Paysages A, jardins de la vitesse. Nicolas Faure jusqu'au 5 février
Les espaces d'exposition du Musée de l'Elysée à Lausanne sont entièrement consacrés à la présentation des paysages photographiques du Genevois Nicolas Faure (1949). Dans le court-métrage de la série Photo Suisse (Nicolas Faure 12' 22 réalisation Xavier Ruiz, SSR 2004, Lars Müller publisher), il présente sa démarche centrée autour d'un seul thème: le réseau des autoroutes suisses traité comme un jardin à découvrir. Nicolas Faure articule une approche sur le thème de l'identité et de la modernité afin de questionner ce que nous voyons et ce que nous regardons. Celui qui passe tous les jours sur ces voies rapides les voit, mais ne les regarde pas. Nicolas Faure propose des arrêts sur image. Tantôt, les constructions autoroutières servent de premier plan aux spectaculaires paysages alpestres qu'elles traversent; tantôt l'objectif plonge en gros plan sur des détails, une mare, des mauvaises herbes entrelacées, un massif de lierre, un mur pour montrer que le beau est partout.
Ce travail consacre la rupture avec l'image d'une Suisse idyllique, nostalgique, en traitant le thème de l'articulation autoroutière du pays. On pourrait comparer cette approche à celle des impressionnistes qui en plus de leurs recherches techniques introduisaient les viaducs, les usines, les gares, les fumées industrielles dans la peinture. A ce titre il y a aussi un malaise, car il s'agit bien de rendre acceptable ce que notre imaginaire n'a pas encore intégré, l'approche n'est pas critique, mais veut montrer ce qui est. D'autant plus qu'il ne s'agit pas d'instantanés, au contraire les prises de vues en couleur sur de grands négatifs donnent lieu à des tirages imposants, très soignés qui magnifient les sujets. Auparavant Nicolas Faure avait photographié les ouvriers des chantiers routiers, dans cette série l'homme est absent et paradoxalement la voiture demeure presque invisible. Le photographe développe ainsi une réflexion sur le choix des sujets, les thèmes de la photographie. En 1992, il avait proposé un autre parcours de la Suisse en prenant toujours une pierre comme premier plan.
Il serait intéressant de comparer cette approche avec la série des autoroutes peintes par Jean-Frédéric Schnyder. En remontant plus loin, aux années 1960, on pense aux vue de parkings d'Edouard Ruscha bien sûr.
Nicolas Faure jusqu'au 5 février 2006