Archives de catégorie : art suisse

Markus Raetz

Markus Raetz gravures et sculptures

A l’occasion d’une nouvelle édition mise à jour du catalogue des estampes de Markus Raetz (1941 – 2020), le musée des beaux-arts de Berne, puis le musée Jenisch à Vevey annoncent une exposition des gravures et sculptures de Markus Raetz en 2014.

Au musée de Berne cet ensemble de gravures de l’artiste, complété par des sculptures et quelques carnets de croquis occupe tout le sous-sol jusqu’au 18 mai 2014.

Le catalogue raisonné recense plus de 350 estampes, une sélection impressionnante couvrant les différentes périodes créatrices de l’artiste est proposée. On découvre comment chez Raetz, la recherche artistique, ici en l’occurence le travail avec les moyens de reproduction, est au service d’une réflexion plus large sur la représentation, le mouvement, le regard et l’oeil. Markus Raetz incarne à mes yeux toute la différence qui existe entre un créateur obsessionnel qui fait un peu toujours la même chose et un créateur qui se pose toujours les mêmes questions, mais les traite de manière complètement différente. Il aborde les questions fondamentales de la représentation de la figure, du paysage, de la lumière et du mouvement, du point de vue, à travers des techniques diverses et avec humour.

Patrick Schaefer, l’art en jeu 31 janvier 2014

Bâle, musée des beaux-arts, Markus Raetz. dessins 20 octobre 2012 – 17 février 2013.

Sculpteur, graveur et dessinateur, passionné par les illusions de la perspective et la représentation du mouvement. Markus Raetz note constamment ses idées dans des carnets, on recense plus de 30’000 dessins à ce jour. C’est cette intensité du travail créateur que l’exposition tente de montrer en se concentrant sur des aspects moins vus dans les expositions antérieures consacrées à l’artiste. Une large place est en effet consacrée au paysage dans son travail et au ruban de Moebius. L’exposition met en relation des travaux anciens et actuels. La première salle est consacrée à une sculpture d’après Man Ray de 2004 – 2005 qui implique une mise en rotation de deux cylindres confrontés. Plus loin on retrouve des études pour MIMI avec un modèle en allumettes et des scènes de couples entre 1976 et 1989. On voit comment l’artiste se positionne par rapport à des mouvements antérieurs de l’histoire de l’art non seulement Duchamp et le surréalisme, mais aussi le divisionnisme ou l’art nouveau et le japonisme. On trouve Monika et les autoportraits de l’artiste avant de découvrir les carnets d’esquisses dans des vitrines. Un dessin animé de 1971 formé de 1’525 dessins est encore présenté. Le travail avec les polaroids et les anamorphoses est évoqué dans les salles du rez-de-chaussée. La fragilité et l’éphémère avec les dessins dans le sable et les compositions formées de feuilles d’eucalyptus. Une salle est en grande partie consacrée à l’évocation d’un projet éditorial de 1980 Impressions d’Afrique de Raymond Roussel et l’exposition s’achève avec les travaux sur les lettres et la double lecture comme YES – NO.

Patrick Schaefer, l’art en jeu 17 décembre 2012

La Bibliothèque nationale de France consacre une exposition à l’oeuvre gravé de Markus Raetz: Markus Raetz estampes / sculptures 8 novembre 2011 – 12 février 2012.

Le Mamco propose une nouvelle série de monographies associées à l’accrochage habituel de certaines salles Cosima von Bonin, Nina Childress, Mai-Thu Perret (Prix Manor) et Markus Raetz jusqu’au 18 septembre 2011. Le dernier étage est entièrement consacré aux sculptures de Markus Raetz avec une présentation qui associe des oeuvres depuis 1990 à des développements récents. On retrouve les anamorphoses de têtes, d’objets, les jeux avec les mots oui et non, Alice, par exemple. La mise en mouvement par de petits moteurs de figures découpées. La dernière salle est consacrée à des mobiles qui évoquent la figure humaine ou des formes géométriques. (prolongée jusqu’au 2 octobre 2011)

Markus Raetz figure dans l’exposition des galeries nationales du Grand Palais: Une image peut en cacher une autre: Archimboldo, Magritte, Dali, Raetz entre autres (commissaire Jean Hubert Martin) 8 avril – 6 juillet 2009. La dernière salle de l’exposition est entièrement consacrée à ses sculptures qui jouent sur l’anamorphose.

Présentation de l’anamorphose oui – non à Genève: http://www.fondationbarbour.ch/culture_projetsencours_Raetz_video.php

Un film de 75 ‘ d’Iwan Schumacher consacré à Markus Raetz sort en septembre 2007

Carré d’art à Nîmes propose 196 oeuvres de Markus Raetz jusqu’au 7 mai 2006

Aarau, Kunsthaus

Markus Raetz Nothing is lighter than light jusqu’au 28 août 2005.

