{"id":1650,"date":"2019-05-17T09:47:32","date_gmt":"2019-05-17T08:47:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/?p=1650"},"modified":"2019-10-10T07:09:22","modified_gmt":"2019-10-10T06:09:22","slug":"biennales-de-venise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/biennales-de-venise\/","title":{"rendered":"Biennales de Venise"},"content":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;ai pas visit\u00e9 toutes les biennales d&rsquo;art de Venise depuis 2001, depuis que mon site existe, mais je r\u00e9unis \u00a0ici les compte-rendus des \u00e9ditions que j&rsquo;ai vues.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.labiennale.org\/en\/art\/2019\/information\">Biennale<\/a>: 11 mai &#8211; 24 novembre 2019 <em><strong>May you live in Interesting Times<\/strong><\/em>, dirig\u00e9e par Ralph Rugoff.<\/p>\n<div>Biennale 11 mai &#8211; 24 novembre 2019. May you live in interesting Times<\/div>\n<div>Ralph Rugoff qui dirige la biennale cette ann\u00e9e est le directeur de la Hayward Gallery \u00e0 Londres depuis de nombreuses ann\u00e9es (2002). Un lieu qui pr\u00e9sente des expositions d\u2019art contemporain tr\u00e8s pertinentes, mais avec un c\u00f4t\u00e9 fun, un savant dosage, susceptible d\u2019attirer le grand public. C\u2019est bien la formule que l\u2019on trouve dans cette biennale qui propose \u00e0 la fois un discours engag\u00e9 et des pratiques artistiques tr\u00e8s diverses r\u00e9solument figuratives. On trouve une toile de Georges Condo \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Arsenal, ce qui dit bien sous quelle \u00e9toile on est. Une large place est faite aux techniques traditionnelles, peintures, sculptures, photographies, mais bien s\u00fbr \u00a0toutes les pratiques visuelles actuelles sont aussi tr\u00e8s pr\u00e9sentes. Pour r\u00e9sumer: une biennale figurative, engag\u00e9e qui ressemble aussi parfois \u00e0 un catalogue de voyage dans des pays \u00e0 risque !<\/div>\n<div>\n<p>L&rsquo;une des nouveaut\u00e9s de cette \u00e9dition est d&rsquo;offrir aux artistes s\u00e9lectionn\u00e9s la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter leurs travaux dans les deux lieux au pavillon central et \u00e0 l&rsquo;Arsenal.<\/p>\n<div>\n<div>Pour ma part, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la visite de l\u2019Arsenal \u00e0 celle du pavillon central des Giardini. Le risque ou l\u2019avantage de ce choix, si l\u2019on est press\u00e9 par le temps c\u2019est que l\u2019on ne visite qu\u2019un seul lieu, ce qui serait dommage !<\/div>\n<div>\n<div>Les Suisses de l\u2019\u00e9tape occupent une place importante avec une large place faite \u00e0 Carol Bove qui \u00e9tait l&rsquo;une des artistes choisie pour le pavillon suisse il y a deux ans et le terrible rappel d\u2019actualit\u00e9 choisi par Christophe B\u00fcchel, montrant un bateau \u00e9ventr\u00e9 dans lequel des centaines de migrants ont perdu la vie, ce qui lui a valu entre autre une page dans le Guardian. Quant \u00e0 Christian Marclay il n\u2019est consid\u00e9r\u00e9 ici que comme Am\u00e9ricain, il occupe une large place dans dans les deux lieux avec les gravures montr\u00e9es \u00e0 Aarau il y a quelques ann\u00e9es et une installation \u00e0 l&rsquo;Arsenal.<\/div>\n<div>Il y a une large ouverture sur l\u2019Afrique bien que l\u00e0 aussi on ne sait si ce sont des Africains de Londres ou s\u2019ils\u00a0 vivent r\u00e9ellement dans leur pays.<\/div>\n<div>Quoi qu\u2019il en soit cela les concepts de l&rsquo;exposition permettent de rassembler des d\u00e9marches qui ont quelque chose \u00e0 dire quelque soit le mode d&rsquo;expression utilis\u00e9. Dans la peinture Jill Mulleady, Michael Armitage, Otobong Nkanga, Julie Mehretu, dans la sculpture Nicole Eisenman, Andra Usujta, dans le film Alex da Corte, les nouvelles technologies Ed Atkins dont on d\u00e9couvre aussi des dessins \u00a0aux Giardini. A noter que\u00a0Jimmie Durham (1940) a re\u00e7u le grand prix cette ann\u00e9e, une figure relativement peu connue dont l&rsquo;\u00e9tonnant bestiaire\u00a0<em>God&rsquo;s Children, God&rsquo;s Poems,<\/em>\u00a0a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au Migrosmuseum \u00e0 Zurich en 2017. Il avait r\u00e9alis\u00e9 14 sculptures \u00e0 partir des cr\u00e2nes de grands animaux europ\u00e9ens, qui deviennent autant de totems \u00e9tonnants rassemblant divers mat\u00e9riaux, bois, m\u00e9tal et tissu.<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p>(57 \u00e8me)\u00a0dirig\u00e9e par Christine Macel, du centre Pompidou\u00a0<strong><em>Viva Arte Viva<\/em> jusqu\u2019au 26 novembre 2017<\/strong><\/p>\n<p>Le pavillon central de la Biennale aux Giardini commence bien avec des photos de Mladen Stilinovic montrant l\u2019artiste endormi sur un banc, affirmant le droit \u00e0 l\u2019otium par opposition au negotium. Ne rien faire comme signe de la libert\u00e9 artistique, on trouve encore cet esprit dans quelques pi\u00e8ces de Franz West qui invitent au loisir. Mais le propos ne se poursuit pas vraiment et dispara\u00eet vite dans le th\u00e8me du livre cr\u00e9\u00e9 par divers artistes, sans qu\u2019une \u0153uvre forte surgisse. On retrouve par contre l\u2019artiste endormi dans la belle exposition <em>Philip Guston et les po\u00e8tes<\/em> (en fait, surtout Philip Guston et l\u2019Italie) \u00e0 l\u2019Academia. Elle fait partie de la biennale, puisque le billet de celle-ci permet d\u2019y acc\u00e9der, il ne faut pas la manquer.<!--more--><\/p>\n<p>Revenons \u00e0 la biennale, apr\u00e8s cette affirmation de la libert\u00e9 artistique, d\u00e9tach\u00e9e d&rsquo;un engagement social et plongeant dans une exploration int\u00e9rieure, la commissaire Christine Macel, qui appartient au centre Pompidou, nous emm\u00e8ne dans divers univers artistiques, au pavillon central, ce sont les artistes et les livres, puis les joies et les peurs. A l\u2019Arsenale l\u2019espace commun, la terre, les traditions, les chamanes, Dionysos, les couleurs et enfin le temps et l\u2019infini.