Expositions Alberto Giacometti

Bâle, Riehen 29 avril 2018

Fondation Beyeler, Bacon – Giacometti jusqu’au 2 septembre. De nombreux points réunissent ces artistes, à commencer par leur engagement dans la figuration à une époque où l’abstraction dominait totalement la scène artistique. Ils se sont rencontrés et s’estimaient, presque contemporains, Giacometti est né en 1901, Bacon en 1909, Bacon était bien conscient de la dette qu’il devait à Alberto. Il est passionnant de les voir réunis, dans une association que la valeur colossale atteintes par leurs oeuvres rend presque impossible.

Zurich 29 octobre 2016

Kunsthaus: Alberto Giacometti. Au-delà des bronzes, les chefs-d’oeuvre en plâtre et autres matériaux jusqu’au 15 janvier.

Le Kunsthaus a hérité du dernier frère de l’artiste une grande partie des plâtres  (75) qui ont précédé les tirages en bronze des sculptures. On plonge ainsi dans le cheminement créatif d’Alberto. On ne peut s’empêcher d’avoir un petit serrement de coeur en pensant aux difficultés d’Alberto pour arriver à une oeuvre finie, en voyant ainsi mis côte à côte et sur le même plan, les oeuvres en cours de réalisation et le travail achevé. D’autant plus que la sensibilité esthétique du moment tend à faire préférer les plâtres au bronze!, mais évidemment c’est passionnant, d’autant que des travaux en terre, en bois, en plastiline sont également présentés.

Lausanne 3 février 2014

Giacometti, Marini, Richier , La figure tourmentée jusqu’au 27 avril 2014

Le musée des beaux-arts de Lausanne réunit trois sculpteurs qui sont presque exactement contemporains et ont passé les années de la Seconde guerre mondiale en Suisse. Alberto Giacometti (1901 – 1966), Marino Marini (1901 – 1980) et Germaine Richier(1902 – 1959). Une approche synchronique, transversale de ces artistes, autour de questions techniques et formelles, qui est complémentaire de regards plus rétrospectifs. L’exposition regroupe les oeuvres autour de problématiques formelles ou iconographiques: mouvement – déséquilibre; corps fragmenté – corps écorché; équilibre instable; réduire la taille; têtes et bustes; figures – espaces. L’exposition s’appuie sur la riche collection de sculptures du Musée des beaux-arts qui comprend des oeuvres de Degas, Maillol et Bourdelle notamment. Cette mise en relation s’avère fort intéressante et montre comment ces artistes tout en restant fidèles à une forme de figuration ont intégré l’idée des métamorphoses hommes-animal chez Richier et Marini, ou totalement renouvelé la problématique du monument et du monumental chez Giacometti.

Expositions Giacometti vues en 2009 et 2008.


Genève 8 novembre 2009
2009, année Giacometti en Suisse!

Curieusement bien qu’il n’y ait pas d’anniversaire spécifique, l’année 2009 restera comme celle des expositions Giacometti, on en recense trois importantes à Zurich, Riehen et Genève, auxquelles on peut encore ajouter celle du Salon du livre et celle consacrée à Labyrinthe au même musée Rath. Sans oublier la belle rétrospective Giovanni Giacometti du musée de Berne. On peut se demander évidemment si les musées suisses ne devraient pas envisager une certaine coordination de leurs programmes. Ayant eu la chance de toutes les voir, je dois dire cependant qu’elles sont très différentes les unes des autres, offrant à chaque fois une expérience inédite d’une oeuvre qui se prête parfaitement à une grande variété de mises en scène.