Cette exposition reprend l’exposition du centre européen de la photographie présentée à Paris en 2002, avec quelques compléments et une nouvelle sculpture. Elle met en évidence l’importance des procédés photographiques, qu’il s’agisse d’héliogravures ou de polaroïds, dans l’oeuvre d’un artiste qui n’est pas photographe.

Markus Raetz « Nothing is lighter than light » Maison européenne de la photographie du 13 décembre 2002 au 9 mars 2003

Pour Markus Raetz les expositions sont une grande installation qui lui permet de mettre en évidence divers aspects de son travail en confrontant des périodes et des techniques différentes. Il est ainsi passionnant de découvrir d’une exposition à l’autre quel regard, quel aspect de son oeuvre il propose de souligner. En investissant un lieu dédié à la photographie, il fait découvrir l’alchimie de son travail, car pour lui la photographie tout en lui offrant l’occasion de poser les problèmes fondamentaux de la représentation est aussi un instrument de travail essentiel avec lequel fixer l’éphémère et développer des idées, en s’appuyant sur les étapes antérieures enregistrées par un polaroïd. C’est du moins ce qui apparaît dans cette exposition.

Elle s’étend sur trois étages. Les deux salles principales sont au deuxième étage. Dans un ordre partiellement chronologique l’artiste présente, par le dessin, la photographie, la sculpture certains thèmes récurrents. On découvre ainsi le rapport au portrait avec l’évocation de figures célèbres, des icônes, comme Elvis ou Marilyn qui aboutit finalement à un travail sur l’écrivain Robert Walser. Le portrait, mais aussi l’évocation du corps de la femme sont montrés ici sous différentes formes. La photographie, et au sens plus large, l’image comme reflet et comme construction, reproduction, projection sont au coeur des recherches de Markus Raetz.

Une œuvre emblématique que l’on retrouve dans ses expositions est Zeemannsblik, 1987, il s’agit d’une plaque de zinc ondulée pour marquer une ligne d’horizon, non peinte, qui selon la lumière, la distance renvoie des effets de paysages très différents; placée à l’extrémité d’un long corridor elle fonctionne très bien ici. Différentes variations sur ce thème sont encore présentées qui permettent d’associer paysages, horizon et profil. Le premier étage est consacré aux relations entre l’image mobile, immobile, après la Roue de Hecht, des photos de visages sur une roue qui tourne, on découvre un dessin animé Eben, 1971 formé de 1525 dessins. Une autre œuvre-clef Drehungen, 1982, 16 photographies noir et blanc qui suggèrent le mouvement d’une tête, est présentée dans un espace spécialement construit pour ce travail. Elle est précédée par une série de figures modelées en terre et fixées par un polaroïd intitulée Rampeurs, 1981. Il faut encore signaler plusieurs travaux sur de petits écrans, notamment Daumkino. Enfin au sous-sol Kopflose Mühle, 2002 une réalisation nouvelle, consacrée au vide, au plein, au profil, avec des silhouettes de visages taillées dans des plaques de métal en mouvement est présentée.

En exposant à la maison européenne de la photographie, Markus Raetz était amené à mettre en évidence le rôle de cette technique dans son travail. On voit ainsi qu’il utilise les polaroïds comme documents qui permettent de fixer un moment d’une recherche. Ils permettent aussi d’élaborer les séquences de son travail. Par ailleurs l’exposition-installation permet une réflexion très dense sur la représentation, la perception du spectateur, les méthodes de construction de l’image, enregistrement, réfléchissement, projection. Il faut encore ajouter la relation au temps, éphémère, passager, fixé, immobile, en mouvement.

Markus Raetz est présenté à Paris à la Maison européenne de la photographie jusqu’au 9 mars 2003.

Patrick Schaefer, L’art en jeu, 26 février 2003

Centre Pasquart Markus Raetz jusqu’au 2 septembre 2001

Rétrospective et mises en perspective de Markus Raetz

Pour commencer quelques mots-clefs qui permettent de caractériser les œuvres et l’option de travail de Markus Raetz: Observer/ construire/ écouter/ léger/ éphémère/ dessin/ trait/ ligne/ spirale/ perception/ interprétation/ sens/ signification/ idée/ réalisation/ humour/ jeu/ mouvement/ anamorphose/ espace.

Depuis la fin des années 1960 Markus Raetz est une figure importante de l’art suisse. Il a effectué des séjours à l’étranger et son travail a été montré à Amsterdam, New York, Londres et Valence notamment. Il associe la mise en valeur du dessin comme instrument de recherche et de perception avec des travaux qui relèvent de l’art conceptuel et cinétique.

