{"id":2191,"date":"2013-10-20T20:16:21","date_gmt":"2013-10-20T19:16:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/?p=2191"},"modified":"2023-11-26T13:00:07","modified_gmt":"2023-11-26T12:00:07","slug":"reconstitution-dexpositions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/reconstitution-dexpositions\/","title":{"rendered":"Reconstitution d&rsquo;expositions"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\">Berne 6 ao\u00fbt 2018<\/span><\/p>\n<p>La Kunsthalle de Berne rend hommage \u00e0 Harald Szeemann jusqu\u2019au 2 septembre en \u00e9voquant par des films et des documents les principales expositions dans lesquels il a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9. Elle permet aussi de cerner une personnalit\u00e9 et son mode de travail. Sous le titre <em>Mus\u00e9e des obsessions<\/em>. Il avait constitu\u00e9 des archives personnelles consid\u00e9rables et recueilli au d\u00e9but de son activit\u00e9, la quasi totalit\u00e9 des objets r\u00e9unis dans l\u2019appartement de son grand-p\u00e8re qui \u00e9tait coiffeur, une pr\u00e9sentation s\u00e9par\u00e9e de cet ensemble est propos\u00e9e dans l\u2019ancien appartement de Harald Szeemann.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Milan 20 mai 2018<\/span><\/p>\n<p>Fondation Prada: Art Life Politics: Italia 1918 &#8211; 1943 jusqu&rsquo;au 25 juin<\/p>\n<p>Ouverte depuis quelques ann\u00e9es dans un vaste site industriel, proche des voies de chemin de fer, pr\u00e8s de la station Lodi de la ligne jaune du m\u00e9tro milanais, subtilement transform\u00e9 en associant des \u00e9difices nouveaux et les b\u00e2timents anciens transform\u00e9s, tout en conservant la sensation d&rsquo;ampleur du site, la Fondation Prada propose des expositions temporaires et des \u00e9l\u00e9ments de sa collection consacr\u00e9e \u00e0 des installations d&rsquo;artistes bien connus de la sc\u00e8ne contemporaine ( Louise Bourgeois, Robert Gober, Damien Hirs, Jeff Koons, etc.).<\/p>\n<p>En ce moment, elle produit une gigantesque exposition con\u00e7ue par Germano Celant (1940 &#8211; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2020 du Coronavirus), consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;art italien de l&rsquo;entre-deux-guerres. Loin d&rsquo;effectuer une s\u00e9lection entre artistes ayant collabor\u00e9 avec le r\u00e9gime et ceux qui \u00e9taient plus en retrait, elle pr\u00e9sente une s\u00e9rie de reconstitutions d&rsquo;expositions d&rsquo;art italien dans le pays et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Depuis les artistes pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la Biennale de Venise, l&rsquo;exposition des arts d\u00e9coratifs \u00a0de 1925 \u00e0 Paris, les d\u00e9veloppements de l&rsquo;architecture, les monuments aux morts, le mobilier, des expositions \u00e0 Rome, \u00e0 Pittsburg ou \u00e0 la Kunsthalle de Berne. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tant de reconstituer certaines cimaises de ces manifestations d&rsquo;apr\u00e8s des photographies d&rsquo;\u00e9poque avec les oeuvres originales lorsqu&rsquo;elles sont disponibles ou des reproductions. L&rsquo;entreprise est \u00e9norme et il faut le dire assez lassante, d&rsquo;autant plus que les oeuvres sont en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s sombres.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">B\u00e2le &#8211; Riehen 6 octobre 2015<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La Fondation Beyeler a d\u00e9cid\u00e9 de marquer le centenaire du carr\u00e9 noir de Kasimir Malewitsch par une double exposition. La premi\u00e8re au titre \u00e9nigmatique A la recherche de 0.10, la derni\u00e8re exposition futuriste de peinture tente de reconstituer le plus pr\u00e9cis\u00e9ment possible, la manifestation dans laquelle Malewitsch pr\u00e9senta pour la premi\u00e8re fois une \u0153uvre devenue embl\u00e9matique du 20\u00e8me si\u00e8cle. <!--more-->Confront\u00e9e au style cubo-futuriste des 13 autres participants, la d\u00e9marche de Malewitsch ressort dans toute sa radicalit\u00e9 ! La seconde bas\u00e9e sur la collection de la fondaion et d\u2019autres collections, \u00e9voque sous le titre Soleil noir, l\u2019influence de Malewitsch sur l\u2019art des g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Les deux sont \u00e0 d\u00e9couvrir jusqu\u2019au 10 janvier.