Festival d’Avignon dès 2001

Avignon juillet 2017

Avignon du 18 au 21 juillet. Vu quatre spectacles du in et trois du off, plus une lecture: le ventre de l’Atlantique de Fatou Diome, adaptation d’un roman du Sénégal, et une installation de Katie Mitchell, autour d’Ophélie dans Hamlet, à la maison Jean Vilar.

Les spectacles vus ne correspondent pas toujours à un premier choix, on doit s’accommoder des disponibilités. Ainsi cette année, je me suis retrouvé avec trois billets pour des présentations chorégraphiques et un seul pour une production théâtrale. Comme c’est la tradition le français n’est guère présent et deux spectacles étaient en néerlandais, mais d’autres étaient en allemand, en italien ou en portugais.

Commençons par le théâtre Ibsen Huis mis en scène par Simon Stone et une troupe d’Amsterdam, Toneelgroep, cette troupe présentait également les Bonnes de Jean Genet dans une mise en scène de Katie Mitchel (pas vu)l. Un travail de trois heures qui retient des éléments de plusieurs pièces d’Ibsen, en particulier Solness le constructeur. Disons qu’en ne gardant que le côté réaliste d’Ibsen et en laissant tomber la partie symboliste, fantastique de l’auteur norvégien, Simon Stone nomme ce qui n’est que suggéré. Cette interprétation lui donne une actualité singulière, elle en fait une parole plus militante que littéraire. Le metteur en scène a frappé un grand coup en plaçant une maison design moderne au centre de la cour du lycée Saint-Joseph, l’effet est étonnant. Les acteurs évoluent à l’intérieur de cette maison vitrée et n’ont pas de contact direct avec les spectateurs.

Ayant assisté à une discussion avec les acteurs, ces rencontres avec les acteurs sont très utiles, on a appris qu’ils ont travaillé au fur et à mesure, le metteur en scène n’avait pas texte prêt à l’avance, il s’est construit avec les répétitions.

Borderline, Guy Cassiers et Maude Le Pladec, est basé sur un texte de Elfriede Jelinek, les Suppliants, consacré aux réfugiés.

The Great Tamer, un metteur en scène Grec, Dimitris Papaioannou, qui a fait la cérémonie des jo d’Athènes en 2004. Travail de mime, tableaux vivants, référence aux métamorphoses d’Ovide. Musique de valse pas très originale. On pense un peu aux Mummenschanz.

Kalakuta Republik, chorégraphie de Serge Aimé Coulibaly, Burkina Faso, cloître des Célestins. Musique enregistrée.

A la maison Jean Vilar présentation de vidéos de Katie Mitchell montrant l’interprétation de différentes versions de la mort d’Ophélie dans Hamlet.

Exposition à l’église des Célestins du peintre Ronan Barrot né en 1973 dont les figures sur fond rouge illustrent l’affiche et tous les documents du festival, il expose à la galerie Claude Bernard.

Dans le off : Mouawad, les assoiffés.

Mikhail Boulgakov biographie de Molière (le in proposait au début du festival une interprétation de Frank Castorf de cette pièce en 6h.

Shakespeare Romeo & Juliette.

Avignon juillet 2016

Retour à Avignon pour les derniers jours du festival in, qui s’achève le 24 juillet 2016 . Par contre le off dure encore une semaine. J’ai ainsi pu voir tranquillement trois pièces lundi et mardi matin, car il y a tout de suite moins de monde. Concernant le off, il me semble que les tractages étaient moins nombreux, peut-être pour des raisons de sécurité, par contre les spectacles sont toujours très nombreux.

J’ai vu six spectacles du in : Le premier vendredi 22 à 18h à l’Opéra d’Avignon  Espaece, d’après Espèce d’espace de Perec, un spectacle d’1h d’Aurélien Bory, sans paroles, à la croisée de l’installation artistique, de l’acrobatie et du mime, qui m’a paru excellent. Ensuite, c’est le gros morceau à 21h 30 à la carrière de Boulbon Karamazov, fantastique récit de 5h30 dans une mise en scène par Jean Bellorini, des mouvements sur rails, les acteurs regroupés dans de petits espaces, aucun ennui. Le lendemain en fin d’après-midi près de la place des Carmes, Lotissement (2011) de Frédéric Vossier, un auteur qui a déjà plusieurs pièces à son actif. Un  texte bien mené et brillamment joué, une situation à trois, un père, un fils et la maîtresse du père, qui a l’âge du fils, ce qui pourrait faire un vaudeville, mais ce n’est pas le ton choisi. Tommy Milliot pour la mise en scène et la compagnie Man Haast. Et pour terminer au cloître des Célestins un moment émouvant et très ethnographique avec Leila se meurt de Ali Chahrour, une chorégraphie qui évoque les rites funéraires chiites au Liban. Avec deux musiciens, un danseur, une parente pleureuse qui raconte la vie qu’elle a menée faite de deuils successifs, ensuite le danseur joue le mort. L’ensemble est sobre et émouvant.

Le dernier jour à 18h, La Dictatura de lo cool, de Marco Layera un Chilien ( dont j’ai déjà vu un spectacle en 2014) qui propose une critique virulente de l’art contemporain, à travers un délire festif, très bien joué avec une énergie étonnante dans une suite de fêtes et de saoulerie. Enfin à 22h. dans la cour d’honneur du Palais des Papes, Prima Donna de Rufus Wainwright, Une version concert et projecttion de l’opéra avec un film de Francesco Vezzoli qui présente Cindy Sherman. En seconde partie un récital du chanteur. Découverte de la Fondation Lambert agrandie, avec notamment une exposition sur les différentes formes de tortures d’Andres Serrano. Adel Abdessemed est très présent, il a installé dix bas-reliefs dans l’église des Célestins et dessiné l’image qui figure sur les programmes du festival.


Avignon 28 juillet 2014 Avignon 18 au 24 juillet 2014.