Les nouveaux espaces du CentrePasquArt à Bienne ont des caractéristiques bien distinctes. Au premier étage, une enfilade de salles aboutit à une pièce rectangulaire, étroite et très allongée. C’est dans cette salle que Markus Raetz a placé ses travaux les plus récents dédiés au mouvement réel.

Deux plaques électriques chauffantes fonctionnent. Au-dessus, bien plus haut, on découvre divers éléments métalliques disposés en spirale dans lesquels on peut percevoir un visage. Ils sont mis en mouvement par la chaleur. Le long d’un mur, à quelques centimètres de distance, un nombre considérable de figures, formées de plumes, de fils de fer, d’éléments en plastique, dansent ou se meuvent plus ou moins vite. L’artiste, créant une foule de personnages intrigants, a rassemblé dans cette frise un résumé de ses préoccupations sur la ligne dans l’espace et le mouvement, car ce dernier qu’il soit réel ou virtuel le passionne.

Markus Raetz met en perspective, en rétrospective des travaux récents ou très anciens dans cette exposition du CentrePasquArt. Dessins, aquarelles, jeux de mots sont présentés aux cimaises et dans des vitrines. Ils retracent le cheminement d’une réflexion plastique qui poursuit depuis 40 ans les mêmes questions en renouvelant leur formulation.

Au second étage, une grande salle presque carrée l’a conduit à rassembler les diverses sculptures éditées en bronze qu’il a développées en créant des anamorphoses. Mickey Mouse, la pipe de Magritte, le lièvre et le chapeau de Beuys, en particulier.

L’œuvre de Raetz est discrète, poétique, éphémère parfois; elle varie selon l’instant. Les mots désignent, expriment, affirment, chez Raetz comme chez Magritteou chez Edward Ruscha, ils prennent possession de l’espace réel, créé par l’artiste.

Pour fixer l’instable, le passager, l’éphémère des photographies de Jennifer Gough-Cooper accompagnent l’exposition (The domain of M. R. as seen by Jennifer Gough-Cooper, a photographic essay).

On retrouve ces photographies dans un coffret qui accompagne l’exposition et comprend en plus la reproduction de 80 dessins, les photographies de 26 sculptures et un texte de Andreas Meier, « Ah-Oh, les mots métamorphosés et les travaux linguistiques ».

Patrick Schaefer, L’art en jeu, 27 juin 2001.

Philippe Fretz

Genève 19 novembre 2019

Les Halles de l’île à Genève accueillent Divine Chromatie de Philippe Fretz jusqu’au 7 décembre 2019. Un vaste projet pictural accompagné d’un ouvrage éponyme autour de la Divine comédie de Dante. Le projet entamé il y a 5 ans aboutit à une peinture de 3,60  m. de haut sur 11 mètres de large composée de 33 panneaux qui nous mènent de l’Enfer au Purgatoire et au Paradis. Le livre reproduit les toiles et il est accompagné d’un dépliant qui détaille les étapes de cette pérégrination qui associe les références à la peinture florentine du 15e siècle et des bâtiments de la Genève actuelle.

 Le site de l’artiste qui présente ses travaux: http://philippefretz.ch/


Philippe Fretz a développé le projet éditorial In Medias Res depuis 2013. Continuer la lecture

Sons et lumières

Je réunis sur cette page les comptes-rendus d’expositions qui traitent des relations entre l’image et le son. Un thème de plus en plus souvent abordé.

Bâle / Riehen 6 octobre 2019

Fondation Beyeler: Resonating Spaces: Leonor Antunes, Silvia Bächli, Toba Khedoori, Susan Philipsz et Rachel Whiteread jusqu’au 26 janvier. En parallèle sont présentées les oeuvres de la collection Staechelin et de la collection Beyeler jusqu’au 19 mai 2020.

La Fondation Beyeler invite cinq artistes qui explorent l’espace par le son, l’installation, le moulage et le trait. Le paradoxe de sculptures immatérielles est développé par Susan Philipsz,  alors que deux artistes, Silvia Bächli, Toba Khedoori, s’expriment par le dessin, les deux autres déclinent des formes très différentes d’expression dans l’espace: Leonor Antunes sature une grand espace de cordages, miroirs qui renvoient à des archives personnelles. Rachel Whiteread qui s’est fait connaître par un mode de travail moulant le vide réagit à une toile de Balthus en dépôt à la Fondation par une série de moulages reprenant des éléments architecturaux de la toile. Elle utilise du papier mâché coloré, plaçant sur le mur opposé à la toile ces blocs qui reprennent les volumes des fenêtres du bâtiment peint par Balthus. Par ailleurs un volume noir est installé dans l’espace créant un premier plan lorsque l’on regarde le tableau. Toba Khedoori réalise d’immenses dessins sur des papiers préparés avec de la cire, elle répète des éléments comme les fenêtres d’une façade, les grillages d’une clôture ou les chaises d’une salle de spectacle. Silvia Bächli trace des lignes au pinceau souvent aux limites de la feuille faisant le centre vide et suggérant d’autres espaces. Toutes ces oeuvres sont en relation avec les sons de l’installation de Susan Philipsz que l’on entend partout!