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">D\u00e9cembre 2013, r\u00e9flexion sur la reconstitution d&rsquo;expositions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La reconstitution des expositions devient une v\u00e9ritable tendance ou un courant. Sans aller jusqu\u2019au travail 1 :1 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Venise pour When Attitudes Becomes Form Bern 1969\/ Venice 2013,<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">la pr\u00e9sentation de Beaubourg consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019objet surr\u00e9aliste \u00e9voque 5 des 8 expositions surr\u00e9alistes par des projections de diapositives et par la reconstitution partielle de certaines salles ou vitrines.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">C\u2019est encore \u00e0 une r\u00e9flexion sur les grandes expositions et leur impact que nous invite la cit\u00e9 de l\u2019architecture et du patrimoine avec 1925 quand l\u2019art d\u00e9co s\u00e9duit le monde jusqu\u2019au 17 f\u00e9vrier 2014. Centr\u00e9e sur l\u2019exposition de 1925 \u00e0 Paris, elle montre des plans et des photographies des divers pavillons. Elle insiste sur le r\u00f4le des grands magasins dans la cr\u00e9ation d\u2019une production sp\u00e9cifique, plus industrielle qu\u2019artisanale comme c\u2019\u00e9tait le cas avec l\u2019art nouveau. Ce n\u2019est pas le mouvement, le style qui sont montr\u00e9s, mais vraiment l\u2019exposition de 1925 dans un premier espace. Dans un second espace, on \u00e9voque l\u2019impact de l\u2019exposition de 1925 et la diffusion d\u2019un style \u00e0 travers le monde de Tokyo au Vietnam, \u00e0 l\u2019Afrique du Nord. On souligne aussi le r\u00f4le du paquebot Normandie comme promoteur de ce style.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Au Mus\u00e9e Guimet, l&rsquo;exposition Angkor est aussi avant tout une histoire de la d\u00e9couverte du site et de sa mise en valeur mus\u00e9ographique \u00e0 Paris. <em>Angkor : Naissance d\u2019un mythe Louis Delaporte et le Cambodge<\/em> jusqu\u2019au 27 janvier 2014.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">En effet, elle raconte comment Louis Delaporte fit des relev\u00e9s, montre ses splendides aquarelles, et des moulages de certaines parties de sites. Il obtint peu \u00e0 peu des lieux d\u2019expositions d\u2019abord dans l\u2019indiff\u00e9rence, avant que l\u2019on ne s\u2019int\u00e9resse vraiment au site. Ces moulages qui avaient \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9s dans des caisses commencent \u00e0 faire l\u2019objet de restaurations et certains sont pr\u00e9sent\u00e9s ici.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">On peut encore mentionner Matisse et les Fauves, \u00e0 l&rsquo;Albertina \u00e0 Vienne jusqu&rsquo;au 12 janvier 2014. Sans \u00eatre une reconstituton du salon d&rsquo;automne de 1905, l&rsquo;exposition s&rsquo;efforce de r\u00e9unir avant tout des oeuvres produites entre 1905 et 1908. Elle \u00e9voque la plupart des cr\u00e9ateurs r\u00e9unis en 1905. Patrick Schaefer L&rsquo;art en jeu 18 d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Venise 6 octobre 2013<\/h3>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Fondazione Prada. <em>When Attitudes Become Form <\/em>Bern 1969 \/ Venice 2013 jusqu&rsquo;au 3 novembre 2013.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Huit ans apr\u00e8s son brusque d\u00e9c\u00e8s, Harald Szeemann revient \u00e0 Venise dont il a dirig\u00e9 la Biennale en 1999 et 2001.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La Fondation Prada propose une reconstitution de l&rsquo;exposition r\u00e9alis\u00e9e en 1969 \u00e0 la Kunsthale de Berne. Une entreprise qui est \u00e0 la fois tr\u00e8s \u00e9trange et fascinante. Pourquoi, comment retrouver les espaces de la Kunsthalle dans un palais baroque v\u00e9nitien, Ca&rsquo; Corner della Regina, sur les bords du Grand Canal? Une tentative folle dans ce gigantesque palais v\u00e9nitien dont les murs sont couverts de stucs et de fresques de reconstituer cette exposition avec la force de provocation toujours intacte des oeuvres. Il faut dire que l&rsquo;exposition est bas\u00e9e sur un dialogue entre trois figures \u00e9minentes: le commissaire d&rsquo;exposition Germano Celant, l&rsquo;architecte qui d\u00e9veloppe des r\u00e9flexions vigoureuses sur les mus\u00e9es, Rem Koolhaas et le photographe, sp\u00e9cialis\u00e9 dans les reconstitutions, Thomas Demand.