L'ART EN JEU

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liste par artistes

Cette page contient des articles sur Pierre Bonnard, André Derain, Odilon Redon, Paul Signac.

Galeries du Grand Palais, Paris: Odilon Redon Prince du rêve jusqu’au 20 juin

Cette rétrospective très complète montre l’ampleur des obsessions de l’artiste et une certaine cohérence de son évolution, contrairement à ce que l’on tend à relever généralement. Elle sera visible au musée Fabre de Montpellier du 7 juillet au 16 octobre 2011.

Les grandes suites lithographiques sont montrées complètes et l’on pénètre ainsi dans le processus créatif de l’artiste. Il apparaît obsédé par les têtes coupées qui prennent les formes les plus diverses, surgissent de la brume, deviennent des figures iconographiques familières comme le Christ, ou des sphères géométriques, se transforment en oeil. Autour de cet organe Redon développe d’innombrables variations. Il joue sur le gros plan, s’intéresse au profil. Ce maître de l’estampe et du fusain est un lithographe acharné, passionné par le mystère du noir. Ses recherches aboutissent à l’une des oeuvres les plus connues, emblématiques, La Fleur de marais, le registre de l’étrange devient alors presque illustratif. Paradoxalement, mais aussi logiquement, il se concentre sur les fleurs dans la fin de sa vie. Le fusain devient pastel ou huile et même dans des travaux décoratifs consacrés à des corolles de fleurs, on trouve comme un écho des premières têtes coupées. On prend toute la mesure de ce précurseur du surréalisme qui incarne à merveille la permanence dans l’expression artistique d’obsessions, indépendamment des époques et des styles.

Patrick Schaefer L'art en jeu 19 mai 2011

Bâle, Riehen 29 janvier 2012 Pierre Bonnard jusqu'au 13 mai 2012

Après les surréalistes, la Fondation Beyeler consacre une partie de ses cimaises aux peintures de Pierre Bonnard jusqu'au 13 mai 2012. Dans huit salles sont rassemblées 65 toiles de toutes les périodes de l'artiste, plutôt qu'une approche chronologique, c'est un accrochage thématique qui a été privilégié. Si la permanence de certains thèmes, de certains intérêts est incontestable, la concentration sur l'univers intérieur de l'artiste, exprimée par la référence aux maisons dans lesquelles il vécut, sans tenir aucun compte de l'évolution du temps, crée des collisions parfois étonnantes. Plus que de thèmes à proprement parler, il s'agit d'ailleurs d'explorer des approches esthétiques, comme la relation entre l'intérieur et l'extérieur, une problématique qu'il partage avec Matisse notamment. (On peut d'ailleurs dresser un autre parallèle avec Matisse entre les odalisques de ce dernier et les salles de bain de Bonnard). On aboutit finalement au constat de l'enfermement presque obsessionnel adopté par l'artiste pour se vouer à son activité picturale, exprimé dans ces intérieurs intimes et dans l'utilisation fréquente du miroir qui crée une fausse ouverture et renforce l'enfermement.

La première salle est consacrée au thème de la rue, puis l'on découvre la salle à manger, le plus grand espace est consacré à la salle de bain qui occupe une place centrale dans l'oeuvre de Bonnard; une salle consacrée au miroir lui fait écho et la prolonge. Les trois salles tournées vers le parc évoquent bien sûr le jardin et le paysage. L'exposition s'achève sur les relations intérieur - extérieur, essentielles dans les compositions de Bonnard.

Ce choix d'accrochage me donne le sentiment que Bonnard demeure plus un Nabi qu'on ne tend à le percevoir dans une approche chronologique qui distingue cette première partie de sa production. Et l'on observe en permanence des échos de l'oeuvre de Kerr Xavier Roussel ( L'été, 1917) et de Maurice Denis ( La Terrasse à Vernon, 1920 - 1939). Cette confrontation directe des différentes périodes rend aussi plus frappante la dissolution des formes dans la couleur et l'éblouissement de la lumière dans les paysages tardifs.

Patrick schaefer L'art en jeu 29 janvier 2012

Fondation de l'Hermitage Lausanne: Van Gogh, Bonnard, Vallotton... La collection Arthur et Hedy Hahnloser jusqu'au 23 octobre 2011. A signaler que les Hahnloser furent parmi les principaux amateurs et amis de Pierre Bonnard, la collection présentée en ce moment à la Fondation de l'Hermitage offre un ensemble exceptionnel d'oeuvres de cet artiste. Chacune des nombreuses toiles retenues montre ce qu'il a fait de mieux, on voit que les collectionneurs bénéficiaient d'un premier regard et qu'ils ont su choisir des oeuvres particulièrement caractéristiques et fortes.