A signaler que le musée Tinguely présente l’oeuvre de l’artiste néozélandais Len Lye (1901 – 1980) qui fut un précurseur de l’usage du son dans les oeuvres du 23 octobre au 26 janvier 2020.


Paris. Musée de l’Orangerie: Debussy, la musique et les arts jusqu’au 11 juin 2012 évoque l’univers  visuel du compositeur et par la même occasion, le milieu social dans lequel il évoluait, les goûts de ses proches. Elle met en valeur les collections du musée d’Orsay tout en étant complétée par des prêts. Les oeuvres choisies sont très belles et vont de Renoir à Henri Edmond Cross, Burne Jones, Maurice Denis, Vuillard pour terminer avec Kandinsky et Kupka. Une large place est faite aux arts décoratifs et aux collaborations du compositeur pour son opéra et les ballets qu’il créa. Continuer la lecture

Collections privées, exposition publique

Je réunis sur cette page divers articles consacrés aux expositions de collection privées et publiques depuis 2001.

Lausanne 7 octobre 2019

Musée cantonal des beaux-arts. A l’occasion de l’exposition inaugurale du nouveau bâtiment du musée des beaux-arts sur le site de la gare appelé Plateforme 10, l’institution a choisi de rendre hommage aux donateurs en consacrant tous les espaces à la collection. Sous le titre: Atlas. Cartographie du don jusqu’au 12 janvier 2020. Le magnifique bâtiment des architectes Barozzi et Veya offre de vastes espaces parfaitement fonctionnels à quelques pas de la gare de Lausanne. Les locaux de service, accueil, restaurant, salle de conférence sont rassemblés au rez-de-chaussée, alors que les espaces d’expositions se déploient sur deux étages, séparés en deux ailes bien distinctes. Refusant toute construction historique, cette première présentation rassemble des oeuvres de diverses époques autour de dix thèmes et un index qui développent la métaphore de l’atlas, du globe ou de la carte géographique, le résultat, loin de tout didactisme, propose d’étranges assemblages et des rencontres inattendues, souvent réussies, en explorant des thèmes comme la forêt, la musique, la douleur, l’amour, l’histoire notamment.

Une large place est faite aux artistes suisses vivants et aux créateurs de la seconde moitié du 20 siècle. Les points forts de la collection ne servent que de contrepoints occasionnels: un seul Soutter, deux ou trois Ducros, un ou deux Gleyre, un beau groupe de Bocion. Les œuvres les plus connues retrouveront les cimaises du musée lors de l’accrochage permanent de la collection. Pour l’instant ce sont les artistes vivants qui sont invités à fêter ces nouveaux espaces, les donations récentes ou les promesses de dons sont privilégiées. A signaler qu’une importante collection d’oeuvres de Jean Dubuffet a rejoint les fonds du musée. Lausanne dispose dorénavant d’un instrument qui devrait favoriser la promotion des artistes actuels, attirer les donateurs et un large public. Près de 20’00o personnes ont répondu à l’appel pour le week end d’ouverture.

Pour cette première présentation l’entrée est gratuite.


Berne 14 août 2017. La collection Hahnloser jusqu’au 13 mars 2018.

Le musée de Berne présente dans les salle de l’ancien bâtiment, la collection Hahnloser dans toute son ampleur et avec ses points forts qui sont avant tout Pierre Bonnard et Félix Vallotton, mais elle comprend de nombreux autres artistes à commencer par Van Gogh, Cézanne, Matisse, Maillol et Redon notamment.


Lausanne 26 avril 2017: Fondation de l’Hermitage, Chefs-d’oeuvre de la collection Bührle jusqu’au 29 octobre 2017.

La Fondation de l’Hermitage présente pour plusieurs mois un ensemble d’oeuvres majeures de la collection Bührle. Celle-ci sera visible dès 2020 dans le nouveau bâtiment du Kunsthaus de Zurich. En attendant, elle prête ses oeuvres à diverses institutions. A noter, par exemple que c’est Le Semeur de Van Gogh qui fait l’affiche de l’exposition lausannoise, mais on peut encore découvrir 6 toiles de van Gogh au musée du même nom à Arles. Et si le Garçon au gilet rouge est bien à Lausanne, 6 toiles de Cézanne figureront dans l’exposition consacrée à cet artiste à la Fondation Gianadda (16 06 – 19 11 2017) et une autre au musée d’Orsay ( 13 06 –  24 09 2017). Je mentionne ces faits pour que l’on mesure l’ampleur de cette collection, vraiment stupéfiante. C’est une chance de pouvoir la découvrir dans d’excellentes conditions à Lausanne. Continuer la lecture

Olvier Mosset

Genève: Mamco: Olivier Mosset jusqu’au 21 juin

Le Mamco consacre une rétrospective à Olivier Mosset sur trois étages. Dans ses expositions, l’artiste aime toujours céder la place à d’autres créateurs plus jeunes, mais ici il joue le jeu de l’approche historique et présente parallèlement à ses créations les différents contextes dans lesquelles elles se sont développées.

