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Biennale de Gwangju

Biennale de Gwangju Burning Down the House jusqu’au 9 novembre 2014

Gwangju est une grande agglomération au sud de la Corée à 4-5 heures de Seoul. Avec 1,5 millions d’habitants, elle représente un bassin important pour une exposition biennale. Celle-ci, qui marque sa dixième édition, se veut toutefois internationale et ouverte sur tous les continents. Elle assure aussi, je n’ai pas les moyens de vérifier !, être la plus importante des biennales d’Asie, on sait que celles-ci sont très nombreuses. ( en Corée du Sud, il y a deux autres biennales au même moment à Busan et à Séoul). L’étendue de la ville est considérable, les autorités ont créé une sorte de Museumsinsel, non sur une île, mais sur une excroissance rocheuse. La Biennale dispose de son propre bâtiment et l’on trouve dans le voisinage un grand parc, des scènes de spectacle au grand air, ainsi que le Gwangju Museum of Art ouvert en 1992 et un musée des arts et traditions populaires. J’ai visité le site un samedi, la principale attraction ce jour-là n’était pas la Biennale, mais un festival des nourritures traditionnelles « Kimchi Festival » qui occupait tout le parc avec d’innombrables stands, petits restaurants et un lieu d’exposition.



L’exposition de la Biennale a été confiée à une ancienne conservatrice de la Tate Modern, Jessica Morgan. Elle révèle une maîtrise remarquable des divers registres de l’art contemporain et de leur présentation en associant tous les modes d’expression actuels. Le thème de la maison détruite, très émotif, permet de suivre plusieurs pistes, certaines engagées, les atteintes à la maison, mais aussi au corps, d’autres plus contemplatives ou qui relèvent de problématiques esthétiques. Elle suggère aussi de traiter les espaces d’expositions comme une maison, ainsi un papier peint créé pour l’occasion a été appliqué sur toutes les parois, défiant la tradition du White cube. Au dernier étage, à l’intérieur d’une reconstitution 1/1 de l’appartement de New York de l’artiste suisse Urs Fischer, on retrouve sous forme de papier peint, le décor des pièces de son logement. De plus dans un bâtiment annexe, confié à l’artiste canadien AA Bronson (1946), un peu éloigné, un papier peint aux motifs érotiques a été appliqué dans des salles consacrées à la présentation d’une collection de publications underground  des Queer Zines 1975 – 2014. On retrouve quelques grands noms qui sont notamment passés par le Turbine Hall de la Tate Modern: Olafur Eliasson, Dominique Gonzalez-Foerster et Carsten Höller. Mais il y a beaucoup de contributions d’artistes d’Asie non seulement des Coréens, ou d’Amérique du Sud. Une place considérable est faite à la peinture. J’ai noté par exemple celles très émouvantes de Tetsuya Ishida (1973 – 2005) ou encore celles d’Apostolos Georgiu (1952), un artiste grec bien représenté. La vidéo de Jonathan de Andrade (1982), The Uprising, 2012, raconte une étrange subversion de l’espace urbain à travers l’organisation d’une course de chars à Recife. En fait cette exposition qui se visite sans frustration en 3 ou 4 heures pourrait être présentée dans n’importe quel musée dans le monde. Si dans certaines salles elle tend à devenir une exposition thématique sur le feu dans l’art contemporain, elle échappe assez vite à une approche strictement iconographique pour emprunter des chemins de traverse avec beaucoup d’habileté. Pour compléter les visiteurs sont invités à se rendre dans un pavillon en retrait confié au canadien AA Bronson mentionné plus haut et qui a intitulé son projet House of Shame, 2014 et au musée d’ethnographie dont les reconstitutions complètent cette idée de la maison. Quatre petites peintures sur bois de Lubaina Humid, une artiste tanzanienne, qui questionne la disparition des savoir-faire ont été  ajoutées aux vitrines.

Arrivés au terme de cette édition, les organisateurs annoncent avoir reçu 200’000 visiteurs pendant les 66 jours d’ouverture.