Princesses des villes et al.

Paris 8 juillet 2019

Le Palais de Tokyo propose une méga exposition ouverte sur les capitales de trois continents intitulée, Prin -cesse-s- des villes jusqu’au 8 septembre. Les Philippines, Manille, le Bangladesh, Dacca, l’Iran, Téhéran, Le Nigéria, Lagos et le Mexique, Mexico ont été retenus avec la présentation des réalisations d’artistes ou de groupes d’artistes. Le titre rappelle un peu une exposition itinérante intitulée Cities ont the Move présentée de 1997 à 1999, notamment à la Hayward Gallery  à Londres en 1999. L’approche évolue beaucoup ( j’ai regroupé sur cette page des articles consacrés à de grandes expositions collectives d’art contemporain) et l’on s’appuie de plus en plus sur des collectifs qui travaillent dans ces lieux et non sur une sélection extérieure. Alors que la Documenta 15 de 2022 a été confiée à un collectif indonésien: ruangrupa, ce sont d’autres aspects d’un foisonnement créatif universel qui sont montrés ici. Ce qui frappe aussi c’est l’absence des techniques informatiques, internet et le recours à des installations et des modes d’expression traditionnels qui exigent très peu de moyens. Mentionnons quelques exemples Britto Arts Trust, Dacca inventorie les décors traditionnels visibles sur les moyens de transport comme les rickshaws et les reproduit sur d’autres objets comme des parapluies. Bikini Wax EPS Mexico fait allusion au film Sauvez Willy de 1993 en proposant la maquette d’un orque, autour duquel gravite des éléments évoquant les travers de la vie politique mexicaine. Leeroy New assemble des éléments en plastique comme des tuyaux des égouttoirs à salades, des entonnoirs et les rassemble pour en faire un bar ludique où les visiteurs revêtent des casques étranges. Amir Kamand, un iranien sportif, ancien boxeur et skieur, qui se tourne vers la sculpture proche d’une forme d’art brut.

Divers films sont également projetés.


Paris: La Triennale 2012: Intense Proximité jusqu’au 26 août 2012

A l’intérieur du Palais de Tokyo, les espaces de la triennale sont délimités par des barrières customisées par Daniel Buren. En effet par ailleurs une dizaine d’interventions in situ ont été commandées à des artistes à l’occasion de la réouverture du bâtiment. Ceci ne facilite pas la perception de la Triennale, puisque ce sont ces grandes commandes qui frappent d’abord le visiteur. La Triennale s’étend sur trois étages, la première partie est présentée dans les espaces occupés autrefois par le Palais de Tokyo, puis on descend sur deux étages dont l’architecture de béton restée très brute est excessivement prégnante et crée une atmosphère sombre.

C’est dans la première partie que l’on découvre avant tout la problématique annoncée comme structurant cette triennale avec d’un côté des documents d’ethnologues, photographies de Claude Lévi- Strauss, Pierre Verger par exemple ou dessins de Wilfredo Lam. Cette Intense proximité se caractérise par une ouverture sur d’autres cultures avec une sélection d’artistes de pays arabes, d’Afrique, d’Europe de l’Est, mais aussi une place importante offerte aux créateurs français. Parmi ces derniers citons Annette Messager, Sarkis, Claude Closky, Luc Delahaye, Lily Renaud Dewar. Evidemment pour certains artistes, l’approche interculturelle est aujourd’hui dominée par les multiples guerres qui caractérisent le monde actuel. C’est ainsi que l’on peut comprendre les travaux d’Alfredo Jaar, Antoni Muntadas ou le terrible flip book de Thomas Hirschhorn (il montre des photos de victimes d’attentats ou de guerre que l’on ne voit jamais et qui sont atroces). Une fois surmontées les difficultés d’une première perception, il me semble que je retiens passablement de travaux qui m’ont frappé, qu’il s’agisse de vidéos, de dessins, de photos ou de quelques peintures. Relevons Aneta Grzezsykowa avec un film intitulé Headache sur la dislocation du corps. Le film du plus jeune artiste retenu Personal Hawking de Mihut Boscu (1986), une étonnante mise en scène masquée. Le film surréaliste de David Maljkovic. L’étrange cérémonie à la quelle se livrent les deux protagonistes de Laaroussa de Selmane et Sofia Ouissi. En fait parallèlement au discours de l’exposition, il semble qu’un grand nombre de travaux traitent surtout du corps humain qui souffre, résiste ou qui danse. Signalons aussi les dessins de Marcia Kure, les gouaches de Basim Magdy, les aquarelles de Barthélémy Toguo.

Patrick Schaefer L’art en jeu 21 mai 2012


Tate Britain Tate Triennial Altermodern jusqu’au 26 avril 2009

En invitant Nicolas Bourriaud, un commissaire d’expositions expérimenté, puisqu’il a été directeur du Palais de Tokyo, la Tate Britain a choisi une approche ambitieuse pour sa quatrième triennale. Elle a été précédée de débats préparatoires sur les concepts mis en oeuvre et réunit 28 artistes. L’exposition comprend 13 créateurs anglais, les autres sont allemand, américain, australien, français, indien et mauricien notamment. Le hall central de la Tate Britain, réservé à une seule installation sculpturale depuis quelques années, a été intégré à l’exposition et présente plusieurs oeuvres en particulier une grande pièce de Subodh Gupta, Line of Control, 2008 et un ensemble de céramiques de Pascale MartineTayou avec des figures religieuses ou des personnages de dessins animés insérés sur des blocs de terre qui suggèrent une collection archéologique imaginaire. Le guide remis au visiteur invite à parcourir les salles dans un certain ordre. La première est consacrée à Franz Ackermann qui associe ici peinture et installation autout du thème de la cage et de l’enfermement. Suivent des installations vidéos, des sculptures tantôt avec une salle entièrement consacrée à un artiste, tantôt avec des confrontations entre plusieurs démarches comme celle où l’on voit les photographies de Darren Almond, les sculptures de Simon Starling et les reliefs découpés de Seth Price.