Zurich Haus konstruktiv Olivier Mosset TUTU

Le Haut konstruktiv consacre deux salles à la présentation de toiles d’Olivier Mosset jusqu’au 8 septembre 2019. L’artiste a aussi invité Madjid Hakimi (1962) qui réalise une installation lumineuse. Olivier Mosset avait réalisé des armoires en glace pour le vernissage qui ont fondu après quelques jours!. Dans la grande halle du rez ont découvre huit grandes toiles monochromes carrées de 2014, alors qu’à l’étage se déploie une petite rétrospective qui évoque divers moments de la carrière de l’artiste et des toiles en forme de lettres TUTU, 2013 qui donnent le titre de l’exposition.

Lausanne Olivier Mosset Travaux 1966 – 2003

Le musée des beaux-arts de Lausanne (jusqu’au 24 août) et celui de Saint-Gall (jusqu’au 10 août) consacrent une importante rétrospective à Olivier Mosset (1944). Il est intéressant de constater que deux institutions s’associent pour tenter de donner une plus grande visibilité à un artiste qui est certes bien connu des milieux artistiques, mais presque ignoré du grand public. L’occupation de la totalité des salles du musée de Lausanne est un défi considérable pour un artiste contemporain. L’opération est plutôt réussie, mais l’on ressent à quel point les espaces disponibles sont considérables.

L’exposition d’Olivier Mosset, intitulée Travaux 1966 –2003 occupe les 9 salles du musée des beaux-arts de Lausanne. Il s’agit d’une rétrospective, mais ce caractère de rétrospective n’est pas évident, car l’accrochage, les interventions colorées directement appliquées sur les murs des salles font de l’ensemble une installation nouvelle. L’exposition est elle-même une œuvre éphémère qui utilise des pièces anciennes en les complétant par l’accrochage.

La première salle est consacrée aux cercles sur fond blanc, caractéristiques de la première manière de Mosset; il en a réalisé plus de 200. Répétant inlassablement le même motif comme Toroni a répété la trace du pinceau ou Buren les bandes verticales. La deuxième salle, immense rectangle très allongé, permet de présenter de grandes toiles horizontales, alors que dans la salle suivante on découvre des bandes verticales. Plus loin l’artiste reprend une réalisation réalisée en 1993 avec John Armleder proposant une rampe de skate board.

Les toblerones sont également une reprise, présentée notamment au Migrosmuseum de Zurich en 1999 dans une exposition commune avec Cady Noland et à Sion en 1994. Une salle illustre le rejet de la toile qui caractérisa les recherches de l’artiste à un moment donné avec des sérigraphies sur fibre de verre. Deux salles sont encore consacrées à divers aspects des recherches sur le monochrome. L’exposition se termine sur l’évocation de collaborations qui ont toujours été un aspect du travail d’Olivier Mosset. Avec Warhol en 1979-1985, Steven Parrino en 1989 et Cady Noland en 1993-1994. L’ensemble propose ainsi une expérience colorée décapante, le visiteur étant invité à parcourir un kaléidoscope assez surprenant.

Musée cantonal des beaux-arts: Olivier Mosset, travaux 1966 – 2003, jusqu’au 24 août

Kunstmuseum St. Gallen: Olivier Mosset, travaux 1966 – 2003, jusqu’au 10 août

Patrick Schaefer, L’art en jeu, 2 juin 2003

Ombres de la Renaissance à nos jours

Cette page rassemble trois articles consacrés à des expositions thématiques

Lausanne 27 juin 2019

Fondation de l’Hermitage Ombres de la Renaissance à nos jours jusqu’au 27 octobre.

L’ombre a été donnée comme origine de la peinture, comme invocation, évocation. Avec ce thème, l’exposition de la Fondation de l’Hermitage propose un passionnant parcours de l’histoire de l’art qui montre les artistes surgissant de l’ombre, ceux qui travaillent le clair-obscur sous l’influence du Caravage, la mode des silhouettes, l’impressionnisme et le post-impressionnisme qui introduit de nouvelles couleurs pour représenter l’ombre, la photographie et de nombreuses interprétations contemporaines chez Warhol, Christian Boltanski ou Markus Raetz notamment.