<\/p>\n<p>Il y a toujours quelque chose \u00e0 tirer d\u2019une telle exposition, et de beaux moments \u00e0 d\u00e9couvrir, mais il faut reconna\u00eetre qu\u2019elle manque de force et de conviction. On se demande s\u2019il n\u2019y a pas eu trop d\u2019otium dans sa pr\u00e9paration et on peut lui pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019obsession du negotium cher \u00e0 Damien Hirst\u00a0!!!. Peut-\u00eatre est-ce aussi une question de budget, il serait int\u00e9ressant de conna\u00eetre les montants investis dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre exposition. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est bien le probl\u00e8me de ce genre de manifestation, on voudrait plus de transparence, pouvoir suivre un <em>making of<\/em>, les discussions, n\u00e9gociations qui entra\u00eenent un choix plut\u00f4t qu&rsquo;un autre. Ici par exemple, le livre pi\u00e8ce unique qui concerne tant d&rsquo;artistes, pourquoi cette fois a-t-on retenu, de mani\u00e8re int\u00e9ressante d&rsquo;ailleurs, John Latham? Avec les moyens techniques actuels on pourrait imaginer un \u00e9cran qui pr\u00e9senterait d&rsquo;autres exemples. On ne peut jouer au spectateur na\u00eff. Dans les salles de l&rsquo;Arsenale, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus frappant, c&rsquo;est que les travaux textiles prennent une place dominante avec par exemple Petrit Halilaj et ses grandes mites en kilims du Kosovo, Cynthia Guti\u00e9rez ou Leonor Antunes ou encore Sheila Hicks. Ce qui est frappant c&rsquo;est que Franz Erhard Walter qui est un pionnier de l&rsquo;action interactive avec le spectateur, re\u00e7oit le prix de la Biennale, mais n&rsquo;est repr\u00e9sent\u00e9 que par des pi\u00e8ces textiles color\u00e9es accroch\u00e9es aux parois. On est loin des \u00e9ditions o\u00f9 les superproductions sur \u00e9cran faisaient penser \u00e0 Hollywood!<\/p>\n<hr \/>\n<p>A signaler que le SIK met en ligne et publie un livre en deux volumes sur l&rsquo;histoire de la participation suisse \u00e0 la Biennale de Venise: <a href=\"http:\/\/www.biennale-venezia.ch\/\">http:\/\/www.biennale-venezia.ch\/<\/a><\/p>\n<p>Le palais encyclop\u00e9dique. D&rsquo;apr\u00e8s le texte de presse l&rsquo;exposition entend \u00e9voquer les Wunderkammer du 16e et du 17e si\u00e8cle, en \u00e9tablissant des liens entre les artistes contemporains et ceux du pass\u00e9. A signaler \u00e9galement une exposition Manet au museo Correr qui met cet artiste en relation avec ses mod\u00e8les italiens. Manet ritorno a Venezia jusqu&rsquo;au 18 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p><strong>Venise 6 octobre 2013 Biennale de Venise jusqu\u2019au 24 novembre 2013. Il Palazzo Enciclopedico. <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence explicite du commissaire de cette 55\u00e8me \u00e9dition est l\u2019anc\u00eatre du mus\u00e9e, les cabinets d\u2019amateurs, tels qu&rsquo;ils apparurent depuis le 16e si\u00e8cle. L\u2019exposition est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019exploration de l\u2019inconscient, \u00e0 la documentation de l\u2019imaginaire.<!--more--> Elle met l&rsquo;accent sur des artistes qui expriment leur subjectivit\u00e9, leur mode de communication avec un ailleurs en s&rsquo;ouvrant \u00e0 des expressions qui sont hors du circuit acad\u00e9mique de l&rsquo;art. Ainsi, c\u2019est Carl Gustav Jung qui est plac\u00e9 dans la premi\u00e8re salle du pavillon central des Giardini avec son livre rouge dans lequel il raconte ses r\u00eaves \u00e0 la recherche de l\u2019inconscient collectif. Cette approche rel\u00e8ve d\u2019une conception platonicienne de l\u2019art qui suppose que l\u2019artiste ne peut que d\u00e9couvrir ce qui existe d\u00e9j\u00e0. Apr\u00e8s Jung, on \u00e9voque les anthroposophes avec les fameux dessins de Rudolf Steiner sur tableau noir. Dans cette salle, on est surtout frapp\u00e9 par l&rsquo;intervention de deux acteurs de Tino Seghal et l\u2019on trouve les sculptures de Walter Pichler, un plasticien autrichien, proche de l&rsquo;architecte Hans Hollein. En poursuivant dans la salle 3, sont accroch\u00e9es des figures majeures de l\u2019art brut: la su\u00e9doise Hilma af Klint, Augustin Lesage, mais aussi Emma Kunz que Szeemann a plusieurs fois int\u00e9gr\u00e9e dans ses expositions.<\/p>\n<p>Une petite cour ext\u00e9rieure pr\u00e9sente six sculptures en bronze de Sarah Lucas, objectivement remarquables. On peut toutefois s\u2019interroger sur l\u2019\u00e9volution de cette artiste qui s\u2019est fait conna\u00eetre par des oeuvres trash en m\u00e9gots de cigarettes ou en bas de femmes, on reconna\u00eet ceux-ci dans ces sculptures de bronze, \u00e0 moins que ce ne soient des pr\u00e9servatifs qui \u00e9voquent diff\u00e9rentes positions d\u2019une femme ou d\u2019un couple et s\u2019inscrivent magnifiquement dans l\u2019histoire de la sculpture. Comme toujours dans ces expositions, on se demande ce qui motive le choix de certains artistes plut\u00f4t que d\u2019autres. Une salle a \u00e9t\u00e9 offerte \u00e0 Enrico David. J\u2019y vois d\u2019abord un hommage \u00e0 Louise Bourgeois avec de grandes compositions textiles abstraites et une vitrine qui contient 2 sculptures ainsi qu\u2019un grand dessin mural.