Assurément Olivier Py, nouveau directeur du Festival d’Avignon, recherche davantage le débat, la confrontation que l’adhésion et la catharsis dans le choix des spectacles proposés. Par les temps qui courent c’est un choix légitime et courageux, il donne aussi une large place au texte lu, en présentant par exemple sous différentes formes les écrits de Lydie Dattas, une expérience envoûtante. Cette année mon parcours des spectacles d’Avignon ( très restreint face à l’abondance de l’offre) m’a confronté à une véritable tour de Babel. Le premier étant en grec, le deuxième en néerlandais, le troisième en français avec un fort accent belge, le quatrième en espagnol et pour terminer en beauté un concert chanté et rappé en arabe. En plus dans le off, j’ai vu un spectacle en coréen et un autre en italien ! Vitrioli, texte Yannis Mavritsakis, mise en scène d’Olivier Py. On assiste au martyr d’un jeune homme qui manifeste une orientation sexuelle non conforme, tour à tour par un prêtre, un médecin, l’amant de sa mère, à l’instigation de celle-ci. The Fountain Head, la source vive d’après un livre de Ayn Rand paru en 1943. Mise en scène d’Ivo van Hove. Un débat sur l’architecture et la création. Cette pièce déploie un débat sur l’architecture et plus largement l’autonomie ou non de la création artistique. D’un côté il semble un peu dépassé, opposant de façon assez caricaturale le pur génie moderniste qui refuse tout compromis, au médiocre affairiste qui est prêt à tout pour obtenir les plus grandes commandes. Une seconde facette de la pièce concerne le rôle des médias dans la promotion ou la destruction d’un projet, d’une conception de l’architecture. Les protagonistes sont trois architectes, deux journalistes et un propriétaire de journaux. Une présentation stimulante, mise en scène de façon intéressante, mais qui manque de prise de distance, d’humour. On pense au Citizen Kane d’Orson Wells sorti en 1941, soit deux ans avant le livre qui raconte la vie du magnat de la presse Charles Foster Kane. On nous explique que le héros architecte serait une évocation de Frank Lloyd Wright (1867 – 1959). An Old Monk, produit par Vidy Josse de Pauw & Kris de Foort concert de jazz reprenant les thèmes de Thelonius Monk. La Imaginacion del futuro de Marco Layera . Le plus polémique et le plus délirant, inventif, dans la mise en scène. Concert dans la série intitulée 5 chants j’ai vu Interzone extended, le 23 juillet, chant, rap en arabe et 6 musiciens. Une lecture de La Foudre de Lydie Dattas. Dans le off. L’élu de Thomas Mann. Exposition Les Lucioles, collection Lambert, dans la prison Sainte-Anne.


Avignon 2013, artistes asociés Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna Trois ans déjà que je n’étais pas retourné à Avignon! Sans doute est-ce bien de faire une pause. On constate aussi que l’on retrouve parfois les mêmes, bien sûr. C’est aussi mon choix, il y a des metteurs en scène dont j’ai envie de suivre le travail, Krzysztof Warlikowsky par exemple. Et puis il y a aussi le hasard des dates et des places disponibles. Ainsi j’ai vu 4 spectacles du In du 20 au 23 juillet, dont j’avais acheté les billets le premier jour de location; par contre, pas moyen d’obtenir des places pour d’autres représentations dont la rumeur des conversations entendues dit qu’ils sont bien: Germinal de Antoine Defoort et Halory Goerger ou Reise durch die Nacht de Katie Mitchell. Mais voici ce que j’ai vu: j’ai commencé avec le plus dur Cabaret Varsovie de Warlikowsky, 5 heures de spectacle dans le nouveau théâtre de la Fabrica. Une évocation du spectacle, de la vie au cabaret en deux épisodes, l’un dans le Berlin des années 1930 et l’autre aujourd’hui. Un spectacle éclaté, en moments successifs avec une suite de numéros ou de performances. Notamment en deuxième partie un morceau important consacré à Radiohead. J’ai eu l’impression de voir un carnet d’esquisses, des notes qui pourraient servir à d’autres spectacles ou qui ont déjà été utilisées dans certains cas. La performance des acteurs, musiciens est impressionnante, mais ce n’est pas vraiment une production aboutie. Le lendemain c’est un autre dépaysement à la carrière de Boulbon, qui crée un effet magique. Ludovic Lagarde propose une version synthétique, 2h. environ, minimaliste, réduite à trois personnages, du Roi Lear de Shakespeare avec Lear is in Town. La synthèse du texte est assurément très intéressante et met en évidence les effets et la description de la sénilité chez Lear, en se concentrant en somme sur cet aspect clinique. Ce qui est un peu étrange, c’est que la pièce pourrait être une production radiophonique et que rien n’est ajouté au dire du texte. Le meilleur fut pour le troisième soir avec Ivresse de Falk Richter et Anouk van Dijk, une stupéfiante association du ballet et du théâtre et un grand spectacle. Il faut dire qu’il a été créé, il y a plus d’une année et qu’il est donc plus au point que le Cabaret de Warlikowsky. On retrouve chez les deux metteurs en scène un hommage à Radiohead. La pièce rend compte des relations amoureuses et sociales au temps de Facebook et d’internet comme troisième intervenant permanent. Difficile d’aller à Avignon sans passer une soirée à la Cour d’honneur. Il n’y avait plus de théâtre, mais du ballet, ce qui n’est pas ma spécialité. Partita 2, Anne Teresa de Keersmaeker et Boris Charmatz et Amandine Beyer, violon. Ici aussi ce qui m’a frappé, c’est une approche ultra minimaliste. Une violoniste, seule, sans aucun éclairage, dans la nuit, joue la partita de Bach, trois mouvements, avant que les deux danseurs n’interviennent, seuls d’abord, sans musique, puis avec la musicienne. Ce que je retiens c’est le passage de la musique au silence, avec pour seul bruit le pas des danseurs, leur souffle et des avions qui passent et paraissent soudain très bruyants. Les deux danseurs interviennent comme des enfants qui jouent dans une cour de récréation. Pendant tout le spectacle il n’y a qu’un rais de lumière qui évolue sur la scène comme un quatrième personnage, une conception du plasticien belge Michel François. Un spectacle qui est court, mais étonnant. J’en ai profité pour voir quelques pièces du Off, les surprises sont bonnes et le hasard fait bien les choses! Je retiens: Mon nom est rouge, une interprétation du roman de Pamuk par des sortes de marionnettes, un théâtre d’ombre, qui ne retenant que la trame narrative montre la richesse et la densité des possibles de l’oeuvre de Pamuk. Narcisse, une comédie de Rousseau très bien interprétée. L’école des femmes, des acteurs très jeunes qui visitent Molière avec un esprit déjanté. Si l’on ajoute une journée à Arles, la visite des expositions Les Papesses à Avignon, le temps prend un autre sens, lorsque l’on va au spectacle à 22 heures.! D’autre part ce festival se termine sur deux perspectives prometteuses: Vincent Baudriller qui a codirigé le festival d’Avignon depuis 10 ans sera le directeur du théâtre de Vidy Lausanne, dès cet automne et d’autre part c’est Olivier Py qui reprend la direction d’Avignon. On se réjouit déjà des aventures épiques qu’il va nous proposer.


 Avignon 2012 du 7 au 28 juillet . Deux artistes sont annoncés Sophie Calle et William Kentridge.

Avignon 2011 du 6 au 26 juillet le chorégraphe Boris Charmatz est l’artiste associé.