Déployée sur les 4 étages de la Fondation, divisée en 16 chapitres, l’exposition propose de nombreux points de vue. Elle repose sur l’érudition de Victor Stoichita, professeur à l’université de Fribourg, qui a publié un ouvrage sur ce thème et réalisé une exposition à Madrid il y a une dizaine d’années.


Lausanne 3 mars 2013

L’exposition Fenêtres de la Renaissance à nos jours jusqu’au 20 mai à la Fondation de l’Hermitage a l’ambition d’explorer avec une forme d’exhaustivité l’iconographie de la fenêtre comme source de lumière sur les natures mortes, comme scène de genre avec la relation intérieur- extérieur, comme objet au XXe siècle, grille pour percevoir et représenter le monde. On va du livre didactique de Dürer,  à la photographie et à l’écran, d’ailleurs l’exposition s’achève sur une projection d’Anri Sala. Les oeuvres retenues sont bien choisies et de qualité.

Au rez-de-chaussée, des livres et des gravures évoquent la diffusion de la perspective voulue par Alberti dans laquelle la fenêtre joue un rôle central. Des oeuvres hollandaises du XVIIe siècle et surtout des travaux romantiques du XIXe évoquent cette fenêtre sur le monde. Un étage plus haut on est au XIXe siècle avec Vilhelm Hammershoi et au début du XXe siècle avec Bonnard, Marquet, Matisse, Vuillard, Vallotton et Balthus. Au dernier étage, on se concentre sur le surréalisme avec le magnifique Oedipus Rex de Max Ernst , des travaux de Magritte, Delvaux et de Chirico.

Le sous-sol est consacré à l’art du XXe siècle et aux oeuvres contemporaines. Mentionnons Ellsworth Kelly, qui a débuté sa carrière autour de la fenêtre, Sean Scully, fasciné par les parois, les portes, des stills de Robin Rhode autour d’une fenêtre ou d’Alexander Birchler et Teresa Hubbard.

Les expositions thématiques apparaissent de plus en plus comme une alternative aux expositions monographiques et à celles qui sont consacrées à un courant artistique, à une période spécifique de l’histoire de l’art. Les bases de données, qui sont souvent devenues presque exhaustives, du moins pour les musées d’art facilitent largement l’organisation de ce type d’expositions. Dès l’apparition des premiers fichiers informatisés, on a réalisé le potentiel de développement pour une approche par thèmes, par sujets. Il y a des expositions thématiques très larges et dont l’intérêt est relatif, ainsi par exemple, l’exposition sur l’hiver proposée par le Kunsthaus de Zurich en 2012. Il y a des expositions thématiques qui permettent d’aborder une question centrale dans  la production artistique, alors cela devient passionnant. Assurément, c’est le cas de l’exposition réalisée par la fondation de l’Hermitage et le musée des beaux-arts de Lugano.

Souvent ces expositions thématiques sont plus intéressantes lorsqu’elles traitent une problématique abordée dans l’art contemporain, car elles permettent d’appréhender diverses approches autour d’une même question.


Lausanne 8 février 2007

Lausanne Musée cantonal des beaux-arts:

Visions du déluge 2 février – 29 avril 2007

L’exposition du musée des beaux-arts de Lausanne intitulée Visions du déluge offre un large panorama artistique de la Renaissance à l’art contemporain. Elle part des illustrations du texte de la Genèse pour montrer l’évolution d’un thème et de sa représentation au cours de cinq siècles. L’exposition se signale en mettant l’accent sur certains points forts sans tomber dans l’énumération, comme c’est trop souvent le cas des expositions thématiques. Elle propose des approfondissements bienvenus autour de certaines oeuvres de la collection du musée tout en élargissant la perspective pour offrir l’occasion d’admirer des peintures, des dessins et des gravures provenant du musée du Louvre et d’autres institutions en France et en Europe.

Les trois premières salles sont consacrées à des propositions contemporaines. Dans la première on trouve un montage de films catastrophes évoquant le déluge. Dans la deuxième une installation vidéo de Bill Viola, The Raft, 2004 (le radeau inspirée du Radeau de la Méduse). Un groupe d’hommes et de femmes est en attente comme s’ils étaient dans un abri bus. Ils sont 12 pour commencer, d’autres personnes évoluant en extrême lenteur les rejoignent, au moment où l’eau les assaille de gauche et de droite ils sont 19. Après la catastrophe on les voit tenter de reprendre leurs esprits ou se rassurer mutuellement. L’eau occupe une place centrale dans les travaux de Bill Viola. La vidéo de Paul Pfeiffer d’une durée de 20′ que l’on découvre dans la salle suivante évoque Le matin après le déluge, 2003 et montre l’évolution du ciel sur l’horizon une atmosphère paisible toute différente. Bien que ces travaux contemporains puissent former une exposition autonome, ils s’articulent bien avec le propos de l’exposition qui évoque aussi trois moments: l’avant, le moment crucial et l’après.