<\/p>\n<p>La salle du haut est consacr\u00e9e \u00e0 un grand hommage \u00e0 Fischli Weiss avec 180 terres cuites de la s\u00e9rie commenc\u00e9e en 1981, <em>Pl\u00f6tzlich diese \u00dcbersicht<\/em>. Un \u00e9tage plus bas c\u2019est Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Schnyder qui occupe une place importante avec ses grandes peintures. Elles sont en enfilade avec la salle qui rend hommage \u00e0 Maria Lassnig. Ainsi la peinture, la sculpture et le dessin sont des \u00e9l\u00e9ments centraux. La vid\u00e9o est consid\u00e9r\u00e9e comme moyen de documentation plut\u00f4t que comme moyen de cr\u00e9ation et les nouvelles technologies sont totalement absentes. Voici encore quelques noms relev\u00e9s dans ce pavillon: Lynette Yiadom Boakye n\u00e9e en 1977, peintures de portraits imaginaires. Ellen Altfest\u00a0 1970, r\u00e9alise de petites peintures de fragments du corps masculin. Thierry de Cordier est un artiste belge qui peint la mer sur de grandes toiles, alors. Imran Qureshi est un Pakistanais qui revisite la tradition de la peinture de manuscrits mongols.<\/p>\n<p>Venons en aux salles de l&rsquo;Arsenale, ici j&rsquo;ai surtout retenu une section con\u00e7ue par Cindy Sherman. Elle comprend pr\u00e8s de 200 oeuvres par une trentaine d\u2019artistes connus ou anonymes. On trouve des ex votos, des banni\u00e8res vaudous, des collections de photographies et plusieurs artistes am\u00e9ricains bien connus Condo, Gober, Charles Ray et des europ\u00e9ens. La proposition s\u2019inscrit tout \u00e0 fait dans l\u2019esprit g\u00e9n\u00e9ral de la biennale dont elle renvoie en somme un miroir con\u00e7u par une artiste. En y r\u00e9fl\u00e9chissant, je me dis que c\u2019et peut-\u00eatre la meilleure partie de la biennale. On d\u00e9couvre plusieurs films d&rsquo;artistes qui r\u00e9fl\u00e9chissent au processus de l&rsquo;exposition. Harun Farocki documente les oeuvres qui font l&rsquo;objet d&rsquo;actes de d\u00e9votion dans un film de 45&prime; (qui est aussi visible dans l&rsquo;exposition Angst \u00e0 Vienne). Ed Atkins (n\u00e9 en 1982) \u00e9voque la collection d&rsquo;Andr\u00e9 Breton. Mark Lekey pr\u00e9sente un projet d&rsquo;exposition pour le Arts Council. L&rsquo;exposition s&rsquo;ach\u00e8ve en \u00e9voquant l&rsquo;obsession et la r\u00e9p\u00e9tition, mais aussi la mise en sc\u00e8ne de soi-m\u00eame avec Dieter Roth et Bruce Naumann. Le dernier espace est consacr\u00e9 \u00e0 un hommage \u00e0 Walter de Maria d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2013.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette description tr\u00e8s partielle qui permet de constater la pr\u00e9sence de la sculpture, de la peinture au sens traditionnel avec une ouverture vers des formes d&rsquo;expressions consid\u00e9r\u00e9es comme marginales, mais qui sont int\u00e9gr\u00e9es ici dans l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elles participent \u00e0 l&rsquo;exploration d&rsquo;un grand imaginaire collectif qui pr\u00e9existerait. Je voudrais poser quelques questions qui ne sont pas trait\u00e9es dans cette biennale et qui pourtant entreraient dans le th\u00e8me propos\u00e9. Le magasin de souvenirs est-il l\u2019h\u00e9ritier du cabinet d\u2019amateur\u00a0? Bien des objets que l\u2019on peut y acqu\u00e9rir ne sont-ils pas une forme trivialis\u00e9e des objets collectionn\u00e9s autrefois\u00a0? les pierres semi-pr\u00e9cieuses, les produits de l\u2019artisanat par exemple. A moins que ce ne soit le centre commercial qui \u00e9voque cette qu\u00eate de ce que l\u2019humanit\u00e9 offre de mieux\u00a0! Et qu\u2019en est-il des encyclop\u00e9dies?, c&rsquo;est le mot titre de la biennale et c&rsquo;est une des grandes obsessions actuelles! Aujourd\u2019hui chacun peut se cr\u00e9er son propre dictionnaire, en lan\u00e7ant des recherches sur Google, en ajoutant et suivant des amis sur facebook, en s&rsquo;amusant m\u00eame \u00e0 les identifier. Chacun peut aussi consulter et contribuer \u00e0 Wikipedia. Voici quelques aspects de l\u2019actualit\u00e9 du th\u00e8me encyclop\u00e9die qui auraient pu \u00eatre trait\u00e9, malheureusement il n\u2019en est rien. Le cabinet d\u2019amateur est-il vraiment une r\u00e9union des plus extraordinaires objets ou cr\u00e9ations trouv\u00e9es sur la terre, n\u2019avait-il pas une ambition de d\u00e9couverte, de recherche, de prospective\u00a0?<\/p>\n<p>Patrick Schaefer l&rsquo;art en jeu 6 octobre 2013<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>54 \u00e8me Biennale 2011 Illuminazioni dirig\u00e9e par Bice Curiger 4 juin &#8211; 27 novembre 2011 <\/strong><\/p>\n<p>Plus de 80 artistes dans les Giardini et \u00e0 l&rsquo;Arsenale avec en sus les pavillons nationaux dans les Giardini et r\u00e9partis dans toute la ville. Le pavillon de l&rsquo;Italie fait l&rsquo;objet d&rsquo;une exposition distincte.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le marathon de la biennale v\u00e9nitienne, le temps d&rsquo;un r\u00e9flexion et il y a mati\u00e8re \u00e0 cela. Evidemment, nous ne connaissons pas l&rsquo;arri\u00e8re-plan, ce qui rel\u00e8ve des contingences budg\u00e9taires et ce qui appartient au choix de la ou des responsables. D&rsquo;autre part, y a-t-il des consignes ou des pr\u00e9f\u00e9rences exprim\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des choix des pavillons nationaux? Il me semble que oui, mais peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il de co\u00efncidences. Je constate qu&rsquo;un certain nombre de pavillons s&rsquo;inscrivent dans un courant. Qu&rsquo;entends-je par l\u00e0? On dirait qu&rsquo;ils se sont donn\u00e9 le mot pour casser la lecture architecturale de ces b\u00e2timents qui appartiennent \u00e0 une architecture assez moderne et lisible, en les bouchant compl\u00e8tement ou en les transformant en cachant la lecture de la structure d\u2019origine.