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Depuis quelques ann\u00e9es on voit se multiplier les expositions qui red\u00e9couvrent les ann\u00e9es 1960, en particulier l&rsquo;arte povera. Cette reconstitution appartient \u00e0 la m\u00eame approche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Ce qui m\u2019a le plus frapp\u00e9 c\u2019est l\u2019utilisation du sol plut\u00f4t que des murs. Ce qui pose d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes. La fr\u00e9quentation est limit\u00e9e \u00e0 200 personnes et 10 au dernier \u00e9tage. Lorsque j&rsquo;ai visit\u00e9, il n\u2019y avait qu\u2019un petit groupe d\u2019une vingtaine de personnes, mais la circulation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile. Il y a un r\u00e9el souci de reconstitution arch\u00e9ologique avec les oeuvres provocatrices d\u2019artistes qui pour la plupart ont fait leur chemin et sont devenus des stars de l&rsquo;art moderne. 148 oeuvres d&rsquo;artistes presque tous bien connus aujourd&rsquo;hui: Joseph Beuys, Bruce Naumann, Jannis Kounellis, Mario Merz, Richard Serra, par exemple. Les Suisses de l&rsquo;\u00e9tape \u00e9taient Markus Raetz et Aldo Walker.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">L&rsquo;exposition documente les d\u00e9buts de l&rsquo;activit\u00e9 de Harald Szeemann et la violence de l&rsquo;impact de cette exposition qui dut \u00eatre ferm\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Patrick Schaefer, l&rsquo;art en jeu 7 octobre 2013<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Biennale de Venise. Plateau de l\u2019humanit\u00e9 jusqu&rsquo;au 4 novembre 2001. Ce texte est transf\u00e9r\u00e9 sur la nouvelle version du site : <a href=\"http:\/\/wp.me\/p5k6Rq-qC\">http:\/\/wp.me\/p5k6Rq-qC<\/a><\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Les archives de Harald Szeemann ont \u00e9t\u00e9 acquises par le <a href=\"http:\/\/www.getty.edu\/research\/special_collections\/szeemann.html\">Getty Institute<\/a> \u00e0 Los Angeles en juin 2011.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Harald Szeemann est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 2005, il \u00e9tait n\u00e9 en 1933.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La derni\u00e8re exposition con\u00e7ue par Szeemann est visible au Palais des beaux-arts \u00e0 Bruxelles jusqu&rsquo;au 15 mai 2005. Elle s&rsquo;intitule <em>Belgique visionnaire, C&rsquo;est arriv\u00e9 pr\u00e8s de chez nous<\/em> organis\u00e9e pour marquer le 175\u00e8me anniversaire du pays; (on sait qu&rsquo;il a consacr\u00e9 des expositions \u00e0 la Suisse (1992), \u00e0 l&rsquo;Autriche (1998) et \u00e0 la Pologne (2001) sur le m\u00eame th\u00e8me).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Un autre sur l&rsquo;exposition Marcel Duchamp au mus\u00e9e Tinguely en 2002<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Biennale de Venise 10 juin &#8211; 4 novembre 2001<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La sc\u00e8ne de l\u2019art contemporain sera \u00e0 nouveau marqu\u00e9e par la Biennale de Venise dirig\u00e9e pour la seconde fois par Harald Szeemann.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Pour celui qui veut pr\u00e9parer sa visite \u00e0 la Biennale de Venise la lecture du petit opuscule de Nathalie Heinich s\u2019impose :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Nathalie Heinich, <em>Harald Szeemann, un cas singulier, entretien<\/em>, L\u2019Echoppe, Paris 1995.