Dans la salle suivante le texte de la Genèse évoquant le Déluge est présenté avec des bibles illustrées évoquant cet épisode. Aux murs sont accrochées des tapisseries qui illustrent le récit du Déluge. Les salles suivantes sont centrées autour d’une toile principale complétée par d’autres peintures, dessins ou gravures. On commence avec Antonio Caracci et Aessandro Turchi. Plus loin c’est l’évocation de l’humanité avant le déluge qui est montrée avec notamment une toile de Cornelisz Cornelisz de 1615 évoquant les plaisirs qui conduisent à la punition de la catastrophe. Un épisode central dans l’iconographie du déluge est proposé par une toile de Nicolas Poussin L’Hiver ou Le Déluge, entre 1660 et 1664, absente cette toile est remplacée par des copies et d’autres oeuvres dont elle est la source. Après la Renaissance, le maniérisme, le 17e siècle on passe au 18e siècle.

C’est l’occasion d’évoquer d’une part un changement iconographique avec la concentration sur le drame personnel d’un couple ou d’une famille et le rappel concret d’événements vécus: les tremblements de terre, suite aux catastrophes de Lisbonne et de Messine qui ont beaucoup frappé les esprits de l’époque. Avec Le Tremblement de terre, 1806 de Jean-Pierre Saint-Ours et des aquarelles de Ducros, le musée des beaux-arts possède des oeuvres clefs illustrant cette problématique. On trouve également Johann Heinrich Fuessli, La Vision du déluge, vers 1800. L’exposition s’achève en mettant en perspective une oeuvre de Charles Gleyre intitulée Le Déluge, 1856 qui montre la terre après la catastrophe survolée par deux anges, on la découvre ici avec une toile de Turner (1805) et des travaux de Francis Danby ( vers 1828 et 1840), John Martin (1828, 1840) notamment.

En 1999 le Kunsthaus de Zurich accordait une large place au Déluge et aux tremblements de terre dans son exposition Weltuntergang & Prinzip Hoffnung, il s’agissait alors d’évoquer les peurs millénaristes à l’occasion du changement de siècle. Il est intéressant de constater que le point de vue devient très concret aujourd’hui et se réfère non pas à des craintes, mais à des expériences récentes vécues (11 septembre, tsunami, inondations) pour les mettre dans une perspective historique!

On peut aussi rappeler la réflexion sur L’accident développée par Paul Virilio dans une exposition intitulée Ce qui arrive à la Fondation Cartier à Paris à la fin 2002. Paul Virilio qui réfléchit au phénomène de l’accident naturel, industriel ou terroriste dans notre société depuis longtemps.

Thomas Hirschhorn

Bienne

Exposition suisse de sculpture: Robert Walser Sculpture #Thomas Hirschhorn 15 juin – 8 septembre 2019

26 juin 2019 Thomas Hirschhorn.

« Faire place nette » est une expression courante que certains emploient volontiers. La démarche développée par Thomas Hirschhorn est à l’opposé. Invité à assumer la traditionnelle exposition de sculptures en plein air de Bienne. La douzième édition eut lieu en 2014 sous le titre The City Performed et la précédente en 2009 s’intitulait Utopics, peut-être que la sculpture Robert Walser rejoint ce thème et devient une utopie réelle. Thomas Hirschhorn renonce à jouer le rôle de commissaire qui aurait invité d’autres artistes et choisit de donner une nouvelle version de la notion de Monument qu’il développe depuis au moins 20 ans. Pour rendre hommage à Robert Walser, l’écrivain biennois, il crée de petites cellules de vie culturelle ou conviviale autour de la notion de Monument. Continuer la lecture

Biennales de Venise

Je n’ai pas visité toutes les biennales d’art de Venise depuis 2001, depuis que mon site existe, mais je réunis  ici les compte-rendus des éditions que j’ai vues.

Biennale: 11 mai – 24 novembre 2019 May you live in Interesting Times, dirigée par Ralph Rugoff.

Biennale 11 mai – 24 novembre 2019. May you live in interesting Times
Ralph Rugoff qui dirige la biennale cette année est le directeur de la Hayward Gallery à Londres depuis de nombreuses années (2002). Un lieu qui présente des expositions d’art contemporain très pertinentes, mais avec un côté fun, un savant dosage, susceptible d’attirer le grand public. C’est bien la formule que l’on trouve dans cette biennale qui propose à la fois un discours engagé et des pratiques artistiques très diverses résolument figuratives. On trouve une toile de Georges Condo à l’entrée de l’Arsenal, ce qui dit bien sous quelle étoile on est. Une large place est faite aux techniques traditionnelles, peintures, sculptures, photographies, mais bien sûr  toutes les pratiques visuelles actuelles sont aussi très présentes. Pour résumer: une biennale figurative, engagée qui ressemble aussi parfois à un catalogue de voyage dans des pays à risque !