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le cas de la Suisse avec Thomas Hirschhorn qui transforme l\u2019\u00e9l\u00e9gant \u00e9difice des ann\u00e9es 1950 en grotte myst\u00e9rieuse rassemblant d\u2019innombrables d\u00e9chets de notre civilisation transform\u00e9s par la pr\u00e9sence magique de cristaux alpestres\u00a0; de l&rsquo;Allemagne o\u00f9 le pavillon devient \u00e9glise\u00a0; de la Grande-Bretagne o\u00f9 Mike Nelson nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans un labyrinthe \u00e9touffant et poussi\u00e9reux qui rappelle des conditions d&rsquo;habitation \u00e0 Istanbul\u00a0; de la France avec <em>Chance<\/em> de Christian Boltanski\u00a0: un immense \u00e9chafaudage m\u00e9tallique qui soutient des rotatives o\u00f9 apparaissent des b\u00e9b\u00e9s\u00a0; de l&rsquo;Autriche avec Markus Schinwald qui nous propose un \u00e9trange mus\u00e9e de peintures o\u00f9 les toiles paraissent \u00e9cras\u00e9es pr\u00e8s du sol. Le pavillon danois offre une excroissance, \u00e0 la fois cabane, oeuvre d&rsquo;art, gravure sur bois. Tous ces pavillons soulignent la fin des utopies, utopie de l\u2019espace, de la disponibilit\u00e9 pour les oeuvres d\u2019art face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 de plus en plus \u00e9touffante. De mani\u00e8re \u00e9tonnante, le seul pavillon qui recourt \u00e0 l\u2019utopie est celui d\u2019Isra\u00ebl avec la proposition de Sigalit Landau visant \u00e0 construire un pont de sel avec la Jordanie. Alors qu\u2019une autre artiste isra\u00e9lienne Yael Bartana se livre \u00e0 une critique f\u00e9roce des utopies dans le pavillon polonais en mettant en sc\u00e8ne le retour des juifs en Pologne\u00a0! Peut-\u00eatre est-il aussi r\u00e9v\u00e9lateur de cette \u00e9dition que l\u2019on pense d\u2019abord aux pavillons nationaux du moins \u00e0 certains, avant l\u2019exposition centrale propos\u00e9e dans la grand pavillon des Giardini et \u00e0 l\u2019Arsenale. Il est vrai que pour ceux qui suivent r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019activit\u00e9 artistique cette pr\u00e9sentation offre assez peu de surprises. On peut toutefois assurer que c\u2019est un regard correct sur divers aspects et courants de la sc\u00e8ne internationale qui donne une place \u00e0 toutes les formes d\u2019expression, sans que l&rsquo;on sache bien s\u00fbr pourquoi un artiste est repr\u00e9sent\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;un autre. Il y a aussi la difficult\u00e9 de la s\u00e9lection des oeuvres dans certains cas on d\u00e9couvre assur\u00e9ment des installations importantes, r\u00e9v\u00e9latrices du travail de l&rsquo;artiste. Dans d&rsquo;autres on dirait que l&rsquo;on a tenu \u00e0 avoir cet artiste dans l&rsquo;exposition sans lui donner toutefois une place tr\u00e8s importante. &#8211; Si l&rsquo;on a des blancs et que l&rsquo;on ne se rappelle plus exactement des pi\u00e8ces vues. Il faut relever qu&rsquo;il existe une quantit\u00e9 \u00e9norme de vid\u00e9os sur youtube notamment. Comme celle-ci qui offre un petit parcours qui rafra\u00eechit la m\u00e9moire: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=n7Q9p7e3MdA&amp;feature=related\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=n7Q9p7e3MdA&amp;feature=related<\/a><\/p>\n<p>Patrick Schaefer, L&rsquo;art en jeu 5 juillet 2011<\/p>\n<hr \/>\n<p>Biennale 2009 7 juin &#8211; 22 novembre La Biennale de Venise 2009 est dirig\u00e9e par Daniel Birnbaum, un Su\u00e9dois qui travaille \u00e0 Francfort. Le th\u00e8me est : Construire des mondes. La participation de plusieurs pays suppl\u00e9mentaires est annonc\u00e9e.<\/p>\n<p>Biennale 2007 10 juin &#8211; 21novembre 2007 La 52\u00e8me Biennale de Venise ouvre ses portes au public le 10 juin 2007.<\/p>\n<p>Les expositions de l&rsquo;Arsenal et du pavillon Italia des jardins sont confi\u00e9s au conservateur am\u00e9ricain Robert Storr. Il a choisi le th\u00e8me: Penser avec les sens &#8211; sentir avec l&rsquo;esprit. 77 pays sont repr\u00e9sent\u00e9s dans les pavillons des jardins et \u00e0 travers la ville.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Biennale 2005 51 \u00e8me Biennale de Venise 12 juin &#8211; 6 septembre 2005<\/strong><\/p>\n<p>Le site de la Biennale informe sur les artistes expos\u00e9s dans les deux sites d&rsquo;expositions le Pavillon italien aux Giardini et l&rsquo;Arsenale, ainsi que sur tous les artistes propos\u00e9s par les pavillons nationaux dans l&rsquo;enceinte de la Biennale et dans d&rsquo;innombrables lieux de la ville. Toujours un peu plus loin La Biennale se divise en trois sections : les pavillons nationaux dans les Giardini et \u00e0 travers la ville, une exposition temporaire dans le pavillon Italia et une autre exposition \u00e0 l\u2019Arsenale. Commen\u00e7ons par \u00e9voquer cette derni\u00e8re partie dirig\u00e9e par Rosa Martinez qui s\u2019intitule Toujours un peu plus loin et comprend pr\u00e8s de 50 artistes. Le visiteur est accueilli par de grandes b\u00e2ches imprim\u00e9es con\u00e7ues par les Guerrillagirls. Com qui rappellent que c\u2019est la premi\u00e8re fois que la Biennale est dirig\u00e9e par des femmes. Elles donnent aussi des statistiques sur le nombre d\u2019artistes femmes repr\u00e9sent\u00e9es au cours des \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes. Le ton est donn\u00e9 l\u2019exposition sera r\u00e9flexive, ouverte aux probl\u00e9matiques actuelles sur la repr\u00e9sentation des femmes, mais aussi sur la mise en \u00e9vidence de travaux venus d\u2019autres pays ou continents. On d\u00e9couvre en effet des artistes indiens, bengalis, pakistanais, mais aussi de nombreux sud-am\u00e9ricains et des sud-africains. La pr\u00e9sentation est a\u00e9r\u00e9e proposant souvent de grandes installations. Une large place est faite \u00e0 la vid\u00e9o. Pourtant la premi\u00e8re salle est consacr\u00e9e aux peintures tr\u00e8s \u00e9tonnantes de Semyha Berksoy qui sont proches de l\u2019art brut. La salle est ferm\u00e9e par un \u00e9cran sur lequel est projet\u00e9 Be the first to see what you see as you see it, 2004 de Runa Islam qui met en \u00e9vidence des porcelaines magnifiques qu\u2019une femme fait tomber