Le Musée Rath consacre une importante exposition à Alberto Giacometti jusqu’au 21 février 2010. Centrée sur les années genevoises, elle présente également les travaux antérieurs de la période surréaliste et ceux postérieurs des années 1950. Divisée en six espaces bien distincts, l’exposition du musée Rath offre une vision rétrospective, les sculptures sont complétées par de nombreux dessins et des peintures. La période genevoise 1942 – 1945, marquée par la réduction, voire la disparition complète des figures, forme une étape importante largement représentée. L’effet esthétique est évidemment très différent de la présentation choisie par la Fondation Beyeler qui ne montrait qu’une seule sculpture minuscule dans une grande salle. Au sous-sol ce sont les portraits qui ont été privilégiés pour évoquer le renouveau des années 1950 dans l’oeuvre du sculpteur.

L’art en jeu 10 novembre 2009.


Berne 4 novembre 2009

Le musée des beaux-arts de Berne consacre une vaste rétrospective à Giovanni Giacometti (1868 – 1933), jusqu’au 21 février 2010. Depuis quelques années déjà on sait que le père d’Alberto était un peintre exceptionnel et cette présentation donne une nouvelle occasion de faire le point après la rétrospective de Winterthour, Lausanne et Coire en 1996 – 1997. Elle est organisée par thèmes, ce qui est parfois problématique, la confrontation directe de périodes très différentes n’étant pas toujours heureuse, mais c’est aussi une façon de mettre en évidence la premanence et le renouveau dans les recherches de Giovanni. Le sous-titre de l’exposition « Couleurs en lumière » explique cette approche qui montre l’intensité de la quête du peintre dans la recherche de la lumière et de sa traduction colorée. Elle permet de répartir les points culminants qui sont nombreux dans plusieurs salles. Citons par exemple Enfants de soleil, 1913, confronté aux scènes de veille familiale autour de la lampe.

L’art en jeu 5 novembre 2009


Le musée Rath à Genève présentera les années genevoises de Giacometti du 5 novembre 2009 au 21 février 2010. Et l’exposition actuelle Les années Labyrinthe (1944 -1946) qui évoque la rencontre de Giacometti, et de Balthus autour d’Albert Skira jusqu’au 5 juillet accorde déjà une place très importante à Giacometti, notamment à ses écrits.


 

La Fondation Beyeler propose une exposition Giacometti du 31 mai au 11 octobre 2009.

La collection Beyeler comprend 15 oeuvres de Giacometti et Ernst Beyeler a joué un rôle essentiel dans la diffusion de l’oeuvre de cet artiste. Il a aussi permis la création de la Fondation Giacometti en Suisse. La Fondation Beyeler est ainsi un lieu prédestiné pour recevoir une exposition Giacometti.

Elle présente une rétrospective très complète qui insiste sur toutes les formes d’expression choisies par Alberto, non seulement la sculpture, mais aussi la peinture et le dessin. Elle met également en évidence l’importance des relations familiales pour Alberto en présentant des toiles du père Giovanni, d’un cousin éloigné Augusto et des sculptures du frère, modèle et assistant, Diego. Plus de 150 oeuvres ont été retenues pour cette présentation. Dans le foyer, le visiteur est accueilli par un groupe de Femmes de Venise, 1956.

Les deux premières salles mettent en évidence les peintures de Giovanni et Augusto ainsi que les premiers essais d’Alberto dont le talent éclata très tôt. Une salle est consacrée aux recherches des années 1930, la période surréaliste. Un espace est réservé aux travaux décoratifs réalisés avec son frère.

Petit homme sur socle, 1940 – 41 occupe toute une salle en préambule à la deuxième partie de l’oeuvre et de l’exposition.

La structure souple de l’architecture de la Fondation Beyeler a permis de créer deux très grandes salles en relation avec l’extérieur où sont présentées les sculptures les plus célèbres de l’artiste, réalisées après la guerre. Ceci afin de mettre en évidence les réflexions d’Alberto sur l’espace, l’infiniment petit et le très grand. Les sculptures disposées de façon assez denses sont très proches du spectateur qui peut toujours tourner autour de chaque pièce et évoluer au milieu de ces figures.