L’une des nouveautés de cette édition est d’offrir aux artistes sélectionnés la possibilité de présenter leurs travaux dans les deux lieux au pavillon central et à l’Arsenal.

Pour ma part, j’ai préféré la visite de l’Arsenal à celle du pavillon central des Giardini. Le risque ou l’avantage de ce choix, si l’on est pressé par le temps c’est que l’on ne visite qu’un seul lieu, ce qui serait dommage !
Les Suisses de l’étape occupent une place importante avec une large place faite à Carol Bove qui était l’une des artistes choisie pour le pavillon suisse il y a deux ans et le terrible rappel d’actualité choisi par Christophe Büchel, montrant un bateau éventré dans lequel des centaines de migrants ont perdu la vie, ce qui lui a valu entre autre une page dans le Guardian. Quant à Christian Marclay il n’est considéré ici que comme Américain, il occupe une large place dans dans les deux lieux avec les gravures montrées à Aarau il y a quelques années et une installation à l’Arsenal.
Il y a une large ouverture sur l’Afrique bien que là aussi on ne sait si ce sont des Africains de Londres ou s’ils  vivent réellement dans leur pays.
Quoi qu’il en soit cela les concepts de l’exposition permettent de rassembler des démarches qui ont quelque chose à dire quelque soit le mode d’expression utilisé. Dans la peinture Jill Mulleady, Michael Armitage, Otobong Nkanga, Julie Mehretu, dans la sculpture Nicole Eisenman, Andra Usujta, dans le film Alex da Corte, les nouvelles technologies Ed Atkins dont on découvre aussi des dessins  aux Giardini. A noter que Jimmie Durham (1940) a reçu le grand prix cette année, une figure relativement peu connue dont l’étonnant bestiaire God’s Children, God’s Poems, a été présenté au Migrosmuseum à Zurich en 2017. Il avait réalisé 14 sculptures à partir des crânes de grands animaux européens, qui deviennent autant de totems étonnants rassemblant divers matériaux, bois, métal et tissu.

Continuer la lecture

L’art de l’après-guerre

Expositions collectives

Zurich 1ermai 2019

Zurich Kunsthaus Fly me to the Moon jusqu’au 30 juin

Au Kunsthaus de Zurich, les expositions thématiques alternent avec des approches monographiques d’un artiste. En 2017, l’institution avait tenté de faire une histoire de La performance. Au printemps 2018, c’était l’histoire de la mode depuis le 16esiècle jusqu’à aujourd’hui qui était évoquée sous le titre Fashion Extreme Mode in der Kunst. 2019 marque  le 50èmeanniversaire du premier pas sur la lune et c’est ainsi à la présence de la lune dans l’art, l’imagination et la science que l’exposition Fly me to the Moon nous présente. Un beau sujet qui associe des peintures, photographies, installations et des évocations de l’exploration de la lune à proprement parler. Continuer la lecture

Visions du réel

Nyon Visions du réel 5 – 13 avril 2019

Pour la cinquantième édition de Visions du réel, il y avait un invité de marque avec Werner Herzog, je n’ai pas vu ses interventions.

Il me semble observer une tendance à utiliser des archives personnelles: albums de photos, films super8, lettres dans les films que j’ai vus pour évoquer une personne proche et en même temps révéler les croyances, les caractéristiques d’une région, d’un pays. Le film de Thomas Heise Heimat is a Space in time  est à ce titre emblématique liant étroitement l’histoire personnelle et générale sur toute la durée du XXe siècle.

No nos representan travail d’une espagnole, Irene Munoz Martin, qui a étudié à la Head à Genève. Elle part des manifestations qui se sont déroulées à Madrid en 2011. Elle étudiait dans une académie où l’on faisait beaucoup de copies. Elle filme des salles du Prado. Elle part sur Goya. Il y a plusieurs dérives étonnantes, mais l’ensemble du propos est intéressant. Elle évoque le transport des œuvres du Prado à travers l’Espagne puis à Genève. L’utilisation des Désastres de la guerre de Goya par les Républicains et Franco. Elle essaie aussi de faire poser un acteur dans la même position que le roi actuel. Elle termine en tentant de réaliser un tableau vivant évoquant la confrontation entre les manifestants et des policiers. Cela dégénère en discussions sans fin, mais elle dit après la projection que finalement c’est assez représentatif de ce qui se passait.

Madame de Stéphane Riethauser. Très belle réussite utilisant des films anciens, reconstitution d’une vie de famille à Genève depuis les années 1970 autour de la grand-mère d’origine italienne du réalisateur qui raconte par ailleurs la prise de conscience de sa propre identité sexuelle. Continuer la lecture