La ville du Cannet a inauguré un musée Pierre Bonnard le 25 juin 2011

Musée d'art moderne de la ville de Paris

Pierre Bonnard (1867 - 1947), L'oeuvre d'art, un arrêt du temps jusqu'au 7 mai 2006

Après Beaubourg en 1984, Lausanne en 1991, Londres en 1998, Paris et le musée d'art moderne de la ville restauré, rendent hommage à Pierre Bonnard. L'approche est à la fois chronologique et thématique autour des trois motifs qui ont animé l'inspiration de Bonnard: le nu, la nature morte et le paysage.

Avec 90 toiles, il s’agit d’une importante rétrospective. Toutes les étapes de l’évolution créatrice de l’artiste sont illustrées de la période nabi aux embrasements colorés de la maturité. Bien que Pierre Bonnard, né en 1867 soit décédé en 1947, une exposition comme celle-ci permet de saisir l’extraordinaire modernité de sa démarche, elle met en évidence l’intensité de l’activité du peintre.

Pierre Bonnard et les nabis

Bonnard est l’une des figures les plus marquantes du mouvement nabi qui fut par ailleurs animé par des artistes comme Vuillard et Vallotton. Ces “prophètes” inspirés par les estampes japonaises ont remis en cause la perspective traditionnelle héritée de la Renaissance. Ils s’intéressent autant à la vie urbaine, aux scènes de rue qu’à la représentation de l’intimité, de plus ils cherchent à diffuser leurs oeuvres et mettent en valeur la lithographie. En réalisant des affiches très parlantes et Bonnard connaîtra ses premiers succès dans ce domaine. Cette période est peu montrée, seule la naissance des thèmes majeurs de l'oeuvre est évoquée avec Le Peignoir 1892 et L'homme et la femme,1900. Le premier point fort et exceptionnel de l'exposition est la présentation des grandes décorations réalisées pour Misia Sert (1906-1910) Après le déluge, Jeux d'eau et Le Plaisir et Le Printemps et L'Automne réalisés pour Morozov (1911-1912), des travaux qui s'inscrivent dans la continuité des préoccupations des Nabis et qui annoncent tout à fait les travaux futurs de l'artiste marqués par le foisonnement végétal et la disparition de la perspective.

Le motif du nu

Après avoir été l'une des figures majeures du mouvement nabi, Bonnard ne suivra pas les péripéties de la vie artistique du début du siècle le fauvisme et le cubisme notamment. Il va tracer son propre cheminement en approfondissant quelques motifs centraux. Bonnard a de préférence situé ses figures dans des intérieurs ou dans une confrontation entre l'intérieur et l'extérieur en peignant des terrasses et des fenêtres.

Le nu occupe une place essentielle chez Bonnard, l'exposition permet de suivre les étapes de sa recherche sur ce motif grâce à un ensemble de toiles majeures. La courbe des cimaises du musée d'art moderne permet une présentation remarquable de cette succession de nus en particulier les toiles allongées où l'on voit Marthe dans sa baignoire. La diversité des éclairages, des coloris choisis par Bonnard souligne le métier du peintre, alors qu’il reprend inlassablement le même motif; tantôt la femme irradie des tonalités rouges extrêmement denses, tantôt la composition est marquée par une dominante jaune ou alors il adopte des tons froids, retenus. L’audace des mises en scène, l’éclat du coloriste permet de le comparer aux plus grands peintres Titien ou Rembrandt.

Un coloriste flamboyant

Tout au long de sa vie Bonnard a également développé d’autres motifs, les natures mortes, les paysages et les vues d’intérieurs. Dans ces dernières on retrouve des mises en page audacieuses et originales. L’artiste s’arrête sur des plans de vie quotidienne comme un cinéaste ou un photographe. A ses débuts il consacrera de nombreuses oeuvres à la famille Terrasse, puis plus tard c’est l’intérieur de sa maison du Cannet qu’il prendra pour motif. La porte - fenêtre est ouverte sur le jardin, intérieur et extérieur prennent des tonalités flamboyantes, Bonnard comme Vélazquez joue avec le miroir. Les natures mortes sont l’occasion pour le peintre de rechercher des harmonies étonnantes, elles lui permettent d’affirmer son extraordinaire talent de coloriste.

Après le nu, l'exposition explore la mise en scène des paysages/terrasses qui associe le quotidien et l'éternel dans la profusion de la végétation. Les autoportraits viennent ponctuer cette rétrospective et nous rappellent que Bonnard a fréquemment traité ce motif cher aux grands peintres. Une salle est consacrée aux dessins et aux photographies de l'artiste.

Suivent les intérieurs et les natures mortes, les salles à manger puis l'exposition s'achève sur ces nombreux paysages qui frisent l'abstraction tant la perception de l'espace vient à disparaître.

La fortune critique de Bonnard

Bonnard n’est pas un peintre maudit, très tôt ses talents ont été reconnus sa première affiche fut un succès, on le considéra comme l’artiste le plus prometteur parmi les nabis. Un critique influent comme Thadée Natanson, des marchands comme Vollard ou les Bernheim défendirent sa peinture, de sorte qu’il put toujours vivre de son art et ses toiles se négociaient à des prix non négligeables. Dès les années 30 Bonnard se retira complètement au Cannet, à la fin de sa vie il refusait de vendre ses oeuvres.