Avignon 7 au 27 juillet 2010 Les deux artistes associés cette année sont Olivier Cadiot et Christoph Marthaler. J’ai séjourné à Avignon du 19 au 24 juillet 2010. De retour du festival d’ Avignon, je suis partagé entre la satisfaction d’y être allé et d’avoir assisté à des spectacles intéressants et stimulants et la frustration en pensant aux spectacles que je n’ai pas vus, car malgré l’offre incroyablement pléthorique, la réponse du public est impressionnante et presque tout se joue devant des salles complètes. Il me semble que c’était une très bonne édition, révélatrice de la richesse des démarches et des réflexions dans le monde du spectacle, qui, pour les productions que j’ai vues mettait l’accent sur le processus créatif et lançait des ponts dans toutes les directions: musique, mime, danse, parole et travail sur l’espace. Alors qu’Olivier Cadiot était omniprésent, Christoph Marthaler était invisible, mais peut-être très présent?. J’ai vu 4 spectacles du programme in L’orchestre perdu de Christophe Huysman, très mal reçu, et qui pourtant m’a paru tout à fait intéressant; Big Bang du Vivarium studio de Philippe Quesne; Un mage en été d’Olivier Cadiot, une mise en scène de Ludovic Lagarde et une performance fantastique en solo de Laurent Poitrenaux; Richard II et les deux concerts Dusapin et deux off, l’île aux esclaves de Marivaux et Agatha de Duras. J’ai encore suivi la conférence de presse publique autour de Schutz vor der Zukunft de Marthaler avec Stefanie Carp qui a expliqué l’origine de ce spectacle inspiré par des euthanasies d’enfants pratiquées à Vienne par centaines au cours de la deuxième guerre mondiale et les rencontres avec les artistes de Big Bang et de Richard II, d’excellents moments qui éclairent bien les productions évoquées. Le festival fait ressortir la fascinante richesse du monde théâtral et le niveau très élevé dans chaque domaine (auteur, metteur en scène, acteur notamment) des personnalités impliquées. L’orchestre perdu de Christophe Huysman. Il s’agit certes d’une production très fragmentée dont le propos d’ensemble est difficile à saisir. Pourtant j’ai trouvé que toutes les composantes étaient belles à commencer par le texte, la musique, le jeu des acteurs, la mise en scène et les lumières. http://www.leshommespenches.com/ Big Bang de Philippe Quesne. On assiste à la construction d’une série de tableaux vivants avec très peu de paroles, à la naissance d’images par une série d’associations, de collages qui soudain se oncrétisent, se fixent. Les premières scènes m’ont fait penser aux Mummenschanz. On part d’une évocation de la banquise pour passer à des hommes préhistoriques qui se transforment en vacanciers avides de grand air qui font du rafting, pour arriver à des cosmonautes! Quelque chose d’improbable, d’absurde qui suit imperturbablement son cours avec le plus grand sérieux! A signaler que Big Bang sera présenté à Nyon ( en fait le spectacle est donné à l’Arsenic à Lausanne) du 14 au 16 août 2010 dans le cadre du festival-far.  Un mage en été d’Olivier Cadiot présenté à l’opéra théâtre dans une scène à l’italienne. C’est une formidable performance de Laurent Poitrenaux, seul sur scène dans une superbe mise en scène de Ludovic Lagarde. Laurent Poitrenaux dit le texte tout en étant acteur et mime et parvient à fixer l’attention pendant 90 minutes. Malgré la beauté du spectacle, j’avoue n’avoir pas retenu beaucoup d’éléments du texte, évocation d’images liées à l’eau, de tableaux,  fil conducteur des activités d’un mage, mais en réalité le texte lui-même ne m’a pas marqué. Richard II Shakespeare, mise en scène Jean-Baptiste Sastre et scénographie de Sarkis. Lors de la rencontre avec les artistes j’ai appris que l’image floutée des murs de la Cour d’honneur était due au fait que cette paroi a été photographiée entièrement et que l’on voit une projection et non le mur réel. Ce qui crée une distance, par contre la mise en scène très sobre, avec un tronc immense qui se consume et évoque un feu de cheminée ou la destruction des châteaux par la guerre crée un contexte contemporain de la pièce, les costumes sont inspirés de peintures de l’époque. La musique qui intervient parfois très stridente est totalement dissociée avec des trompes électroniques, le Beau Danube Bleu, une comédie musicale américaine. Assurément il y a une volonté de créer une distance, par ailleurs le texte est dit et la pièce se déroule dans une grande clarté sans surintéreprétation. Denis Podalydès propose une fantastique incarnation du rôle principal de ce roi sur le chemin de la déchéance.


Avignon 2009 du 7 au 29 juillet. Le metteur en scène associé au Festival en 2009 est Wajdi Mouawad né en 1968 d’origine libanaise il vit au Canada. Je n’ai pas vu le spectacle qu’il présentait en 2008 intitulé Seuls et où il était effectivement seul, par contre j’ai entendu un dialogue dans lequel il présentait sa conception du travail d’acteur et de metteur en scène construit sur une longue durée et cela semblait très intéressant! A relever également un spectacle de Warlikowski sur la scène du Palais des Papes Apollonia du 16 au 19 juillet (vu à Genève en janvier 2010). Christophe Marthaler est présent avec Riesenbutzbach une colonie permanente du 23 au 29 juillet. On retrouve Stefan Kaegi, Rimini Protokoll avec Radio Muezzin.


Avignon 2008 du 4 au 26 juillet artistes associés Valérie Dréville, Romeo Castellucci. J’ai vu 4 spectacles du in du 19 au 21 juillet 2008: Das System de Falk Richter qui est lui-même auteur et metteur en scène. Ici il a été mis en scène par Stanislas Nordey, sans doute la recherche la plus intéressante que j’ai pu voir, 5 heures de spectacle qui explorent les différents registres de l’expression théâtrale, allant de l’invective au dialogue ou au monologue intime, en passant par des jeux vidéos. Le texte est construit autour d’une critique véhémente de divers aspects de la société actuelle: ce qui va de la guerre en Irak, à la manie de recourir à des consultants d’entreprises!. Hamlet dans la conception de Thomas Ostermeier un grand spectacle fantastiquement bien joué, surtout par le rôle titre, Lars Eidinger, qui fait un numéro époustouflant, mais qui ne rend pas justice au texte. Empire (Art & Politics) de Superamas une tentative de présenter les problématiques de la guerre et du pouvoir dans un esprit proche de Mamma Mia, c’était sympa, mais pas très convaincant! Enfin la lecture d’extraits de la Divine comédie de Dante dans la cour d’honneur dans un froid glacial. C’était fascinant d’entendre ce texte rigoureusement contemporain de la construction du bâtiment. On parvient tout de même à la conclusion que dans le fond l’architecture nous est plus familière et compréhensible que le discours de cette époque. J’ai encore vu l’installation Paradiso de Romeo Castellucci à l’église des Célestins qui pose la question du kitsch dans le théâtre! Dans le off j’ai vu Product de Mark Ravenhill.