l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. Cette premi\u00e8re partie s&rsquo;attache \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments du quotidien comme Curry de Subodh Gupta une installation dans laquelle sont align\u00e9s les ustensiles en fer blanc utilis\u00e9s pour servir ce plat. Plus loin un hommage est rendu au mod\u00e8le de Lucian Freud, Leigh Bowery avec une pr\u00e9sentation de films sur ses performances et l\u2019exposition de ses costumes de sc\u00e8ne. Un autre aspect que l\u2019on per\u00e7oit est la recherche de rituels nouveaux qui va de l\u2019observation de f\u00eates et de pratiques existant \u00e0 travers le monde d&rsquo;un point de vue ethnologique \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019actes ou de performances. Stephen Dean projette en parall\u00e8le les images de grands rassemblements qu\u2019il s\u2019agisse de rencontres sportives ou de festivals religieux. Quant \u00e0 Kimsooja, elle se place immobile de dos face \u00e0 la foule dans six lieux tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9s. Un regard critique sur la situation actuelle des lieux artistiques est propos\u00e9 par l\u2019architecte Rem Koolhaas qui \u00e9voque l\u2019expansion des mus\u00e9es, mais aussi leur d\u00e9t\u00e9rioration dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le mus\u00e9e de l&rsquo;Hermitage \u00e0 Saint-Petersbourg. On signalera encore la pr\u00e9sence de Christoph B\u00fcchel et Gianni Motti avec leur travail sur Guantanamo. L\u2019exposition s\u2019ach\u00e8ve sur de grandes installations qui mettent le spectateur dans des situations particuli\u00e8res notamment un caisson de Mariko Mori. L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019art L\u2019exposition du pavillon italien aux Giardini dirig\u00e9e par Maria de Corral s\u2019intitule L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019art. Elle propose un regard sur les 40 derni\u00e8res ann\u00e9es de cr\u00e9ation artistique \u00e0 travers les travaux d&rsquo;une quarantaine de cr\u00e9ateurs. Une place importante est faite \u00e0 la peinture d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et \u00e0 la vid\u00e9o de l\u2019autre avec \u00e9galement quelques sculptures et installations. En peinture on suit deux parcours entre la figuration et une abstraction qui met en valeur la mati\u00e8re et le processus pictural. On passe de Tapi\u00e8s \u00e0 Marl\u00e8ne Dumas, Philip Guston et Francis Bacon pour aboutir aux sculptures et aux estampes de Thomas Sch\u00fctte. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les approches abstraites d\u2019Agnes Martin, Joan Hernandez Pijuan, Gabriel Orozco, Bernard Frize et Juan Usl\u00e9. Une large place est faite \u00e0 la vid\u00e9o, alors que la photographie est absente \u00e0 l\u2019exception des recherches en jpg de Thomas Ruff. La grande salle \u00e0 l\u2019\u00e9tage est enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 William Kentridge qui rend hommage \u00e0 M\u00e9li\u00e8s.<\/p>\n<p>Les pavillons nationaux ( 70 pays sont repr\u00e9sent\u00e9s: 30 aux Giardini et 40 dans la ville) sont un d\u00e9fi pour les artistes invit\u00e9s \u00e0 s&rsquo;y pr\u00e9senter. Les pr\u00e9sentations monographiques sont de plus en plus privil\u00e9gi\u00e9es et souvent une r\u00e9flexion sur l&rsquo;espace et son histoire est propos\u00e9e. C&rsquo;est du moins le propos d&rsquo;Antoni Muntadas dans le pavillon espagnol qui retrace l&rsquo;histoire des pavillons nationaux et rel\u00e8ve les nations absentes de la Biennale. Les Norv\u00e9giens et les Su\u00e9dois ont enlev\u00e9 les parois de verre de leur pavillon pour en faire une cour int\u00e9rieure en b\u00e9ton dans laquelle sont pr\u00e9sent\u00e9es des installations sonores. L&rsquo;Autrichien Hans Schabus quant \u00e0 lui, a choisi d&#8217;emballer son pavillon en cr\u00e9ant un parcours d&rsquo;escaliers qui aboutit au fa\u00eete de l&rsquo;\u00e9difice. Annette Messager dans le pavillon fran\u00e7ais s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e non pas \u00e0 l&rsquo;architcture du site, mais au g\u00e9nie du lieu en \u00e9voquant Pinocchio dans trois sc\u00e8nes qui proposent une \u00e9tonnant sc\u00e9nario. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce pavillon qui a \u00e9t\u00e9 distingu\u00e9. On d\u00e9couvre encore de nombreuses expositions \u00e0 travers la ville, il faut signaler que pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;Inde est repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Giudecca au r\u00e9fectoire de l&rsquo;ancien couvent des Saints Cosme et Damien. A signaler aussi une importante pr\u00e9sentation d&rsquo;artistes sud-am\u00e9ricains, la trama e l&rsquo;ordito, \u00e0 l&rsquo;institut v\u00e9nitien des sciences, lettres et arts juste en face de l&rsquo;Accademia. Il me semble que cette \u00e9dition de la Biennale s\u2019inscrit tout \u00e0 fait dans la suite de la derni\u00e8re Documenta en proposant une approche r\u00e9flexive \u00e9vitant les automatismes de la starrification par un r\u00e9el effort d\u2019ouverture, par ailleurs la tendance est de commander des oeuvres sp\u00e9cifiques aux artistes retenus. Le parcours des trois ensembles donne un regard sur l&rsquo;art contemporain riche sans \u00eatre \u00e9touffant.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Biennale 2003 Une Biennale par, pour, temps de guerre globale. R\u00eaves et conflits, la dictature du spectateur.