Cette page propose des articles sur Ernest Biéler, Louise Breslau, Eugène Burnand, Edward Burne Jones.
Berne Musée des beaux-arts Ernest Biéler. (1863 - 1948), réalité rêvée 8 juillet - 13 novembre 2011
puis à la Fondation Gianadda du 1er décembre au 26 février 2012.
Le musée de Berne a été bien inspiré dans son accrochage de l'exposition Ernest Biéler qui occupe toutes les salle du rez-de-chaussée. Je mentionnerai pour commencer deux toiles monumentales exposées à l'étage au-dessus, d'un côté La Nuit de Hodler et de l'autre, en face, une grande peinture d'Ernst Ludwig Kirchner qui montre les paysans montagnards de Davos. On les voit depuis le bas dans la salle centrale de l'exposition Biéler. La mise en parallèle est bien choisie, car c'est entre ces deux oeuvres que se déroule la carrière d'Ernest Biéler, mais aussi les aléas de sa fortune critique. Ces toiles permettent de saisir la spécificité de la démarche de Biéler et certains points communs avec ces artistes comme le goût des grands formats rectangulaires très allongés.
Face à une carrière aussi ample et complexe, l'exposition met en valeur les qualités du portraitiste mondain et du décorateur symboliste de la fin du XIXe siècle, tout dans l'esprit de l'art nouveau, avant de passer aux scènes et aux portraits valaisans qui firent sa réputation. Les vingt premières années de la carrière de Biéler sont marquées par l'assimilation des styles de l'époque qu'il développe dans des portraits mondains d'un côté et dans des scènes campagnardes réalistes de l'autre. Il évolue ensuite vers une peinture décorative qui lui permet de réaliser des décors publics, théâtre de Berne, Grand-Théâtre de Genève, mais aussi des compositions sur toile de grands formats comme les Sources et les Feuilles mortes qui appartiennent au musée de Berne. C'est dès le début du XXe siècle qu'il adopte la tempéra et consacre de nombreux tableaux aux habitants de Savièse. Il poursuit par ailleurs son oeuvre décorative sous la forme de fresques, vitraux et mosaïques. En 1927 il est le décorateur de la Fête des vignerons, un épisode évoqué dans cette exposition.
----L'art en jeu Patrick Schaefer
Eugène Grasset. L'art et l'ornement. Lausanne Musée cantonal des beaux-arts 18 mars - 13 juin 2011.
Une vaste rétrospective qui veut rendre visible tous les domaines pour lesquels Eugène Grasset (1845 - 1917) à créé des modèles: meubles, bijoux, vitraux, affiches, chromolithographies pour ne citer que quelques aspects. On prend ainsi la mesure de l'immense production de l'artiste.
Edward Burne- Jones (1833 - 1898) , le paradis terrestre jusqu'au 25 juillet 2010.
L'influence des peintres préraphaélistes anglais sur de nombreux artistes suisses étant incontestable, je place sur cettte page un article consacré à l'exposition Edward Burne- Jones (1833 - 1898) , le paradis terrestre jusqu'au 25 juillet 2010.
Le musée des beaux-arts de Berne consacre pour la première fois en Suisse une exposition à Edward Burne- Jones (1833 - 1898). Cette présentation nous propose une fantastique plongée dans l'univers de ce véritable Wagner de la peinture. En effet, Burne Jones fut fasciné par les mythes de l'Antiquité, mais surtout par la littérature médiévale et l'univers des contes de fées. L'exposition met en évidence quelques cycles qui sont reconstitués, ce qui souligne l'originalité de l'approche de Burne-Jones, et son actualité tant il a influencé non seulement des artistes suisses de la fin du XIXe siècle, comme Hodler, mais aussi des films et des bandes dessinées contemporains.
Eugène Burnand. Peintre naturaliste
Après Félix Vallotton (1865 - 1925), Ernest Biéler(1863 - 1948), Louise Breslau (1856-1927), le musée cantonal des beaux-arts de Lausanne a choisi de rendre hommage à Eugène Burnand (1850-1921). En effet les collections de cette institution sont très marquées par les œuvres d’artistes du tournant du XXe siècle. Le cas d’Eugène Burnand est particulier puisque dès 1959 un musée lui est consacré à Moudon, en 1990, les œuvres du musée de Lausanne et de plusieurs institutions helvétiques y sont déposées. Ce musée est fermé pendant la durée de l’exposition.
Lexposition débute en accrochant les diplômes et récompenses diverses reçues par lartiste pour rappeler quil fut un artiste reconnu et célébré. Par ailleurs un diaporama présente de nombreuses photographies noir-blanc qui témoignent du travail du peintre. La deuxième salle est consacrée aux grande scènes agricoles qui firent la célébrité locale de Burnand, Le Labour dans le Jorat, Le Taureau dans les Alpes en particulier. Avec ces peintures Burnand se révèle lhéritier de Rudolf Koller et lon sent la vocation danimalier qui lhabitait. Puis viennent des paysages de dimensions plus modestes. La troisième salle est consacrée aux grandes compositions religieuses. Par ailleurs sont présentées les études pour Charles le Téméraire. Dans les salles suivantes on découvre luvre dessiné et les pastels que lartiste destinait à la reproduction dans différents livres illustrés qui formèrent le cur de son activité, notamment Les Paraboles. La dernière salle présente deux entreprises de portraitistes développées par Burnand autour des Types vaudois dune part et des soldats de la Première guerre mondiale dautre part, Les Alliés dans la guerre des nations.