Avignon 2006 La soixantième édition du Festival d’Avignon se déroulera du 6 au 27 juillet 2006. L’artiste associé est Josef Nadj. Programme 2006 du Festival d’Avignon du 6 au 27 juillet. L’édition 2006 achevée voici quelques observations sur les spectacles vus entre le 22 et le 24 juillet 2006. Arrivé dans l’après-midi, je prends la température en parcourant la ville et je regarde les innombrables affiches des spectacles du off. Je veux aller voir une pièce avant la soirée dans la cour d’honneur du Palais des Papes et je décide que je verrai un spectacle qui débute lorsque je passe devant le théâtre où il a lieu. Et bien ce sera Les Errants de Côme de Bellescize par le Théâtre du fracas. Les articles affichés m’apprennent qu’il s’agit d’une troupe de jeunes qui ont obtenu un prix à Paris. Une pièce qui parle d’actualité, les réfugiés à Sangate, en l’intégrant dans la tradition de l’histoire théâtrale: 12 acteurs et 2 musiciennes proposent un excellent spectacle. J’ai vraiment apprécié cette tentative de créer une pièce avec un thème actuel, même si elle est parfois un peu scolaire. De plus c’est une excellente mise en condition pour apprécier le spectacle du soir Les Barbares de Maxime Gorki mis en scène par Eric Lacascade. Ici aussi l’auteur a choisi un thème de l’actualité de son temps (1905): la construction du chemin de fer dans un petit village russe pour dresser le portrait de différentes personnalités et construire un récit sur les relations entre des personnages aux caractères très marqués selon leur niveau culturel et leur âge. La mise en scène sobre met en évidence des numéros d’acteur très accomplis. Le lendemain c’est le domaine de la science fiction paranoïaque dans une atmosphère qui évoque le meilleur des mondes qui m’attend avec Chaise d’Edward Bond. La mise en scène d’Alain Françon et le jeu des quatre acteurs aboutissent à un spectacle d’une intensité extrême. Lundi je découvre Les Marchands de Joël Pommerat au Théâtre municipal. La voix est celle d’une seule narratrice, tous les autres intervenants évoluent dans un silence presque complet sur la scène, mimant les éléments du récit. L’histoire d’une ville qui dépend d’une seule entreprise et l’évolution tragique d’une marginale qui ne travaille pas dans cette usine. Un spectacle qui laisse des images fortes et l’écho de ce récit inscrit dans ma mémoire. Enfin j’évoque la production la plus insolite découverte au cours de cette édition Rimini – Protokoll cargo Sofia-Avignon, un voyage en camion bulgare. Ici on est dans un champ qui se situe entre le spectacle, le documentaire filmé, le reportage et l’art contemporain proposé avec une maîtise étonnante par le Soleurois Stefan Kaegi (né en 1972) qui fait partie du collectif Rimini-Protokoll. J’avoue avoir hésité à m’engager dans cette aventure! Lorsque j’ai vu le camion et les trois banquettes destinées aux spectateurs j’ai eu mal au coeur. J’ai cru d’abord que le camion était entièrement fermé sans fenêtres avec seulement des écrans, après avoir lu la notice qui accompagne chaque spectacle j’ai compris que toute la longueur gauche du véhicule était une fenêtre tantôt ouverte sur l’extérieur, tantôt transformée en 3 écrans de projection. Je me suis heureusement décidé, il faut dire que cela valait la peine; et pourtant! 2 heures en camion sur une banquette à la place du papier de toilette ou des caisses de melon comme nous le rappelle aimablement notre chauffeur bulgare sont une véritable épreuve surtout par une température extérieure de 38°. La réalisation est absolument époustouflante, elle associe simultanément plusieurs lieux, plusieurs récits et une multitude d’expériences. On peut dire que cette démarche s’inscrit dans la suite des travaux de Thomas Hirschhorn. Ce dernier en effet avait à Avignon, en 2000, dans le cadre de l’exposition la Beauté placé un kiosque philosophique au pied d’un gigantesque HLM situé hors les murs historiques de la ville où se cantonnent habituellement les visiteurs. Stefan Kaegi nous propose un parcours sur le périphérique extérieur d’Avignon. Tentons de résumer cette expérience. Attachés sur leur banquette, les spectateurs sont accueillis par les deux chauffeurs bulgares et une traductrice blonde à l’accent oriental. Il existe une liaison vidéo avec la cabine de pilotage comme avec l’extérieur. Les écrans baissés, une projection nous raconte l’histoire d’une grande entreprise de transport allemande qui a racheté les transports d’état bulgares. On va suivre d’une part un reportage sur cette entreprise qui sera projeté au cours du parcours, nous apprendrons à la fin qu’elle a fait l’objet de la plus grande descente de police de l’histoire allemande en 2005. Par ailleurs tout écran baissé le parcours débute par une présentation de Sofia, les chauffeurs vont nous raconter leur périple de Sofia à Avignon, les douanes, les particularités de chaque pays. Ils se présentent aussi, racontent leur vie, leur famille, nous montrent des photos. Un premier arrêt: les écrans se lèvent et l’on découvre la gare des containers d’Avignon, un employé vient expliquer le fonctionnement de cette gare. Nous ferons ainsi plusieurs étapes qui font découvrir les éléments sous-jacents de l’activité économique des transports routiers de la région. Plus loin ce sera un immense marché de gros, ouvert de 5h à 7h du matin où sont écoulés les fruits et légumes français, ces étapes commentées s’achèveront par le récit d’un transporteur avignonnais, actif dans ce domaine depuis deux générations. Au cours du parcours nous rencontrons aussi une mystérieuse figure féminine. La première fois elle est assise immobile, prostrée dans un giratoire. Plus loin, elle chante une chanson et nous la retrouvons à l’arrivée. Il y a ainsi une multitude de niveaux qui permettent le déploiement de plusieurs récits et l’expression d’expériences multiples sans oublier celle des spectateurs embarqués dans le camion. Stefan Kaegi a présenté à Avignon un autre spectacle Mnemopark créé au théâtre de Bâle en 2005 que je n’ai pas vu. Le créateur associé à cette édition est le chorégraphe hongrois Josef Nadj. Une exposition à la maison Jean Vilar permet de découvrir son travail, en particulier grâce à des vidéos de ses spectacles. Par ailleurs la performance Paso Doble réalisée avec le peintre Miguel Barcelo a été filmée et elle est projetée dans le cadre de l’exposition de la collection Lambert Figures de l’acteur, le paradoxe du comédien.