<\/strong><\/p>\n<p>La Biennale de Venise est un rendez-vous que l&rsquo;on attend avec int\u00e9r\u00eat et qui laisse souvent perplexe. Le responsable de cette manifestation en 2003 Francesco Bonami a choisi de d\u00e9l\u00e9guer une partie de ses responsabilit\u00e9s \u00e0 11 commissaires diff\u00e9rents. Il signe pour sa part trois expositions, l&rsquo;une dans le pavillon italien des Giardini, une deuxi\u00e8me \u00e0 l&rsquo;Arsenal et la derni\u00e8re au mus\u00e9e Correr. Il faut ajouter \u00e0 ces expositions, celles des pavillons nationaux des Giardini et celles souvent int\u00e9ressantes qui sont pr\u00e9sent\u00e9es dans un nombre toujours croissant de lieux de la ville. On peut aussi signaler trois exposition r\u00e9alis\u00e9es par des fondations. La Fondazione Bevilacqua la Masa pr\u00e9sente Alex Katz, Portraits dans son espace de la place Saint-Marc, dans un autre palais d\u00e9pendant de la m\u00eame institution, on d\u00e9couvre dessins et peintures r\u00e9cents de Marl\u00e8ne Dumas sur le th\u00e8me de la mort. Palazetto Tito, Marlene Dumas, Suspect, 12 juin &#8211; 25 septembre. Quant \u00e0 la Fondazione Querini Stampalia, elle a confi\u00e9 l&rsquo;\u00e9tage d\u00e9di\u00e9 aux expositions temporaires au couple Ilya &amp; Emilia Kabakov qui proposent jusqu&rsquo;au 7 septembre avec Where is your place? une \u00e9tonnante exposition sur le th\u00e8me de Gulliver. (Nous sommes des Lilliputiens qui visitons une exposition de photos noir\/blanc, alors que des g\u00e9ants dont nous ne voyons que les pieds et les mollets visitent une exposition de peinture dont n&rsquo;apparaissent que la partie inf\u00e9rieure du cadre et de la toile; leur site pr\u00e9sente les dessins des artistes pour ce projet). Commen\u00e7ons par l\u2019exposition du mus\u00e9e Correr qui devrait \u00eatre un morceau de r\u00e9sistance situant l&rsquo;ensemble de la manifestation dans un contexte historique.<\/p>\n<p>Sous le titre <em>De Rauschenberg \u00e0 Murakami 1964 &#8211; 2003<\/em>, on expose 49 artistes repr\u00e9sent\u00e9s chacun par un seul travail de dimension variable : il y a de toutes petites toiles, alors que d\u2019autres sont immenses. Si une grande partie des cr\u00e9ateurs s\u00e9lectionn\u00e9s sont attendus et in\u00e9vitables, on remarque un nombre assez important de peintres moins connus, sans que l\u2019on comprenne vraiment pourquoi ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s. C\u2019est pourtant la principale qualit\u00e9 de cette exposition qui ressemble par ailleurs beaucoup plus \u00e0 une projection de diapositives qu\u2019\u00e0 une exposition de peinture. Les toiles sont pr\u00e9sent\u00e9es dans un ordre chronologique qui commence en 1964 date \u00e0 laquelle Robert Rauschenberg re\u00e7ut le prix de la Biennale de Venise, les \u0153uvres voisines datent de la m\u00eame ann\u00e9e ou sont r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 une date tr\u00e8s proche dans la d\u00e9cennie. Chaque salle est organis\u00e9e selon le m\u00eame principe. Ainsi dans la premi\u00e8re salle on trouve p\u00eale-m\u00eale Rauschenberg, Buren, Riley et Warhol sur le quatri\u00e8me mur un grand Twombly est flanqu\u00e9 d\u2019un petit Ryman et d\u2019un Fontana blanc!? Cela pourrait former la table des mati\u00e8res d\u2019un cours sur la peinture entre 1964 et 1968, mais ce n\u2019est certainement pas une exposition. Le reste est r\u00e9alis\u00e9 dans le m\u00eame esprit. Rejet de l&rsquo;aura benjaminien?<\/p>\n<p>Continuons par les Giardini, en commen\u00e7ant par l&rsquo;exposition du pavillon italien assum\u00e9e par Francesco Bonami et Daniel Birnbaum, intitul\u00e9e <em>Delays and Revolutions<\/em>. Les grandes manifestations du type biennale sont l&rsquo;occasion de d\u00e9couvrir des installations souvent impressionnantes qui utilisent tous les moyens d&rsquo;expression \u00e0 la disposition des artistes et laissent des impressions fortes au spectateur. On a l&rsquo;impression que les commissaires de cette exposition se sont syst\u00e9matiquement employ\u00e9s \u00e0 \u00e9viter ce genre d&rsquo;effets. Faut-il y voir une application des th\u00e9ories de Benjamin sur la disparition de l&rsquo;aura de l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de sa reproductibilit\u00e9 technique, un manque de budget ou une insensibilit\u00e9, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat total pour les d\u00e9marches artistiques? la question est ouverte et c&rsquo;est celle que je me pose en sortant de cette exposition. Quelques exemples relev\u00e9s dans ce pavillon italien. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es Tacita Dean s&rsquo;est fait remarquer par des installations et des films remarquables dans plusieurs expositions. Elle figure ici avec un documentaire sur Mario Merz, lui-m\u00eame connu pour ses installations. On pourrait aussi bien regarder ce documentaire chez soi dans son salon! Robert Gober est lui aussi bien connu pour ses installations provocatrices. Il a occup\u00e9 le pavillon am\u00e9ricain il y a quelques ann\u00e9es. Il figure ici avec une projection de diapositives reproduisant ses dessins! Pour en rester aux projecteurs de dias d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s sollicit\u00e9s on d\u00e9couvre un rectangle blanc projet\u00e9 dans l&rsquo;installation de Ceal Floyer, dont on connait pourtant des travaux plus riches. Enfin il y a au moins une installation r\u00e9ussie avec ce moyen des projecteurs de diapositives c&rsquo;est celle de Peter Fischli et David Weiss qui proposent un inventaire de questions projet\u00e9s en \u00e9criture blanche sur fond noir.