Henri Matisse Figure, couleur, espace jusqu'au 9 juillet, prolongée jusqu'au 23 juillet 2006
Après la K20 Kunstsammlung Nordrhein Westfalen Düsseldorf du 29 octobre 2005 au 19 février 2006, la Fondation Beyeler à Riehen propose du 19 mars au 9 juillet 2006 une rétrospective Henri Matisse articulée autour des thèmes fondamentaux qui ont déterminé les recherches de Matisse: la figure, la couleur et l'espace. La version bâloise de l'exposition présente davantage de papiers découpés et a produit son propre catalogue disponible en 3 langues.
Près de 200 oeuvres, 90 peintures, des papiers découpés, des dessins et des estampes forment la très belle rétrospective Matisse proposée par la Fondation Beyeler. Les salles réservées aux collections présentent de nombreuses oeuvres de Picasso, Léger, Klee et Miro notamment qui viennent renforcer la rétrospective. L'accrochage disposé dans 17 espaces distincts suit un développement chronologique depuis les débuts assez tardifs de l'artiste jusqu'aux réalisations ultimes. Les sculptures sont mises en relation avec les peintures ce qui renforce l'effet plastique de l'ensemble et l'accrochage est assez aéré.
Je vous propose de suivre le rectangle noir à travers l'exposition! L'oeuvre retenue pour l'affiche de l'exposition et la couverture du catalogue est assez étonnante: une femme assise sur un fauteuil , deux papiers peints dans le fond, le mouvement des planches du parquet, mais surtout un grand bouquet de fleurs placées dans un vase noir posé sur une table au plateau noir. C'est d'ailleurs le titre de l'oeuvre: La table noire, 1919. Un rectangle noir au premier plan de la toile, un noir dense, intense, surprenant chez ce peintre des couleurs. Et pourtant cette surface noire on la retrouve dans de nombreuses toiles, elle forme un appui, elle met en valeur les autres éléments et structure un ensemble ou la décoration et l'espace s'entrelacent. La chevelure des femmes est parfois d'un noir intense. Un cahier noir dans le petit tableau Nice, cahier noir, 1918; les pages d'un livre dans Liseuse au guéridon, 1921; Ou alors c'est le tissu d'une robe dans La Conversation, 1938; une fenêtre dans Intérieur au vase étrusque, 1940, un carrelage dans Tulipes et huîtres sur fond noir, 1943; la signature et la date placée sur un étrange rectangle noir dans Intérieur à la fougère, 1948. Un fil conducteur parmi d'autres possibles à travers cet ensemble.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 17 mars 2006
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Matisse - Picasso
Tate Modern Londres jusqu'au 18 août. (Grand-Palais, Paris 26 septembre - 6 janvier 2003, puis au Museum of Modern Art, New York)
Un site commun aux trois stations de l'exposition présente quelques oeuvres vous pouvez y accéder par le lien suivant:
http://www.tate.org.uk/modern/exhibitions/matissepicasso/
La comparaison entre les oeuvres de différents artistes est une méthode fréquemment utilisée dans l'enseignement de l'histoire de l'art. Lorsqu'il s'agit de recourir à des diapositives son emploi est facile, dans une exposition cette approche peut s'avérer très délicate.
C'est pourtant dans une confrontation de ce type que se sont lancés les organisateurs de l'exposition Matisse - Picasso présentée à la Tate Modern à Londres jusqu'au 18 août, avant une seconde étape à Paris dès le 26 septembre. Le match passionne la presse qui n'hésite pas à distribuer des points, et le public. Les oeuvres ont pourtant été choisies avec soin aussi bien dans les thèmes que dans les formats pour éviter que l'un des artistes ne semble écraser l'autre. Il me semble que l'exposition fait avant tout ressortir les différences fondamentales entre les deux artistes, même s'il existe un dialogue passionnant, une estime mutuelle et des influences réciproques.
Note du 29 07 02: les organisateurs de l'exposition annoncent 250'000 visiteurs, l'exposition sera ouverte 36 heures de suite lors du dernier week- end. Cela promet des files d'attente pour l'étape parisienne!
Voici quelques suggestions de lecture qui permettent de préparer la visite de l'exposition:
Françoise Gilot, Matisse et Picasso, une amitié racontée par Françoise Gilot, Robert Laffont, Paris, 1991 (1ère édition en anglais, 1990).
Eric de Chassey, La violence décorative, Matisse dans lart américain, éd. Jacqueline Chambon, s.l., 1998.
Ce livre présente l'histoire de la fortune critique de Matisse aux Etats-Unis, celle-ci se développe toujours en relation-opposition avec celle de Picasso. Dans les années trente, Picasso est considéré comme le modèle absolu, en particulier par tous les artistes engagés dans les grands programmes de décoration pour les bâtiments publics. Puis l'on observe un basculement progressif en faveur de Matisse, ce dernier était très présent dans les collections privées, mais jouissait d'une estime moindre auprès des artistes et des critiques. C'est le récit passionnant de la construction de valeurs autour de l'oeuvre de ces deux artistes et des stratégies suivies par les artistes, les critiques et les responsables de musées qui est développée dans ce livre.
Yve-Alain Bois, Matisse et Picasso, Paris, Flammarion, 1999.
L'auteur de cet ouvrage, qui fut également le catalogue d'une exposition présentée aux Etats-Unis, propose une analyse serrée des contacts entre les deux artistes. En dépassant la notion d'influence, il examine d'autres concepts pour traiter leurs relations: la rivalité, le dialogue, le désir mimétique notamment. La lecture de ce livre basé sur une analyse formelle subtile des oeuvres, qui écarte les problématiques de contextes sera très utile à ceux qui souhaitent préparer leur visite de l'exposition.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 11 juin 2002