Avignon 2005 Jean Fabre est le créateur associé au Festival. Il produira plusieurs spectacles notamment une reprise de Je suis Sang mentionné ci-dessous du 15 au 17 juillet. On retrouvera également Olivier Py et Krzysztof Warlikowski. Le créateur associé au Festival cette année est le Belge flamand Jean Fabre. J’avoue n’avoir pas beaucoup d’atomes crochus avec son travail, je n’ai donc pas vu les deux spectacles qu’il propose dans la cour d’honneur du Palais des Papes, j’avais déjà vu Je suis sang en 2001. Ceci dit il semble avoir conçu une belle édition du Festival ouvert sur des approches variées, laissant une place importante aux débats et aux lectures dans l’idée visiblement d’offrir un panorama le plus complet possible de la création et de la réflexion autour de la scène et de ses publics en France et en Belgique aujourd’hui. Le grand intérêt d’Avignon réside dans cette richesse, il y a des spectacles qui échappent complètement au théâtre et d’autres au contraire qui se concentrent avec intensité sur la parole dite par des acteurs complètement au point et qui veulent montrer tout ce qu’ils savent faire à cette occasion. En quatre jours j’ai vu quatre spectacles ce qui signifie près de 20h de représentation: Anéantis de Sarah Kane par Thomas Ostermeier. Un huis clos dans une chambre d’hôtel, sur un plateau tournant on découvre un grand lit et les accessoires d’une chambre d’hôtel y compris la salle de bain, il y a 3 acteurs. C’est moins violent que Purifiés par Krzysztof Warlikowski en 2001. La pièce présente la relation rompue entre un homme mûr et une très jeune fille. Elle l’a suivi pour la dernière fois dans une chambre hôtel. La pièce explore le passage de la violence privée à la violence publique, celle de la guerre. L’homme qui se dit à la fois journaliste et espion se sait traqué. Finalement un troisième protagoniste intervient, un soldat qui raconte les horreurs qu’il a subies et commises et qu’il continue à commettre. 2h. Hamlet en version française. Après une version lituanienne très imagée en 1998, une version polonaise de Warlikowski en 2001, voici une version française qui revendique la présentation intégrale du texte. La mise en scène d’Hubert Colas est ingénieuse, elle n’offre pas d’images spectaculaires et se concentre sur le texte fort bien présenté. 4h 30 . La vie de Galilée de Bertold Brecht par Jean-François Sivadiez, magnifique spectacle, dense et enjoué réalisé dans l’esprit d’un théâtre de foire. 3h. Enfin Les Vainqueurs d’Olivier Py 10h de spectacle de 15h à 1h du matin un travail qui réussit à être prenant, à accrocher le spectateur par les décors, la mise en scène et le jeu virtuose d’acteurs qui savent tout faire. il faut dire qu’Olivier Py est très présent dans ce festival avec deux concerts accompagnés de lecture de ses textes, une journée consacrée à Srebrenica le 12 juillet et un concert de chansons.


Festival d’Avignon 6 au 28 juillet 2001 Pour une fois je vais sortir des limites de l’art et des expositions et me livrer à quelques considérations sur le Festival d’Avignon. Ce Festival comprend, tout le monde le sait, le In, dirigé par Bernard Faivre d’Arcier et le Off. Contrairement à ce que cette division pourrait laisser croire, il faut se rendre compte que le In propose les spectacles les plus originaux, souvent difficiles, le Off offre des spectacles plus commerciaux, (les troupes doivent rentabiliser leur présence à Avignon) plus accessibles, presque toujours fort bien joués qui durent généralement une heure et sont présentés pendant toute la durée du Festival. Plus de 40 spectacles, récitals ou ballets sont présentés dans le cadre du In, alors que le Off propose environ 500 spectacles. Le In offre un panorama de la création théâtrale en France tout en proposant des ouvertures sur le théâtre étranger. Cette année il présentait des options très différentes relevant de conceptions souvent diamétralement opposées du théâtre. Après ces généralités encore une remarque liminaire. Ce qui me frappe dans ce Festival , c’est la qualité d’attention et d’intérêt du public. On peut sans doute parler de ferveur. C’est une grande différence avec le public des expositions d’art qui est souvent un passant à la recherche de sensations fortes immédiates. Voici quelques réflexions sur 3 spectacles vus entre le 19 et le 22 juillet. (A relever que je n’ai pas vu, faute de billets, les spectacles les plus courus pendant cette période Bérénice, mise en scène par Lambert Wilson et La Mort de Danton de Büchner, mise en scène par Thomas Ostermeier.) Hamlet. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski (1962), spectacle en polonais surtitré. Cette mise en scène de Hamlet propose un découpage presque cinématographique, des scènes qui s’enchaînent avec beaucoup de clarté, un rythme soutenu, intense. Malgré la narration simultanée de certains épisodes, l’attention est très centrée, les spectateurs sont assis face à face, la pièce se déroule au centre comme sur un ring. D’un côté des miroirs qui soulignent la mise en scène et le caractère trompeur des apparences, les jeux de la trahison, de la manipulation et du théâtre qui forment le cœur de la pièce. Le jeu des acteurs est intense. Krzysztof Warlikowski n’insiste pas sur les caractères anecdotiques de l’apparition du fantôme dans la première partie et se concentre sur les relations entre les personnages; les problèmes d’attraction- répulsion, le désir et la trahison. Horatio est un ami plus important qu’Ophélie. La seconde partie est centrée sur le combat entre Laerte et Hamlet fortement marqué par les arts martiaux orientaux. Anatomie Titus Fall of Rome, un commentaire de Shakespeare de Heiner Müller, mise en scène de Philippe Vincent. Ici on est confronté à un double commentaire, la pièce Titus Andronicus de Shakespeare, commentée par Heiner Müller, puis la mise en scène de Philippe Vincent qui vient s’ajouter en somme au commentaire de Müller. Pour répondre à ce défi la mise en scène utilise des techniques employées dans l’art contemporain, en particulier la vidéo. La première partie est caractérisée par l’éclatement, la parcellisation, l’absence de centre, alors que dans la seconde moitié du spectacle, on revient à une conception plus centrée, plus jouée. Dans la première partie un grand écran de cinéma propose des paysages et la vue de certains personnages du drame, un autre écran tv introduit un espace différent dans le dialogue entre les acteurs, il marque la distance du commentaire. Par exemple sur l’écran tv, c’est ironiquement un requin qui coupe les mains dans l’une des nombreuses scènes d’horreur qui marque la pièce, puis l’on voit deux têtes qui flottent sous l’eau. La première partie est accompagnée par un duo saxophone-violoncelle. Le caractère caricatural de l’horreur shakespearienne est souligné avec brio dans l’esprit du commentaire de Müller. Les acteurs interviennent également dans l’espace réservé au public. Dans la seconde partie, les écrans de cinéma et de tv disparaissent, et laissent la place à un fond rougeoyant, deux tours dans lesquelles évoluent les personnages au début marquent les limites de la scène qui devient toujours plus réduite. La mise en scène pétille d’idées et explore des champs d’expression très vastes. http://scenes.free.fr Je suis sang (conte de fées médiéval) de Jean Fabre/ Troubleyn. Jean Fabre (né en 1958) est typiquement un artiste qui appartient à plusieurs champs du domaine artistique. On parle de décloisonner, métisser lui assure vouloir concilier. On le connait comme sculpteur, fasciné par les insectes qu’il emploie comme constituant essentiel de ses travaux plastiques. Il y a du paradoxe, de l’audace et peut-être de l’inconscience à vouloir proposer un spectacle sur le thème du sang en Avignon. En effet, ce liquide coule à flots dans les grands textes classiques du répertoire, en particulier chez Shakespeare et Marlowe et nombreux sont les metteurs en scène (il suffit de penser à Matthias Langhoff) qui ont porté ce thème sanglant à des paroxysmes toujours plus insoutenables au cours des dernière années. Ainsi Jean Fabre en proposant une succession de tableaux manifestement inspirés par Jérôme Bosch et Breugel ou par des motifs iconographiques comme le Martyr de Saint-Sébastien ou l’écorchement de Marsyas ne frappe pas très fort. Par ailleurs l’invocation lancinante du liquide gluant dans un texte ésotérique n’est pas convaincante. Cela dit comme plasticien, il a de nombreuses idées intéressantes, l’utilisation de l’ombre des danseurs projetées contre le mur qui clôt la scène par exemple. Et surtout les mouvements des danseurs qui s’inspirent des insectes et parviennent avec une incroyable virtuosité à évoquer leur affolement lorsqu’ils sont pris au piège dans un rayon de lumière est fascinant. Ce ballet d’insectes éperdus offre une idée, une recherche intéressante qui donnerait beaucoup d’intensité à une performance, il ne parvient pas à s’imposer véritablement sur une scène aussi vaste que celle de la Cour d’honneur du Palais des Papes. Une exposition de Jean Fabre intitulée Umbraculum, un lieu hors du monde pour travailler et réfléchir, est présentée à la chapelle Saint-Charles à Avignon jusqu’au 6 octobre 2001. Au sol des scies en métal ayant servi dans différentes usines, un bruit de fond évoque des cliquetis mécaniques inquiétants. Suspendus au plafond, comme écho à ces instruments de torture et d’amputation potentiels, on découvre les moyens utilisés pour aider ceux qui sont atteints dans leur mobilité. Divers types de béquilles et de chaises roulantes sont réalisés dans le matériau favori de l’artiste, à savoir des insectes. Par cette utilisation d’objets trouvés, ici les scies et l’accumulation d’un « matériau » inattendu pour créer ses sculptures Jean Fabre s’inscrit dans l’héritage de nouveaux réalistes, on pense à Daniel Spoerri, à Arman et peut-être même à Tinguely.