Des supports audio permettent de suivre les commentaires de lartiste quil a rédigés en grand nombre pour expliquer ses uvres. On sait que Burnand a suscité de nombreuses polémiques et on pourrait dire à parcourir cette exposition que cest le souci de tout expliquer, déviter toute ambiguïté, de tout faire baigner dans une lumière égale où chaque élément du tableau est parfaitement lisible, identifiable qui explique ces polémiques.
Le livre de Philippe Kaenel, Eugène Burnand peintre naturaliste qui accompagne lexposition, cerne l'artiste par une série d'essais qui correspondent aux sections de l'exposition, par ailleurs deux chapitres sont entièrement consacrés à l'insertion de Burnand dans le milieu artistique, à sa fortune critique et à l'évolution de celle-ci: "Polémiques: Hodler, les jury et les modernes" et "Fortunes et infortunes de la vie d'un artiste". Le livre reproduit encore le catalogue raisonné des peintures de Burnand, il se limite à 195 numéros.
Entretien avec Philippe Kaenel à propos de l'exposition.
Musée cantonal des Beaux-Arts Lausanne jusquau 23 mai 2004
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 23 mars 2004
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Louise Breslau (1856-1927) au musée des beaux-arts de Lausanne.
Depuis le texte fondateur de Linda Nochlin paru dans Art News en 1971 "Why have There Been No Great Women Artists?", qui a ouvert un vaste champ d'études et d'innombrables discussions, la redécouverte d’artistes femmes longtemps oubliées, même lorsqu’elles bénéficièrent d’un incontestable succès de leur vivant, est allé bon train. Le musée des beaux-arts de Lausanne possède dans ses réserves deux grands portraits d’une artiste qui n’a pas trouvé sa place à ce jour dans le palmarès de l’histoire de l’art. D’origine allemande, mais de nationalité suisse, Louise Breslau (1856-1927) passa dès 1876 l’essentiel de sa vie active à Paris où elle devint une portraitiste réputée. L’exposition rétrospective met en valeur les diverses facettes de sa production: peintre de portraits mondains, portraitiste d’enfants et portraitiste intime.
La lecture des contributions au catalogue de l’exposition rédigées par Anne-Catherine Krüger-Karczeweski, qui a consacré une thèse et un catalogue raisonné à cette artiste en 1988, nous révèle que la vie de Breslau fut une suite de succès et de témoignages de reconnaissance publique. Toujours appréciée, elle fut évaluée comme la meilleure depuis ses premières tentatives dans le monde artistique. Elle fréquente un cercle d’écrivains et de peintres réputés, notamment Degas et Forain. Une année avant sa disparition, elle dresse un premier bilan de son activité et en 1928 une année après sa mort, l’école des beaux-arts de Paris lui rend hommage par une rétrospective. Ce fut la dernière avant celle présentée ici. Une longue éclipse qui s’explique sans doute davantage par le rejet dans le courant dominant de l’histoire de l’art des artistes à succès au profit des «maudits» que par l’identité féminine de l’artiste. Les textes du catalogue insistent sur la distinction entre la vie parisienne de l’artiste où son identité féminine ne posait pas de problème et n’a pas nui à sa carrière et l’attitude des milieux artistiques helvétiques qui se signalent par une misogynie virulente.
Ces points doivent toutefois être nuancés. Il ne fait aucun doute que les collègues helvétiques de l'artiste qui jouissaient eux aussi d'un grand succès, notamment Ernest Biéler et Charles Giron ont échappé à l'oubli essentiellement en raison des commandes pour des décorations publiques qu'ils ont pu obtenir. Quant à Eugène Burnand, il s'est fait un nom dans la peinture religieuse. Si la production des collègues helvétiques masculins de Breslau s'était limitée au portrait, ils seraient sans doute eux aussi oubliés. Or il est clair que Louise Breslau ne semble pas avoir envisagé ou même espéré s'exprimer dans d'autres genres ou obtenir des commandes publiques ni en France, ni en Suisse. Elle acceptait de se limiter au genre lucratif du portrait dans lequel de nombreuses femmes artistes s'étaient déjà fait un nom, en particulier au XVIIIe siècle. En réalité ce sont bien ces limites qui expliquent l'oubli qui a suivi son décès.
Catalogue: Louise Breslau de l'impressionnisme aux années folles, textes de Anne-Catherine Krüger, Catherine Lepdor et Gabriel P. Weisberg, Skira/Seuil, Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 13 novembre 2001