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Dans ses ouvrages la sociologue s\u2019attache \u00e0 d\u00e9crire la mani\u00e8re dont s\u2019affirme le statut de cr\u00e9ateur, d\u2019auteur, d\u2019artiste dans la soci\u00e9t\u00e9. Elle a publi\u00e9 cette interview , dans laquelle le commissaire d\u2019exposition \u00e9voque les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa carri\u00e8re, sa mani\u00e8re de structurer son travail, ses relations avec les institutions qui l\u2019invitent \u00e0 organiser des expositions. L\u2019entretien est suivi de commentaires de Nathalie Heinich, qui ne montre pas les qualit\u00e9s ou les d\u00e9fauts des expositions de Harald Szeemann, mais rel\u00e8ve comment cette carri\u00e8re est embl\u00e9matique de l\u2019apparition d\u2019une nouvelle cat\u00e9gorie professionnelle : le commissaire ind\u00e9pendant, cr\u00e9ateur et auteur d\u2019expositions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">La notion de Gesamtkunstwerk hante Harald Szeemann depuis tr\u00e8s longtemps (Der Hang zum Gesamtkunstwerk, Europ\u00e4ische Utopien seit 1800, Zurich, Kunsthaus, 1983) et c\u2019est sous cette banni\u00e8re qu\u2019il place la prochaine Biennale de Venise. Il s\u2019agit d\u2019une notion pour le moins ambigu\u00eb, dont le sens a beaucoup \u00e9volu\u00e9. Il faut la situer face aux notions d\u2019hybridation, de passage d\u2019une technique et d&rsquo;un domaine d&rsquo;expression \u00e0 l\u2019autre qui marquent la sc\u00e8ne artistique actuelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Patrick Schaefer, L&rsquo;art en jeu, f\u00e9vrier 2001.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Vous trouverez \u00e9galement un article sur la contribution d&rsquo;Harald Szeemann<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\"><em>Argent et valeur \u2013 Le dernier tabou <\/em>\u00e0 l&rsquo;expo.02.<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 500;\">Expo.02<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Quelques remarques sur l\u2019arteplage de Bienne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Pr\u00e9ambule<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que je ne fais pas partie de ceux qui font la moue lorsque l\u2019on parle d\u2019Expo.02 parce qu\u2019elle a co\u00fbt\u00e9 trop cher. Il est vrai que si l\u2019on songe aux sommes habituellement allou\u00e9es au domaine culturel, l\u2019argent englouti dans cette manifestation para\u00eet relever du d\u00e9lire, par contre on peut aussi consid\u00e9rer que cela ne repr\u00e9sente m\u00eame pas le co\u00fbt des quelques kilom\u00e8tres d\u2019autoroute inaugur\u00e9s peu avant l\u2019expo. Tout est relatif. Il est aussi vrai que lorsque l\u2019on assiste r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des concerts, repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales ou que l\u2019on visite des expositions, on doit constater que c\u2019est une partie tr\u00e8s restreinte de la population qui est touch\u00e9e par ces \u00e9v\u00e9nements culturels, pourtant abondamment subventionn\u00e9s et qu\u2019il peut \u00eatre bon de tenter de toucher d\u2019autres publics, d\u2019une autre fa\u00e7on. Ce pr\u00e9ambule pour signaler que je ne suis donc pas \u00e0 priori oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9velopp\u00e9e par cette exposition nationale, qu&rsquo;elle me semble plut\u00f4t l\u00e9gitime et que ceux qui trouvent qu\u2019elle a co\u00fbt\u00e9 trop cher m\u2019agacent.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Cela dit nous assistons \u00e0 un v\u00e9ritable matraquage m\u00e9diatique qui s\u2019apparente plus \u00e0 des pratiques de communication en temps de guerre qu\u2019\u00e0 une approche libre de l\u2019information dans un pays d\u00e9mocratique. L\u00e0 aussi c\u2019est aga\u00e7ant et l\u2019on serait tent\u00e9 de n\u2019en rien dire pour cette raison.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Comme l\u2019art n\u2019est pas au centre de cette Expo.02 et que je me limite en principe \u00e0 rendre compte des expositions d\u2019art, je vais commenter la seule exposition d\u2019art pr\u00e9sent\u00e9e sur l\u2019arteplage de Bienne avec quelques remarques sur d\u2019autres pavillons rapidement parcourus!