Puisque olivier Py dirige le festival d’Avignon depuis 2014, j’ajoute sur cette page des compte-rendus de spectacles théâtres et opéras d’Oloivier Py.

J’utilise cette page pour rendre compte de spectacles d’Olivier Py qui m’interpellent. Lulu; Freischütz; Damnation de Faust; L’Orestie; Tannhäuser; Tristan und Isolde; Les contes d’Hoffmann.

Genève 8 février 2010

Olivier Py est de retour à l’opéra de Genève avec une magnifique mise en scène de Lulu d’Alban Berg à voir jusqu’au 20 février. La vie nocturne, le monde de la rue est évoqué en utilisant les néons colorés en bleu, rouge, jaune notamment. Ces derniers déroulent des textes, sentences, une note de couleur qui donne un caractère magique à la représentation. La mise en espace de l’opéra est très originale en abandonnant la vision des films expressionnistes où dominent les gros plans en noir et blanc tout en maintenant une référence au cinéma dans le déroulement des scènes. L’espace est utilisé en hauteur et en profondeur et l’on retrouve cette roue qui tourne dans de nombreux spectacles d’Olivier Py.

Genève 9 octobre 2008

A l’opéra de Genève, Olivier Py propose la trilogie du diable avec la reprise de trois opéras dont le récit et la problématique sont liés au romantisme allemand: le Freischütz (1821) de Carl Maria von Weber ( 9 oct. – 7 nov. 2008), la Damnation de Faust de Berlioz (1846) ( 14 oct – 8 nov), les Contes d’Hoffmann (1881) d’Offenbach ( 19 oct – 9 nov.). Les opéras sont programmés de telle façon qu’il est possible de les voir à la suite.

Pendant un mois, du 9 octobre au 9 novembre Genève a vécu au rythme du Diable évoqué par Olivier Py dans trois opéras qui racontent la naissance du romantisme et les fantasmes du 19e siècle. Le théâtre ou l’opéra sont fascinants dans la mesure où ils stimulent l’imagination de ceux qui les mettent en scène, qui viennent à proposer une nouvelle perspective sur les oeuvres présentées.

Le Freischütz de Carl Maria von Weber (1786 – 1826) date de 1821 (2h 40 dont 25 ‘ d’entracte). Max, le héros, ayant échoué aux épreuves de tir imposées pour conquérir sa belle, subit les bizutages violents des paysans du village. Il se retrouve déshabillé avec juste un slip, attaché sur la grande sculpture d’un cerf. Cette première scène est très brutale. Elle évoque Scènes de chasse en Bavière, une pièce de Martin Sperr dont Peter Fleischmann a fait un film terrible en 1968, une pièce qui se joue toujours. On peut voir sur Youtube, la poursuite dans la forêt extraite du film, il semble bien qu’elle ait inspiré le début de la mise en scène du Freischütz de Py. Une manière de se distancer des approches niaises ou folklorisantes que cet opéra peut susciter.Tout est en noir, avec une lumière blanche, métallique qui devient parfois rouge en présence du feu. Sur la scène, on trouve deux chiens loups et un corbeau. Une atmosphère infernale est créée en jouant avec les ombres. Pendant l’ouverture, l’ermite et le diable suspendent des figurines découpées sur un carrousel de l’avent dont l’ombre est projetée sur le rideau de scène. Après la violence de la première scène, les choses reviennent au calme avec l’arrivée du père de la fiancée qui demande des explications. Max ne comprend pas son échec et soupçonne un enchantement. Kaspar, son mauvais génie, lui conseille de se rendre dans la vallée des loups pour fondre des balles magiques. En fait Kaspar essaie de vendre l’âme de Max au diable. Ils se retrouvent dans la vallée et réalisent les balles. Agathe est envahie de mauvais présages. Si l’opéra évoque par certains aspects La Flûte enchantée ou Fidelio, il contient déjà bien des éléments que l’on va retrouver chez Wagner et la mise en scène le tire dans cette direction, en faisant un précurseur de Wagner plutôt que comme oeuvre du début du 19e siècle, en soulignant l’originalité de cette création. Il y a des éléments de mise en scène que l’on retrouve dans les trois spectacles comme l’utilisation de la salle du théâtre pour des arrivées et des départs d’acteurs, du choeur; la présence d’une passerelle devant la fosse d’orchestre qui place les chanteurs très près du public. L’espace scénique est pris en compte en hauteur avec trois niveaux et en profondeur, celle-ci est moins employée en raison d’un élément tournant au centre de la scène sur lequel de nombreux décors sont installés.

La Damnation de Faust 1846. La Damnation de Faust est structurée en une succession de tableaux dans lesquels alternent les éléments chantés et dits en musique par les solistes et les parties confiées au choeur.

