Mireille Gros. émergence
Le cabinet cantonal des estampes au musée Jenisch à Vevey présente jusquau 7 avril les travaux sur papier, dessins et gravures de Mireille Gros (1954).
Les travaux de Mireille Gros on fait lobjet dune importante présentation au musée des beau-arts de Berne lété dernier. En plus du dessin, on découvrait que lartiste pratiquait dautres techniques comme la peinture, la photographie et la vidéo. Le cabinet cantonal des estampes de Vevey se concentre sur les dessins et les gravures. La plupart des uvres évoquent les pages dun herbier, dun dictionnaire de sciences naturelles. « Coquillages », « nautilus », « coquelicots », voici quelques titres donnés à ses travaux. Pourtant il ne sagit pas de représenter au sens strict, le cycle vital des plantes de léclosion à la maturité est évoqué. Lobjectif de lartiste est plutôt de recréer lélan, la vigueur, lassurance des formes qui éclosent dans la nature. Le processus créatif est imbriqué dans les suggestions du dialogue entre les différents intervenants concernés : le papier, la couleur et limagination de lartiste. Parfois le regard devient plus inquisiteur et lon pense à des coupes pour microscopes, pourtant Mireille Gros ne poursuit pas le même type dinventaire que Cornelia Hess Honegger qui documente les modifications subies par divers insectes depuis lexplosion de Tchernobyl. Elle tient de tout petits journaux qui réunissent toutes ses idées, toutes les suggestions reçues. La rencontre avec la gravure perçue ici comme processus créatif et non comme moyen de reproduction sest avérée particulièrement féconde. Elle associe le dessin tracé à la pointe sèche avec les morsures directes qui produisent à limpression de délicats lavis.
Le dessin suisse fait lobjet dune grande attention depuis de nombreuses années. Parmi les artistes femmes les plus connues actuellement on peut citer Miriam Cahn et Silvia Bächli, le travail de Mireille Gros peut être rapproché de ces dernières. Dautre part on ne peut manquer dévoquer les recherches de Paul Klee face à son mode dexpression. Pourtant Mireille Gros se limite à un vocabulaire de formes évoquant la nature, avant tout la botanique et lon sétonne étant donné la place laissée à la suggestion dans sa démarche de labsence de toute référence à la figure humaine. Cest aussi ce qui la distingue de lapproche de Louise Bourgeois avec laquelle par ailleurs certains travaux ont des similitudes frappantes.
Musée Jenisch, Vevey jusqu'au 7 avril 2002.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 14 janvier 2002