L’art en jeu 29 mai 2009


 

Giacometti, l’Egyptien Kunsthaus Zurich jusqu’au 24 mai 2009

Le Kunsthaus de Zurich reprend du 27 février au 24 mai 2009 l’exposition berlinoise ( visible jusqu’au 15 février à Berlin) qui met en relation des oeuvres égyptiennes avec les travaux de Giacometti.

C’est une formidable confrontation entre les études de Giacometti dans ses carnets de croquis, ses sculptures et une vingtaine d’oeuvres égyptiennes appartenant aux musées de Berlin. Les archives de l’artiste montre qu’il a parcouru avec passion des livres consacrés à l’art égyptien, recouvrant les pages de ses propres croquis. Il eut un premier choc en découvrant des oeuvres égyptiennes à Florence, puis il étudia celles du Louvre. On découvre des pages de livres annotés et de nombreuses études d’après des sculptures égyptiennes. La sélection de pièces égyptiennes correspond au principales sources de Giacometti, le scribe, la statue-cube, des figures debout qui marchent et des portraits Akhenaton et Nefertiti en particulier. Alors que l’on connait les récits sur les longues poses imposées à ses modèles, il est étonnant de réaliser qu’il était habité par d’autres images qui influençaient sa vision. Le parallèle entre un tête d’Annette et des portraits de Néfertiti qui clot l’exposition est à cet égard très convaincant.

L’art en jeu 28 février 2009


 

Centre Pompidou:

L’atelier d’Alberto Giacometti. Collection de la Fondation Alberto et Annette Giacometti jusqu’au 11 février 2008

L’exposition est divisée en 18 sections. Les deux premières sont consacrées à la jeunesse de l’artiste en Suisse, elle montre des tableaux de Giovanni Giacometti peignant son fils et des oeuvres d’Alberto. Les premiers essais de sculpture en Suisse, puis à Paris. D’abord élève de Bourdelle ces travaux révèlent ensuite diverses influences en particulier celle du cubisme, tel qu’il fut développé par Lipschitz. Un corridor assombri présente un très grand nombre de documents photographiques sur toutes les périodes de la vie de l’artiste avant de passer dans l’espace central consacré à l’atelier proprement dit et à une section dédiée aux recherches surréalistes. Lorsque l’on parle d’atelier, il s’agit vraiment de ce dernier. Giacometti utilisait toutes les parois du local qu’il louait pour dessiner, inscrire des projets. En 1972 lorsque le bail fut résilié sa veuve décida de détacher ses parois, on peut ainsi en découvrir une partie ici. Avec les différents états des sculptures, les passages de la terre au plâtre blanc ou verni, puis les bronzes; les réflexions sur les socles sont également illustrées. La septième section intitulée qu’est-ce qu’une tête? précède des salles consacrées aux portraits de Diego, d’Annette et de Yanaihara en particulier. Les recherches sur l’extrêmement petit, la problématique des cages sont encore montrés et l’exposition s’achève sur des dessins d’après les maîtres que Giacometti réalisa toute sa vie.

Une grande partie des pièces présentées sont des plâtres enduits d’une préparation de protection avant le tirage en bronze. La plupart des tirages sont posthumes et certains même très récents. La sensation esthétique n’est pas la même que dans d’autres présentations de Giacometti, mais le pari de rendre compte du fouilli d’un atelier d’artistes et d’en tirer quelques lignes me semble assez réussi. C’est une exposition déconcertante, mais très intéressante avec des pièces peu connues. Elle propose une approche de l’œuvre en cours d’élaboration et non une approche de l’œuvre achevée. La vision est inédite qui met un large accent sur la période surréaliste avant les séries de portraits et de figures des années 1950. On a surtout identifié Giacometti à ces dernières oeuvres et l’on prend sans doute de plus en plus conscience de la rupture profonde représentée par son évolution après la Seconde guerre mondiale.