La première partie ne montre pas Faust dans un laboratoire comme on s’y attend. Elle suggère plutôt qu’il médite sur la religion et l’humanité, on voit ainsi se succéder l’évocation du Péché originel, de la Crucifixion et finalement de la Résurrection. Il s’agit d’une partie confiée au choeur avec une grande liberté pour le metteur en scène dans la reconstitution de ces moments. On voit arriver Méphistopheles qui emmène Faust à la découverte du monde. La première scène de beuverie déplait à Faust. Elle est traitée de façon très sarcastique avec le choeur habillé en tutu. Puis il l’emmène vers autre chose, vers Marguerite et c’est le début de la découverte de l’amour. En fait les tableaux sont distincts les uns des autres. Il semble que le metteur en scène jouisse ainsi d’une grande liberté, Py utilise à nouveau tout l’espace la hauteur de la scène parfois divisée en trois registres, la profondeur et la salle avec cette passerelle qui passe devant l’orchestre en direction du public. On trouve aussi une atmosphère nocturne, des jeux d’ombres, l’utilisation de carrousels.

Les Contes d’Hoffmann 1881. Hoffmann dans un café pris d’alcool rêve à ses amours passés. Il est toujours accompagné par la muse qui le surveille et le conseille. On va découvrir trois femmes, trois moments. La première Olympia s’avère être un automate, la deuxième Antonia et la troisième Giuletta. La mise en scène est totalement différente de celle proposée il y a sept ans (compte-rendu au bas de cette page). Elle est plus concentrée, plus simple avec moins de figurants et de danseurs, utilise trois niveaux en hauteur sur le devant de la scène. Cette concentration favorise sans doute la qualité musicale qui est splendide.


L’Orestie théâtre de l’Odéon Paris jusqu’au 21 juin 2008

L’Orestie trilogie d’Eschyle ( Agamemnon, Les Choéphores, les Euménides) mise en scène et en lumière par Olivier Py au théâtre de l’Odéon à Paris. Plus de 5 heures de spectacle pour trois pièces qui relatent le destin des Atrides et la naissance du droit à Athènes sous l’impulsion d’Athéna et d’Apollon. La mise en scène propose un spectacle sur trois niveaux en hauteur. Elle confirme le sentiment qu’Olivier Py est autant plasticien que metteur en scène. Un quatuor à cordes accompagne le spectacle et les parties du chxur sont chantées en langue grecque avec des surtitrages. Ce qui introduit une dimension d’opéra ou d’oratorio dans la production. L’intensité du jeu des acteurs, la clarté de leur diction, jamais d’acteurs qui parlent le dos au spectateur!, les idées du décor et des éclairages donnent une grande intensité dramatique et une vitalité impressionnante à cette production qui pourrait être indigeste, mais qui fourmille d’inventions et n’est jamais ennuyeuse. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir passer un long moment exceptionnel avec un descendant direct de Molière. Olivier Py dirige le Festival d’Avignon dès 2014.

Olivier Py propose Tannhäuser au Grand Théâtre de Genève du 23 septembre au 11 octobre 2005.

Dès les premières notes le rideau s’ouvre sur la scène noire, entièrement vide à l’exception d’un cercle dont les rayons sont formés de néons blancs qui avance lentement vers l’avant. Cette étoile restera posée à l’avant de la scène jusqu’au 3ème acte lorsqu’elle est invoquée par Wolfram. Arrivent les protagonistes du Venusberg. Les hommes sont vêtus d’habits noirs, les femmes de robes longues rouges, certaines partiellement dénudées exécutent les danses lascives par lesquelles elles séduisent les hommes. Un rideau de néons blancs est tombé il évoque la cascade du Venusberg. Les couleurs du spectacle sont posées avec les contrastes violents du blanc de la lumière des néons et du noir de la scène, le rouge des femmes du Venusberg, certains personnages sont en gris notamment les pèlerins. A la fin du ballet, dans lequel sont intervenus un Minotaure et les Trois Grâces, Tannhäuser demande à quitter les orgies du Venusberg. Il est finalement libéré et se trouve sur une route où passent des pèlerins avant que ses anciens compagnons troubadours ne le reconnaissent. Il est invité à réintégrer la communauté qu’il avait mystérieusement quittée. On lui rappelle qu’Elisabeth n’a plus suivi les joutes chantées de la Wartburg depuis son départ. Il la retrouve. A l’exception de différentes structures en néon l’espace scénique reste vide, l’immense profondeur de la scène ressort, alors que des passerelles et des structures amovibles permettent le déroulement de l’action sur plusieurs niveaux. Au deuxième acte un concours de poésie a été organisé, Elisabeth sort d’une petite maison en néons. Elle invoque la halle sacrée  où se déroulent les chants. Les participants et les spectateurs prennent place reproduisant comme par un jeu de miroir la salle de spectacle avec des gradins qui font face à la salle et une petite estrade centrale. L’enjeu du concours est la main d’Elisabeth et le thème donné l’amour. Après Wolfram,  Heinrich (Tannhäuser), alors que l’on parle d’amour courtois et spirituel, finit par avouer avoir découvert l’amour sensuel au Venusberg, scandale ses compagnons veulent l’exécuter, mais Elisabeth intercède en sa faveur. Il est banni et doit partir en pèlerinage à Rome. La mise en scène joue sur un dépouillement absolu sans fioritures dans une approche minimaliste qui souligne le déroulement de la narration et met en évidence chaque moment fort. Une église de néons posée sur la scène s’élève pendant l’introduction orchestrale du 3ème acte. Le caractère dépouillé que l’on pourrait qualifier de conventuel est encore accentué dans le troisième acte qui débute par la prière d’Elisabeth et le retour des pèlerins, elle cherche en vain Tannhäuser parmi eux. Pourtant il est bien là et apparaît à Wolfram après que ce dernier ait invoqué l’étoile qui accompagne tout le spectacle. Heinrich fait le récit du pèlerinage, le refus du pardon papal, il veut retourner au Venusberg, les femmes du Venusberg ressurgissent et tentent d’entraîner les deux hommes avant le coup de théâtre final qui annonce le pardon de Tannhäuser par la prière et la mort d’Elisabeth. Les tensions entre sensualité et spiritualité, religion et paganisme sont mises en évidence à travers l’extrême sobriété de la mise en scène qui laisse place à l’expression de la complexité du personnage de Tannhäuser.