<\/p>\n<p>Passons aux pavillons nationaux qui offrent le plus souvent une approche monographique, le pavillon \u00e9tant confi\u00e9 \u00e0 un ou deux artistes. Le contexte de cette biennale et de sa pr\u00e9paration est \u00e9videmment peu banal avec une situation de guerre et une division profonde du monde occidental et des soci\u00e9t\u00e9s impliqu\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. On en trouve des \u00e9chos plus ou moins marqu\u00e9s et l&rsquo;on peut sans doute, mais il s&rsquo;agit de suppositions, trouver des explications \u00e0 certaines bizarreries de la manifestation dans cette situation. A cet \u00e9gard l&rsquo;exposition intitul\u00e9e The Zone consacr\u00e9e aux jeunes artistes italiens est r\u00e9v\u00e9latrice. On y d\u00e9couvre notamment une installation de Anna de Manincor o\u00f9 des jeunes d\u00e9filent en r\u00e9p\u00e9tant toujours la m\u00eame phrase \u00ab\u00a0Non faro figli per questo paese\u00a0\u00bb. Pour les autres pays on rel\u00e8ve clairement une s\u00e9paration entre ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre une d\u00e9marche artistique en laissant la seule force de cette approche s&rsquo;exprimer et ceux qui ont \u00e0 tout prix voulu trouver une expresion politique \u00e0 un titre ou un autre. Et l\u00e0 il faut dire que les vannes du kitsch se sont ouvertes \u00e0 grands flots qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des colombes blanches et noires d&rsquo;Ahmed Nawar dans le pavillon \u00e9gyptien ou des recherches sur le More \u00e0 Venise de Fred Wilson qui occupe le pavillon am\u00e9ricain ou des collages de lentilles et de crottes d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants de Chris Ofili dans le pavillon britannique.<\/p>\n<p>Les d\u00e9marches radicales de rupture avec l&rsquo;humanisme sont plus provocantes et plus convaincantes qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du pavillon espagnol de Santiago Sierra, mur\u00e9 et dont l&rsquo;acc\u00e8s par l&rsquo;arri\u00e8re est r\u00e9serv\u00e9 aux seuls d\u00e9tenteurs d&rsquo;un passeport espagnol, gard\u00e9 par des vigiles en uniforme qui prennent leur travail tr\u00e8s au s\u00e9rieux . Ou du cheminement festif, ludique propos\u00e9 par Olafur Eliasson qui utilise la couronne d&rsquo;arbres surplombant le pavillon danois, en s&rsquo;inscrivant dans une approche \u00e9cologique.<\/p>\n<p>En confiant l&rsquo;Arsenal \u00e0 plusieurs commissaires, les organisateurs semblent avoir malheureusement reproduit la structure des Giardini. L&rsquo;approche ici n&rsquo;est pas uniquement nationale, mais continentale. Il y a ainsi une section qui met l&rsquo;accent sur l&rsquo;Afrique, une autre sur l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud et centrale, une sur la Chine et l&rsquo;Extr\u00eame-Orient (sans doute la plus int\u00e9ressante), une section est offerte aux repr\u00e9sentations arabes, alors que la premi\u00e8re pr\u00e9sente un grand nombre d&rsquo;artistes am\u00e9ricains et isra\u00e9liens. Bien s\u00fbr il est toujours int\u00e9ressant de d\u00e9couvrir ces confrontations diverses, mais il faut bien reconna\u00eetre que l&rsquo;impression d&rsquo;ensemble est n\u00e9gative. A l&rsquo;oppos\u00e9 de la derni\u00e8re Documenta qui apr\u00e8s de longs d\u00e9bats th\u00e9oriques s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e tr\u00e8s respectueuse des artistes dans leur mise en \u00e9vidence. Ici on a l&rsquo;impression d&rsquo;une confusion g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;o\u00f9 rien ne ressort, o\u00f9 aucune d\u00e9marche ne peut s&rsquo;affirmer.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Biennale de Venise. Plateau de l\u2019humanit\u00e9 jusqu&rsquo;au 4 novembre 2001 Du R\u00e9el et du Paradis <\/strong><\/p>\n<p>Pour la seconde fois Harald Szeemann dirige la Biennale de Venise. Celle-ci comprend deux parties : les pavillons nationaux qui se trouvent dans les Giardini alors que d&rsquo;autres sont r\u00e9partis dans divers b\u00e2timents \u00e0 travers la ville. Par ailleurs une exposition de grande envergure est pr\u00e9sent\u00e9e dans le Pavillon italien des Giardini et dans les grands locaux de l\u2019Arsenal.<\/p>\n<p>Les espaces mis \u00e0 disposition de la Biennale ont encore \u00e9t\u00e9 accrus cette ann\u00e9e.<br \/>\nIl y a quelques ann\u00e9es le parcours \u00e0 travers les pavillons nationaux faisait sourire, car de nombreux travaux pr\u00e9sent\u00e9s paraissaient compl\u00e8tement d\u00e9suets, secondaires. Aujourd\u2019hui ce n\u2019est pratiquement plus jamais le cas. Il est clair que chaque pays, conscient de l\u2019enjeu d\u2019une bonne visibilit\u00e9 de sa sc\u00e8ne artistique sur des plateaux internationaux, investit beaucoup pour parvenir \u00e0 un r\u00e9sultat convaincant. On peut aimer ou ne pas aimer, partager la direction choisie ou la rejeter, mais l\u2019investissement et la qualit\u00e9 des produits obtenus ne fait aucun doute. De plus en plus, on choisit la pr\u00e9sentation monographique, ce qui donne plus d\u2019impact aux xuvres de l\u2019artiste retenu. Il faut aussi relever que si le parcours impliquant la visite des expositions r\u00e9parties dans la ville est \u00e9puisant, il r\u00e9v\u00e8le d\u2019excellentes surprises au niveau des expositions, mais aussi par les b\u00e2timents qu\u2019il permet de d\u00e9couvrir. Plateau de l\u2019humanit\u00e9 : une approche intuitive de la sc\u00e8ne contemporaine.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces remarques liminaires venons-en au coeur de l\u2019affaire, l\u2019exposition intitul\u00e9e Plateau de l\u2019humanit\u00e9, puis je mentionnerai certains des artistes propos\u00e9s dans les s\u00e9lections nationales. Il me semble que la confrontation avec la r\u00e9alit\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des fils conducteurs de cette exposition. Un r\u00e9el qui n\u2019est pas politique ou militant, mais qui doit permettre \u00e0 l\u2019artiste d\u2019\u00e9chapper au ressassement des m\u00eames questions ou probl\u00e8mes. Sur ce plan le travail du Bulgare Nedko Solakov (1957) est tr\u00e8s clair: deux peintres couvrent les murs d\u2019une salle l\u2019un de blanc et l\u2019autre de noir et se succ\u00e8dent \u00e0 l&rsquo;infini. Bien s\u00fbr ce retour vers le quotidien implique aussi la trivialisation, l\u2019art ne porte plus de grand A. Pourtant lorsqu\u2019on