Le fil conducteur de l’exposition apparait comme une valorisation de différentes formes d’imaginaires par des expressions variées. Il y a le voyage au sens propre du terme, mais aussi la création d’un univers imaginaire comme celui de Charles Avery autour des « Islanders » ou l’allusion à des voyages plus statiques comme la projection de Joachim Koester « The Hashish Club » où l’on voit l’ombre de feuilles de haschich. Différentes formes de visions par exemple Liquid Crystal Environment de Gustave Metzger ou les recherches de Loris Gréaud « Tremors where forever (Frequency of an Image, White Edit) », 2008. Un film de Lindsay Seer est projeté dans un espace qui reconstitue le premier studio d’Edison en 1893 appelé Black Maria, on voit cette maquette surgir à plusieurs reprises dans le film lui-même, l’artiste raconte l’histoire d’un enfant, elle-même, qui a remplacé le langage par l’enregistrement photographique. L’approche à la fois pleine de références et de fantastique avec un goût de la narration qui aboutit à un travail étonnant.

Le spectateur quitte l’exposition après avoir visionné Giantbum, 2009 deux films théâtraux et une installation de Nathaniel Mellors qui racontent les péripéties de trois personnages qui se sont perdus à l’intérieur d’un géant!

Patrick Schaefer, l’art en jeu 18 mars 2009


La Force de l’art 02, la triennale de l’art en France jusqu’au 1er juin 2009

La nef du Grand Palais abrite à nouveau un événement d’art contemporain. Après deux années Monumenta consacrées aux interventions monumentales d’un seul artiste, on découvre un panorama de l’art en France sélectionné par 3 commissaires d’expositions, Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais, Didier Ottinger. Le cheminement et les espaces ont été confiés à l’architecte Philippe Rahm qui se réfère au cube blanc de l’art moderne, ce qui ne semble à priori pas une excellente idée, si l’on considère l’excès de lumière naturelle qui caractérise ces espaces dans lesquels le spectateur est ébloui et chauffé à bloc en cas de soleil.

36 artistes ou groupes d’artistes ont investi le site pour un cheminement qui conduit à travers les différentes formes d’expression actuelles. Citons la plus spectaculaire de Wang Ju pour commencer puisqu’elle permet au spectateur de monter plusieurs étages à travers une pièce nommée International Kebab 2008. Dans la hauteur également on trouve la stèle verte de Virginie Yassef. Les palmiers moulés de Didier Marcel ont adopté quant à eux une position horizontale. Ils forment trois colonnes blanches cernées d’acier alors que sur les murs des moulages de terre labourée en noir et en brun leur font écho. A la blancheur générale viennent contribuer les cristaux de neige du Gentil Garçon. Alors que le ballon gonflable argenté de Bruno Peinado marque le centre de la halle et reflète la coupole du site. Gilles Barbier a conçu un immense tourniquet dans lequel apparaissent des dessins. Du côté de la peinture et du dessin quelques artistes ont été sélectionnés, citons Frédérique Loutz . D’autres projets sont réalisés dans la ville.

Le site de l’événement fourni tous les renseignements: http://www.laforcedelart.fr/02/

Patrick Schaefer, l’art en jeu 29 avril 2009


Beaubourg Airs de Paris jusqu’au 15 août 2007

Airs de Paris marque les trente ans du Centre Pompidou. Cette exposition s’inscrit dans la tradition du Centre en présentant simultanément les oeuvres d’artistes contemporains, souvent des commandes exécutées in situ, et la création industrielle et architecturale en évoquant, l’espace, le sport, l’architecture et les jardins. Avec 59 artistes et près de 20 créateurs appartenant à d’autres domaines la manifestation est très dense et ne laisse guère de place à des impressions fortes. On a plutôt l’impression d’un saupoudrage soucieux de ne froisser personne et d’embarquer le plus de participants possibles dans le bateau, sans prise de risques. Une fois surmontée l’impression d’étouffement de nombreuses pièces méritent pourtant un regard attentif. A signaler la bonne idée de Carsten Höller qui casse un parcours trop rigide, partage l’espace en deux en ouvrant une perspective et un corridor à l’intérieur de l’exposition.

Duchamp avait offert à des amis un flacon de pharmacie vide intitulé Air de Paris, c’est l’origine du titre de cette exposition qui présente des artistes vivant dans la capitale française. Elle met aussi en relation systématiquement dans le cadre thématique défini pour chaque section des créateurs appartenant à plusieurs générations. Les silhouettes découpées de Richard Fauguet entourent le flacon de Duchamp. Un film de Gordon Matta Clark sert de référence à Pierre Huyghe. Daniel Buren collabore avec Xavier Veilhan. Tatiana Trouvé propose une installation dans un espace distinct. Plus loin on rencontre Chris Marker et Claude Closky, puis Thomas Hirschorn et Thomas Demand. L’exposition s’achève avec une section intitulée « intimité et vie urbaine » qui propose le travail de Sophie Calle sur la tour Eiffel, une installation de Nan Goldin, les dessins d’Anne-Marie Schneider et un film d’animation, ainsi que des sculptures de Louise Bourgeois.

Patrick Schaefer, L’art en jeu 10 mai 2007