Olivier Py met en scène Tristan et Iseult au Grand Théâtre à Genève du 10 au 28 février 2005

Les mises en scène d’Olivier Py m’intéressent depuis plusieurs années voici une présentation de celle qu’il propose au Grand Théâtre de Genève pour Tristan et Iseult. Une fois le rideau ouvert des néons blancs dressés éblouissent les spectateurs et éclairent la scène plongée dans le noir alors que dans le fond un rideau noir évoque les reflets et le mouvement de la mer. Le premier acte se déroule sur le pont d’un bateau, cuirassier noir qui avance lentement à travers la scène de gauche à droite. Iseult et sa servante sont sur le pont inférieur, Tristan sur le pont supérieur. Olivier Py aime disposer ses personnages dans l’espace en utilisant la hauteur de la scène. Tristan amène Iseult au roi Marke en Cornouailles pour qu’il l’épouse comme tribut de sa victoire sur l’Irlande. Les personnages se présentent alors que l’intrigue se noue lentement. Le metteur en scène respecte le statisme de Wagner et ne cherche pas à l’édulcorer, par contre il fait ressortir la spécificité dramatique des coups de théâtre et les renversements de situation qui caractérisent le déroulement de chaque acte avec une intensité extrême. Ainsi alors qu’ Iseult a annoncé son plan de vengeance et qu’elle croit faire boire à Tristan le filtre de mort, la situation est totalement renversée puisqu’ils tombent éperdument amoureux. Le deuxième acte se déroule dans une chambre à coucher surélevée. La pièce est tantôt toute noire tantôt toute blanche et les amants passent de l’une à l’autre alors que le texte chanté propose une méditation sur la nuit et le jour, la lumière et l’ombre, l’amour, la vie et la mort. L’accent est mis sur la verticalité et le confinement. Ici le coup de théâtre de la découverte des amants est mis en scène de façon étonnante lorsque la chambre à coucher s’avère être un échafaudage truffé d’espions, deux chiens policiers apparaissent. A la fin du deuxième acte on a cru Tristan mort, mais le voici alité dans son château pour une longue agonie. Le décor du troisième acte est à couper le souffle. Tout l’espace de la scène est révélé, dans sa profondeur, une structure en bois noir scande le côté droit, elle évoque une jetée. La scène est pleine d’eau, il y a même un bassin dans lequel un enfant roi nage. Le lit de Tristan est placé au milieu de cette atmosphère brumeuse et humide. Le cor anglais dont la sonorité donne un caractère à toute cette partie vient du fond de la scène et marche comme un saxophoniste vers Tristan. La mise en scène assume complètement l’immobilisme, la longueur des dialogues chantés caractéristiques de Wagner avec sur la fin de chaque acte un élément spectaculaire, lorsque les événements se précipitent soudain. Le troisième acte est structuré sur l’attente d’Isolde, elle survient à la fin suivie de peu par le roi Marke. Tristan meurt et Iseult s’élève sur un phare qui monte en tournant lentement. Olivier Py traduit une véritable vision de l’oeuvre et s’exprime en plasticien qui travaille sur l’espace, le volume et la lumière dont il exploite les potentialités de façon paroxysmique. Les attitudes, les gestes des chanteurs reposent sur une vaste culture visuelle et évoquent souvent des peintures. Il fait ressortir l’extrême étrangeté de l’oeuvre sans chercher à l’expliquer, à la résoudre.

Vers une présentation de la conception de Tristan et Iseult par Bill Viola.

Olivier Py présente Le Soulier de satin de Paul Claudel au Grand Théâtre de Genève le 18 octobre 2003. Le soulier de satin est joué au Théâtre de la ville à Paris jusqu’au 11 octobre 2003. Olivier Py met en scène La Damnation de Faust de Berlioz au Grand Théâtre de Genève du 13 au 26 juin 2003.

Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach au Grand Théâtre de Genève.

L’Opéra de Genève a invité le metteur en scène Olivier Py à réaliser une présentation des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach. Celle-ci suscite des réactions contrastées. Les facettes de l’activité d’Olivier Py sont innombrables: acteur, écrivain, metteur en scène, cinéaste, chanteur aussi parfois. Pour une fois, je vais sortir du domaine que je traite habituellement, car après avoir vu Requiem pour Srebrenica et l’Apocalypse joyeuse à Avignon, j’attendais avec impatience cette présentation genevoise. Au théâtre et à l’opéra on parle de tableaux, pour caractériser les scènes qui se succèdent. Ainsi l’opéra est organisé en actes et en tableaux. Les Contes d’Hoffmann sont divisés en 5 actes, les trois principaux correspondant à trois fantasmes féminins d’Hoffmann : Olympia, Antonia et Giulietta. Olivier Py prend ce terme de tableau à la lettre dans la mesure où il introduit d’innombrables cadres sur la scène, cadres superposés dans une structure métallique qui fonctionne tantôt comme cellules, pièces et parfois aussi se ferme pour former un miroir fascinant qui renvoie au public sa propre image. Pour tenter d’appréhender la spécificité de l’approche d’Olvier Py, on peut distinguer trois éléments que le metteur en scène gère de manière distincte et parfois déroutante: les chanteurs-acteurs dont la voix, l’intensité expressive sont magnifiquement mis en valeur, la mise en scène, la direction d’acteurs favorise l’intimité et l’intensité des relations. Le résultat vocal est magnifique. Puis viennent les tableaux qui comprennent des accessoires, des figurants, des choristes et bien sûr les chanteurs principaux, mais les tableaux ont une vie autonome et les chanteurs peuvent en sortir ou y entrer. Ces tableaux expriment l’interprétation de l’opéra et des Contes du metteur en scène, interprétation qui cherche manifestement à créer des images chocs imprégnées de culture visuelle: les prisons de Piranèse, le Paris du temps d’Offenbach, les xuvres de Félicien Rops, la peinture de la Neue Sachlichkeit allemande et d’innombrables références, notamment à la comédie musicale, on peut encore penser aux films de Peter Greenaway. Ces tableaux habités de figures allégoriques ou mythologiques évoquent dans le troisième acte un bordel ou un atelier de prises de vues pornographiques, ce qui suscite un certain émoi. Enfin, le troisième élément, le principal dans cette mise en scène est la lumière, celle-ci est gérée de manière particulièrement déroutante et paradoxale. En effet, bien que le spectacle soit inondé de lumière par des milliers d’ampoules électriques, par de véritables ballets, feux d’artifices, feux follets de traces lumineuses ou encore par des flammes véritables qui descendent comme un rideau de scène; les figurants, les choristes vêtus de noir ou même les solistes sont souvent dans le noir ou à peine éclairés. Le public reçoit quelques fois la lumière par un effet de miroir ou bien il est ébloui par une ampoule très forte. En fait c’est dans l’utilisation de la lumière, beaucoup plus que dans les scènes de nus que réside la provocation qui entraîne un certain inconfort des spectateurs. La lumière est dissociée de son rôle traditionnel d’éclairage, elle n’accompagne pas comme on s’y attend l’évolution de chanteurs sur scène. Les voix s’élèvent de la nuit, les hommes marchent dans l’ombre. La lumière perd sa fonction, elle devient alors signifiante, elle intrigue et dérange. Comme les cierges dans une église, elle évoque, elle n’éclaire pas. Ainsi Olivier Py est un créateur polyvalent qui affirme la légitimité de la recherche d’un sens à travers la création, un programme suffisamment original pour mériter l’intérêt, même si le résultat n’est pas ripoliné comme il pourrait l’être s’il se contentait de ressasser des clichés.