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\"><em>Argent et valeur \u2013 Le dernier tabou<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Le pavillon de la Banque nationale suisse a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 Harald Szeemann. C\u2019est le seul endroit sur l\u2019arteplage de Bienne o\u00f9 des artistes et des \u0153uvres d\u2019art sont expos\u00e9s comme tel. Si cette exposition \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e dans un mus\u00e9e d\u2019art, elle ferait grand bruit, attirerait beaucoup de monde et susciterait d&rsquo;innombrables articles. Le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que l\u2019on n\u2019en a pas beaucoup entendu parler pour l\u2019instant \u00e0 l\u2019exception d\u2019un conflit \u00e0 propos d\u2019une citation de Jean Ziegler (ce qui est tr\u00e8s dr\u00f4le si l\u2019on consid\u00e8re le nombre de provocations accumul\u00e9es dans cet espace). Or il s\u2019agit d\u2019une exposition monumentale sur la notion de valeur et d\u2019argent dans l\u2019art et dans les soci\u00e9t\u00e9s qui forment notre monde, r\u00e9alis\u00e9e avec un budget colossal (une fiche assez ambigu\u00eb distribu\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019exposition nous apprend que l\u2019engagement du commanditaire s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 15 millions de francs suisses).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Les travaux de plus de cinquante artistes sous la forme d\u2019installations, de vid\u00e9os, sculptures, collages et photographies sont expos\u00e9s dans une mise en sc\u00e8ne int\u00e9ressante qui se d\u00e9ploie sur deux \u00e9tages dans de gigantesques vitrines et sur les parois couvertes d&rsquo;un papier peint cr\u00e9\u00e9 pour l&rsquo;occasion. Par ailleurs l&rsquo;exposition documente les formes prises par la monnaie \u00e0 travers le temps et l\u2019espace, pr\u00e9sente un destructeur de billets et un salon de machines \u00e0 sous. Au niveau des travaux artistiques on distingue ceux qui critiquent l\u2019argent et ce qu\u2019il v\u00e9hicule comme Piero Manzoni et ses merdes d\u2019artistes ou Yukinori Yanagi qui a r\u00e9alis\u00e9 des images des monnaies europ\u00e9ennes progressivement d\u00e9truites par le passage de fourmis comme il l\u2019avait fait avec les drapeaux \u00e0 la Biennale de Venise en 1993. Et ceux qui tentent de d\u00e9finir des visions utopiques comme Rudolf Steiner, Josef Beuys, le Facteur Cheval, Tatline ou Henri Dunant. Un th\u00e8me cher au commissaire de l\u2019exposition, Harald Szeemann, qui retrouve ici des \u00e9l\u00e9ments propos\u00e9s, il y a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es dans l\u2019exposition <em>Vision\u00e4re Schweiz<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Aucun mus\u00e9e au monde ne se permettrait de livrer cette exposition tel quel au public. Il y aurait des fiches d\u2019information expliquant les diverses sections de l\u2019exposition, son d\u00e9roulement, des renseignements sur les artistes, un d\u00e9pliant, un catalogue, ici il n\u2019y a absolument rien. Il existe toutefois un bureau d&rsquo;information et il est possible de demander une visite comment\u00e9e. Tout spectateur peu inform\u00e9 sera tr\u00e8s d\u00e9sorient\u00e9, voire choqu\u00e9 par cette exposition. Il faut dire que l&rsquo;abondance noie un peu les \u00e9l\u00e9ments, que l&rsquo;\u00e9clairage est tr\u00e8s faible et qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 fait un usage syst\u00e9matique des dessus de porte pour cacher les pi\u00e8ces qui pourraient heurter les visiteurs! L\u2019Expo.02 renforce ainsi la vision \u00e9litiste de l\u2019art, elle ne communique absolument rien au niveau de la d\u00e9couverte, de la motivation \u00e0 comprendre les formes d&rsquo;expression et la sp\u00e9cificit\u00e9 du langage artistique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Les pavillons d\u00e9clinent sensations et exp\u00e9riences<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">En employant des agences de communication et de design qui ne font que fabriquer des produits d\u00e9riv\u00e9s (souvent inspir\u00e9s par des recherches d\u2019artistes) soit-disant accessibles et destin\u00e9s au grand public, l\u2019Expo produit des pavillons assez sensationnels certes, (Swish