L’histoire de l’art marquée par la recherche des avant-gardes et la succession des ismes: impressionnisme, nabisme, cubisme a très tôt donné une place importante au Bonnard nabi, mais ne savait que dire et où placer l’oeuvre de la maturité. Ce n’est que dans les années 1970 que l’on se mit à questionner cette vision et à prendre davantage en considération l’oeuvre entière des peintres. Cette révision était couronnée en 1984 par une exposition de l’oeuvre ultime de Bonnard à Beaubourg qui comprenait 40 toiles. La rétrospective actuelle marque l'aboutissement de ces reconsidérations.

A voir également Pierre Huyghe Celebration Park jusqu'au 23 avril et la nouvelle présentation des collections; en particulier les nouvelles acquisitions d'art contemporain, des espaces sont consacrés à la présentation de travaux vidéos et 4 salles proposent des installations de Christian Boltanski, sans oublier les travaux réalisés in situ à l'occasion de la réouverture du musée.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 7 mars 2006

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A signaler au Musée d'Orsay

Le néo-impressionnisme de Seurat à Paul Klee 15 mars - 10 juillet 2005

Paul Signac (1863 – 1935)

Depuis plusieurs années le néo-impressionnisme suscite un regain d’intérêt. Seurat brille au firmament de ce mouvement, mais d’autres ont suivi. Ce groupe présente la double caractéristique de s’être constituté en mouvement d’avant-garde et d’avoir eu un écho international. La tension entre l’expression d’une vision personnelle du monde et la mise en ordre de celle-ci fascine chez ces artistes qui ont appliqué un système pour peindre.

Signac fait lui-même l’objet d’une attention soutenue, il suffit de mentionner L’exposition Signac et la libération de la couleur en 1997, Le catalogue raisonné paru en 2000, et la rétrospective Signac présentée à Paris, Amsterdam et New York en 2001.

C’est une chance de pouvoir découvrir les diverses facettes de l’oeuvre de Paul Signac (1863 – 1935) dans la rétrospective de la Fondation Gianadda à Martigny qui propose des toiles importantes, des paysages, la mer, la montagne, le matin, le soir, et des compositions avec figures, mais aussi des dessins et des aquarelles jusqu'au 23 novembre 2003.

L'exposition débute avec une série de dessins au crayon comté où l'on observe déjà l'intérêt du peintre pour des espaces dépeuplés, places, rues vides, terrains vagues, gares désertes. Par ailleurs il est avant tout le peintre des ports et de la mer. il traite ces sujets de façon musicale comme des compositions auxquelles il donne un numéro d'opus, alors qu'elles proposent une harmonie abstraite entre les formes des voile des bateaux, les mouvements des vagues et des nuage et les jeux de lumière et de couleur. L'exposition montre aussi d'autres paysages comme une vue inattendue du massif des Diablerets. Les aquarelles sont plus souples et échappent au système pointilliste développé par l'artiste.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 29 août 2003

André Derain (1880 - 1954)

Fondation de l'Hermitage, Lausanne jusqu'au 9 juin 2003

L’exposition André Derain utilise les quatre étages de la Fondation de l’Hermitage pour mettre en évidence quatre directions distinctes dans le développement de la carrière de l’artiste. Pour les deux premières, on peut parler de périodes puisqu’elles se succèdent. Derain est une figure marquante du fauvisme avant de se tourner vers une forme de cubisme particulièrement cézannien. Après 1920 les deux orientations mises en évidence offrent l’originalité d’être développées en parallèle par l’artiste jusqu’à la fin de sa vie. La première est publique, on parle de réalisme, elle fait l’objet de polémiques, de rejets, mais aussi de nombreuses adhésions; la deuxième qualifiée de primitiviste est en grande partie secrète. Elle inspire aussi des activités parallèles l’illustration, les décors de théâtre. Pourtant l'intérêt porté par Derain aux cultures extra-européennes, aux formes d'expression marginales nourrit son oeuvre très tôt, cette ouverture d'esprit explique sans doute sa capacité d'innovation et le rôle important qu'il joua dans les mouvements successifs qu'il a incarnés.

L'exposition révèle l'extrême virtuosité de l'artiste qui assimile aussi bien les traditions de la peinture occidentale de toutes les époques de l'art roman à la Renaissance sans oublier Ingres, l'impressionnisme ou Cézanne, que les modes d'expression de la peinture antique ou d'autres formes d'expression "primitive". Par ailleurs, en pIus de la diversité des styles adoptés; il est aussi bien peintre que sculpteur. L'exposition met également en évidence cette deuxième facette de son activité.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 14 mars 2003

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