parcourt une exposition comme celle-ci on remarque \u00e0 quel point cette confrontation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 peut \u00eatre f\u00e9conde et n\u00e9cessaire. Il y a aussi des id\u00e9es identiques qui surgissent chez certains artistes et une diminution de l\u2019exacerbation du style personnel. Un langage international se cr\u00e9e dans lequel on reconna\u00eetra peut-\u00eatre des \u00e9coles anglaises, hollandaises, canadiennes par exemple. Le texte d\u2019introduction r\u00e9dig\u00e9 par Harald Szeemann montre bien que l\u2019exposition est construite sans exigence th\u00e9orique explicite au niveau du discours. Par contre il existe une approche tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9e, le refus des fronti\u00e8res entre les techniques, le refus \u00e9galement de barri\u00e8res entre les g\u00e9n\u00e9rations, ce dernier est assez audacieux et int\u00e9ressant, car des artistes jeunes sont ainsi plac\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019artistes beaucoup plus \u00e2g\u00e9s et confirm\u00e9s ( Twombly, Richter et N\u00e9o Rauch par exemple). Par ailleurs on constate que la rupture des limites n\u2019est pas absolue, ou dogmatique, on va vers la trivialisation, mais il y a une limite, on va vers la science-fiction, mais il y a une limite, non explicite, non dite, non th\u00e9oris\u00e9e, mais sensible. Ainsi se reforme une d\u00e9finition de l\u2019art dans le cadre d\u2019un espace et d\u2019une exposition. <em>Ouverture, abondance et lacunes <\/em><\/p>\n<p>Cette Biennale pr\u00e9sente un tr\u00e8s grand nombre d\u2019artistes provenant d\u2019un nombre de pays plus important que jamais. On remarque notamment les ouvertures vers le Mexique, les Philippines, les pays du nord. Pourtant, et plut\u00f4t que de regretter une \u00e9ventuelle surabondance, je ne peux m\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par d\u2019\u00e9tranges absences. Le terme employ\u00e9 dans le titre de l\u2019exposition \u00ab plateau \u00bb, mais aussi plate-forme, lorsqu\u2019il est mis en relation avec la cr\u00e9ation contemporaine me fait imm\u00e9diatement penser \u00e0 La Jet\u00e9e, 1962, de Chris Marker. C\u2019est peut-\u00eatre la plus brillante visualisation d\u2019un plateau et des probl\u00e9matiques de relations entre le pr\u00e9sent, le pass\u00e9, le futur et la condition humaine qui aient jamais \u00e9t\u00e9 produits. Je m\u2019\u00e9tonne que cet artiste n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans cette pr\u00e9sentation, soit par des travaux plus r\u00e9cents, soit par des exemples de son influence actuelle, Terry Gillian, par exemple. Il serait oiseux d\u2019\u00e9num\u00e9rer tous les pays non repr\u00e9sent\u00e9s, de m\u00eame que tous ceux qui le sont, pourtant je ne peux m\u2019emp\u00eacher de relever l\u2019absence de l\u2019Inde. Alors que la section consacr\u00e9e \u00e0 Bombay \u00e9tait sans doute la plus r\u00e9ussie et la plus int\u00e9ressante dans l\u2019exposition Century City de la Tate Modern, je citerais notamment Sudir Pathwardan (1949) et Shamila Samant (1967), il est curieux de devoir relever qu\u2019ils ne sont pas arriv\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 Venise.<\/p>\n<p><em>Les pavillons nationaux<\/em><\/p>\n<p>On peut distinguer des approches qui proposent une implication directe, une participation du spectateur. C\u2019est le cas des pavillons allemand, canadien, fran\u00e7ais, hongrois et polonais notamment. D\u2019autres s\u2019adressent \u00e0 la sensibilit\u00e9, impliquent les sensations de ce dernier, mais de fa\u00e7on plus passive le Br\u00e9sil avec les odeurs \u00e9pic\u00e9es d&rsquo;Ernesto Neto. Mark Wallinger utilise les \u00e9motions dans un v\u00e9ritable processus d\u2019appropriation et de d\u00e9tournement en les appliquant \u00e0 des sc\u00e8nes banales du quotidien. Il filme la porte des arriv\u00e9es \u00e0 l\u2019a\u00e9roport qui s\u2019ouvre pour laisser sortir les passagers. Un rythme ralenti, une musique religieuse d&rsquo;Allegri qui prend aux tripes et un titre <em>The Threshold of the Kingdom<\/em> et voil\u00e0 les ingr\u00e9dients de l\u2019\u00e9motion artistique r\u00e9unis avec une efficacit\u00e9 et une ironie particuli\u00e8rement mordantes qui ne laisse aucun doute sur la nature de l\u2019artefact. Dans les ann\u00e9es 1960, il s\u2019agissait de s\u2019aligner sur le langage reconnu de l\u2019avant-garde avec toujours bien s\u00fbr un d\u00e9calage et la cons\u00e9quence in\u00e9vitable d\u2019un regard condescendant de la part des occidentaux. Aujourd\u2019hui le probl\u00e8me a clairement \u00e9volu\u00e9. Les artistes explorent des traditions propres \u00e0 la culture dont ils sont issus. \u00c0 partir de cette d\u00e9couverte, ils d\u00e9veloppent un travail personnel. Pour y parvenir ils disposent de moyens techniques, d\u2019instruments, dont ils ont acquis la ma\u00eetrise en Europe ou en Am\u00e9rique du Nord qui leur permettent de s\u2019exprimer avec une grande souplesse et une efficacit\u00e9 incontestable. Ils utilisent et ma\u00eetrisent les m\u00eames instruments que les artistes occidentaux mais parviennent \u00e0 exprimer une sensibilit\u00e9 diff\u00e9rente, c\u2019est sans doute la raison pour laquelle une production moyenne de tr\u00e8s bon niveau peut \u00eatre observ\u00e9e dans une Biennale comme celle-ci.<\/p>\n<p>Patrick Schaefer, l\u2019art en jeu, 13 juin 2001.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;ai pas visit\u00e9 toutes les biennales d&rsquo;art de Venise depuis 2001, depuis que mon site existe, mais je r\u00e9unis \u00a0ici les compte-rendus des \u00e9ditions que j&rsquo;ai vues. Biennale: 11 mai &#8211; 24 novembre 2019 May you live in Interesting Times, dirig\u00e9e par Ralph Rugoff. 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