien Hirst (1965), Sarah Lucas (1962)

L’exposition de ces trois artistes qui furent parmi les premiers acteurs du mouvement YBA qui a donné une forte résonance à l’art britannique dès la fin des années 1980 mérite l’attention. Ils exposent ensemble dans un seul espace où quelques parois seulement donnent des directions aux mouvements du visiteur. Que voit-on? Que propose-t-on? Je me limiterai pour commencer à une description avant de poser quelques questions. Chaque artiste a réalisé 12 à 15 travaux qui sont réunis pour former 6 ou 7 groupes distincts. La répétition des mêmes éléments qui ont une identité bien marquée, associée comme une signature à l’un ou à l’autre participant est l’une des caractéristiques de l’ensemble : de grandes cages en verre pour Hirst, des sculptures de gorilles en résine de Fairhurst et des sculptures en cigarettes collées sur des objets existants ou en d’autres matériaux: béton, canettes écrasées de Lucas. Les œuvres sont associées à chaque fois et pourtant on distingue facilement le caractère des uns et des autres. Les parois des salles sont couvertes de papiers peints réalisés d’après des dessins de chacun ce qui crée une sensation d’unité de l’espace. A noter qu’ils ont choisi de se tourner uniquement vers la sculpture, l’installation et dans une certaine mesure la peinture, par contre les écrans, la photographie, les vidéos ou les films sont totalement absents de même que la musique ou le son à l'exception du bruit de la filtration de l'aquarium.

La première pièce qui frappe le visiteur en entrant intitulée The Pursuit of oblivion est en effet un immense aquarium vertical d’une parfaite propreté dans lequel évoluent différentes espèces de poissons y-compris une anguille qui semble tout à fait heureuse. Par ailleurs deux grandes carcasses de viandes sont suspendues dans l’aquarium ainsi qu’une tête de veau et d’autres cadavres d’animaux (le dépliant nous informe qu'il s'agit d'un hommage à Francis Bacon). Sur les parois en plus des papiers peints mentionnés, on découvre des compositions colorées formées de papillons également caractéristiques du travail de Damien Hirst. Simultanément on voit suspendue au plafond une bombe qui porte le titre de Cola Zeppelin de Sarah Lucas et un immense gorille noir coulé en résine d’Angus Fairhurst.

On va retrouver sous des formes diverses cette trilogie au cours de la visite. Après l’aquarium de Hirst le second point fort est une Crucifixion de Lucas. Le Christ suspendu au mur sur une croix rouge est fait de cigarettes collées. Plus loin la même artiste a placé un vieux camion, derrière, un travail de Fairhurst évoque des panneaux d’affichage, alors que Hirst s’est inspiré d’un collage de Max Ernst dans The Hat makes the Man. Le parcours s’achève sur une dernière vitrine de cet artiste intitulée Le collectionneur dans laquelle volent des papillons multicolores. L'exposition propose un ensemble de réalisations monumentales, plaisantes à regarder, qui intriguent, mais sont finalement peu choquantes si l’on connaît le travail des artistes, car il s’inscrit tout à fait dans la ligne de leurs réalisations antérieures, comme s'il s'agissait de répéter l'emblème d'une marque. On dira qu’il y a passablement d’humour, de jeu, de décoration et quelques allusions à la tradition religeuse d’une part et à l’actualité politique d’autre part, surtout chez Lucas pour ce dernier point. L’exposition est entourée de diverses précautions de la part du musée et le visiteur reçoit deux dépliants qui expliquent le propos, ainsi qu’un plan précis avec le titre de toutes les œuvres. C’est le commentaire extérieur qui nous apprend que l’exposition traite de l’enfer et du paradis! Le titre évoque une chanson des années 1960 et signifie In the Garden of Eden.

Un livre récent présente l'atelier de Mike Smith (Making Art Work, Mike Smith Studio, ed. by Parsy Craig, London, 2003). Créé en 1995 c'est dans cet atelier que sont réalisées certaines des nombreuses constructions de plus en plus complexes demandées par les artistes. Si les techniques et les matériaux utilisés sont multiples la démarche n'est pas très différente de celle des sculpteurs qui s'adressaient à une fonderie d'art. Le livre présente des projets, des plans et des entretiens avec certains artistes qui ont commandé des réalisations dans cet atelier.

Tate Britain jusqu'au 31 mai 2004

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 18 mai 2004

 

Vers d'autres articles sur l'art en jeu:

Desire unbound, Londres

La révolution surréaliste, Paris

Marcel Duchamp, Bâle

About feminism Zurich

L'art en jeu vous offre des critiques d'expositions (plus de 150 pages); un agenda d'expositions sélectif (200 liens); neuf années de chronique, un blog artistique au jour le jour depuis 2001. Les boutons ci-dessous vous permettent de naviguer dans le site.
accueil agenda architecture chronique entretiens expositions liens personnel contact

>