qui permet de projeter sur l\u2019eau des v\u0153ux \u00e9crits sur un ordinateur est une variation technologique de la bouteille \u00e0 la mer tout \u00e0 fait int\u00e9ressante par exemple et Cyberhelvetia propose une quantit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences planantes), mais qui semblent tous pass\u00e9s par le m\u00eame moule, une sorte de lavage de cerveau pour \u00eatre pr\u00e9tend\u00fbment accessibles. On assiste \u00e0 un inventaire de sensations et d\u2019exp\u00e9riences : glisser, sauter, plonger dans des registres diff\u00e9rents, burlesques, envo\u00fbtants, etc. Le mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral semble \u00eatre celui du train fant\u00f4me et les pavillons forment une s\u00e9rie de d\u00e9clinaisons autour de ce th\u00e8me. Le r\u00e9sultat \u00e9tant qu\u2019ils ne sont que peu compr\u00e9hensibles, qu\u2019ils ne communiquent rien et que l\u2019on n\u2019en retient que le petit gag qui provoque une distraction ou une sensation forte : chariot, toboggan, matelas-trampoline, etc.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Il faudra voir les effets de cette Expo. 02 dans la dur\u00e9e, mais il me semble qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 assez inqui\u00e9tants pour les artistes. Cela a commenc\u00e9 avec les attaques minables contre Pipilotti Rist dans le spectacle d\u2019ouverture et j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 lu ou entendu des commentaires qui s\u2019en prenaient au caract\u00e8re incompr\u00e9hensible, donc bien entendu artistique de l\u2019Expo! Or rien n\u2019est plus faux, cette Expo.02 n\u2019a absolument rien \u00e0 voir avec ce qui se fait dans le domaine artistique. Elle ne propose que des d\u00e9riv\u00e9s. Pour voir ce que font les artistes aujourd\u2019hui, souvent beaucoup plus clairs et ma\u00eetris\u00e9s dans l\u2019\u00e9laboration de leur langage, il faut aller dans les mus\u00e9es, les Kunsthalle ou par exemple \u00e0 la Documenta de Kassel.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Ce qui est tr\u00e8s g\u00eanant, voire inqui\u00e9tant, c\u2019est le rejet de la diversit\u00e9, la volont\u00e9 de tout soumettre \u00e0 un seul sch\u00e9ma, un seul cadre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on \u00e9gr\u00e8ne quelques variations. On constate le refus explicite de laisser divers registres d\u2019expression appara\u00eetre, tout n&rsquo;est que communication et design. La couleur grise qui domine sur l\u2019arteplage de Bienne est \u00e0 cet \u00e9gard tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice. Les trois tours en tissu sont grises, la plupart des pavillons et les grandes passerelles m\u00e9talliques sont grises, de m\u00eame que les grands sacs en plastique dans lesquels on a plac\u00e9 des arbres. Un gris unitaire, un gris \u00ab\u00a0design-mode-branch\u00e9\u00a0\u00bb, un gris uniforme.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 500;\">Patrick Schaefer, L&rsquo;art en jeu, 14 juin 2002<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Berne 6 ao\u00fbt 2018 La Kunsthalle de Berne rend hommage \u00e0 Harald Szeemann jusqu\u2019au 2 septembre en \u00e9voquant par des films et des documents les principales expositions dans lesquels il a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9. Elle permet aussi de cerner une personnalit\u00e9 et son mode de travail. Sous le titre Mus\u00e9e des obsessions. Il avait constitu\u00e9 des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[9,23,54,19,22,1,8,34],"tags":[],"class_list":["post-2191","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-art-suisse","category-architecture","category-estampe","category-expositions","category-musees","category-non-classe","category-peinture","category-sculpture"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p5k6Rq-zl","jetpack_likes_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2191"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4960,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2191\/revisions\/4960"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.art-en-jeu.ch\/home_wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}