Rupture assurément, mais peut-être aussi retour en arrière. Il suffit d’aller au musée Bourdelle après avoir visité l’exposition Giacometi pour s’en rendre compte. Je pense en particulier aux nombreuses études de Guerrier hurlant développées par Bourdelle pour le Monument aux combattants du Tarn et Garonne 1870 – 1871 pour Montauban auquel il a travaillé de 1893 à 1902. Il y a de nombreuses têtes hurlantes que l’on peut mettre en relation avec Tête sur tige de 1947. Par ailleurs les figures de femmes travaillées en 1908 font penser aux travaux de Giacometti comme Buste d’homme au chandail, 1954, Diego au manteau, 1954 par exemple. Enfin on voit dans ce musée-atelier la réflexion intense de Bourdelle sur les socles, sur les oeuvres de très grande dimension.

Le nouvel accrochage des collections du centre Pompidou propose une salle entière dédiée à Giacometti surréaliste très intéressante.

L’art en jeu 29 janvier 2008

 


Alberto Giacometti expositions et remarques bibliographiques

Si l’on veut méditer l’évolution d’une fortune critique; il est amusant de lire l’ouvrage un peu touffu de Willy Rotzler qui raconte les péripéties qui ont entouré la création d’une Fondation Alberto Giacometti du vivant du sculpteur en Suisse: Willy Rotzler, Die Geschichte der Alberto Giacometti-Stiftung, Eine Dokumentation, Benteli, Berne, 1982. L’histoire de cette fondation est résumé et actualisé sur un site en allemand et en anglais.

En 1963, du vivant de l’artiste, se présenta l’occasion d’acheter la collection de G. David Thompson de Pittsburgh qui comprenait près d’une centaine d’oeuvres de Giacometti. Un groupe de personnes se constitua et s’engagea à acheter la collection (pour la somme de 3 millions de frs.) avec l’espoir d’obtenir des fonds publics par la suite. Le Conseil communal de Zurich refusa de subventionner ce projet. La Fondation, créée le 16 décembre 1965 récolta alors uniquement des fonds privés pour acheter la collection (pour un résumé de l’histoire de la Fondation, W. Rotzler, pp. 340-344 et sur les détails financiers de l’opération W. Rotzler, pp.369-371).
La mort précoce de Giacometti empêcha le développement de certains projets qui avaient été envisagés avec lui. La provenance des fonds entraîna une répartition des oeuvres entre les musées des trois villes dont des citoyens avaient contribué à l’achat 65% pour Zurich, 25% pour Bâle et 10% pour Winterthour. Le catalogue de cette collection a été publié par Christian Klemm en 1990.

La bibliographie de Giacometti est gigantesque et les expositions se succèdent à un rythme soutenu.

Il faut signaler la colossale monographie d’Yves Bonnefoy, Alberto Giacometti. Biographie d’une œuvre, Paris, Flammarion, 1991.

Le livre ingénieux de Georges Didi-Huberman, Le cube et le visage, autour d’une sculpture d’Alberto Giacometti, Macula, Paris, 1993.

Il s’agit d’un essai brillant construit autour d’une sculpture atypique de Giacometti réalisée en 1933-1934. En recourant à la psychanalyse et en s’appuyant sur l’abondante bibliographie consacrée à l’artiste, Didi-Huberman met en relation ce cube, souvent considéré comme une sculpture avortée, avec l’ébranlement profond provoqué chez Giacometti par la mort de son père. Giacometti réalise cette œuvre à un moment charnière, alors qu’il est momentanément frappé d’improductivité. Didi-Huberman fait d’intéressantes suggestions sur le travail de deuil accompli par l’artiste et sur le caractère funéraire de sa sculpture. Ce livre brillamment écrit, consacré à une oeuvre atypique et généralement négligée est en fait une excellente introduction aux problèmes soulevés et aux recherches poursuivies par le sculpteur.