Dessin suisse: Miriam Cahn et al.

 

Berne 7 mars 2019

Miriam Cahn: Moi comme être humain jusqu’au 16 juin. Miriam Cahn l’une des principales représentantes du « dessin suisse » des années 1980 fête ses 70 ans. C’est l’occasion pour le musée de Berne de lui offrir toutes les cimaises de l’ancien bâtiment pour une rétrospective conçue et accrochée par l’artiste elle-même. ( L’exposition voyagera à Varsovie et au Haus der Kunst de Munich 11 07 – 28 10 2019), alors que le Kunsthaus Bregenz consacre une autre exposition à l’artiste 13 04 – 30 06, ainsi que le Reina Sofia de Madrid.).

L’artiste en empathie avec les problèmes du monde et toujours en colère! évite la muséification malgré la reconnaissance dont elle jouit. Elle qui a peint sous les pont d’autoroutes accroche ses dessins directement au mur, varie les formats du petit au très grand, préserve un caractère fragile et éphémère de la création. De la bombe atomique menaçante dans les années 1980 aux migrants qui se noient aujourd’hui, elle estime devoir réagir avec ses moyens d’expression.


Musée cantonal des beaux-arts et Collection de l’art brut, Aloise. Le ricochet solaire 1er juin – 26 août 2012

Deux expositions et deux regards bien distincts sur l’oeuvre d’Aloïse Corbaz (1886 – 1964). Au musée des beaux-arts on tente une présentation plus analytique, avec un essai de chronologie, qui veut entrer dans la logique interne d’Aloïse en mettant en évidence des mots clefs récurrents. Une approche intéressante qui place sur le même plan l’image et le langage, ces textes dont les oeuvres fourmillent. A l’art brut, les travaux sont présentés dans leur intensité, sans recul, en reprenant le point de vue de Jean Dubuffet qui fut l’un des principaux découvreurs de cette oeuvre. Ce sont deux regards légitimes, il est intéressant de pouvoir les apprécier!

Un site propose l’accès à toute l’oeuvre d’Aloïse dont une partie importante est présentée dans les deux expositions:

http://www.aloise-corbaz.ch

Musée de Pully jusqu’au 7 août 2011

Le musée de Pully rend un magnifique hommage à Jacqueline Oyex (1931 – 2006). Une rétrospective complète depuis des débuts stupéfiants qui révèlent un talent fulgurant jusqu’aux dernières années terribles marquées par la maladie qui la rongeait. Elle fut une artiste complète, reconnue et soutenue par ses pairs qui suscita beaucoup d’intérêt et ne fut pas privée d’un certain succès. Elle exposait régulièrement ses gravures à Lausanne et à Genève. La partie visible de son oeuvre était la gravure, eau-forte et aquatinte, 375 plaques ont été recensées, alors qu’elle travaillait en secret le dessin et la peinture. On découvre cet aspect quasiment pour la première fois dans cette exposition. Elle représentait essentiellement des visages, évoquant sans doute elle-même jouant aux cartes par exemple, parfois un couple, une famille, des personnages devenant mythiques, immobiles, les yeux vides, comme saisis dans un ailleurs, un monde de contes, d’enfance à la dimension tragique. Une présentation dont on ressort la gorge serrée. 12 juin 2011

Un site présente l’essentiel de son oeuvre: http://www.jacquelineoyex.ch


Leiko Ikemura – Les années lumière jusqu’au 24. 6. 2001

Venue du Japon Leiko Ikemura a séjourné en Espagne et en Suisse avant de s’installer en Allemagne. Elle a déjà exposé au Musée de beaux-arts de Lausanne en 1988. Ce dernier lui avait alors acheté plusieurs toiles. L’artiste a investi toutes les salles du musée, y compris celles qui sont consacrées à la collection. Elle réalise des sculptures en terre cuite et des peintures. Le thème exploré est toujours le même, c’est celui de la jeune fille ou de l’enfant. Il apparaît sous la forme de portraits, de figurines, de corps couchés et de corps en mouvement. La confrontation avec les oeuvres de la collection est assez risquée. En effet elle fonctionne plutôt bien, surtout dans la première salle où les figurines placées sur des socles à mi-hauteur sont confrontées à des portraits du 17e et du 18e siècle suscitant un étrange échange de regards, ensuite ce sont de petites figurines qui tracent le cheminement que le spectateur suit dans la deuxième salle. Dans la troisième salle, Leiko Ikemura se retrouve seule, face au jaune des murs, ici le jaune paraît plus fort que les oeuvres de l’artiste. Enfin dans la salle du fond, on découvre ses peintures, réparties sur une longue cimaise blanche, la voici de plus en plus seule. Et l’on s’interroge sur la force de ses peintures formées d’une couche de couleurs très fine où l’on distingue comme l’ombre ou la vision radiographiée de corps évoluant dans diverses positions, alors que chaque toile présente un instant, un moment arrêté. Les salles suivantes proposent d’autres sculptures associées parfois à des peintures. A vrai dire, le parti-pris de renoncer à la plasticité dans la peinture pour la déplacer carrément dans l’espace est fascinant, les peintures ont ainsi le caractère d’une photographie, d’une radiographie et l’expression du volume est confiée aux terres cuites ou au bronze. Fascinant, le processus est aussi gênant, car la peinture se nie elle-même en quelque sorte et l’on s’interroge sur son existence lorsqu’elle ne bénéficie plus des oeuvres de la collection ou des figurines en terre cuite pour la soutenir. De nombreux artistes jouent aujourd’hui sur ces associations, déjà développées par certains membres du groupe COBRA dans les années 1950. Le plus connu, celui à qui ces expériences réussissent le mieux, est sans doute Thomas Schütte qui associe des dessins très figuratifs à des sculptures modelées avec plaisir et sensualité. La démarche de Leiko Ikemura est beaucoup plus sombre, ses figures sont des poupées tristes, abandonnées ou des morts évoqués par des figurines votives. Considérant cette thématique et le caractère d’invocation de son travail, qui rappelle Boltanski, le propos se dilue un peu trop dans les grandes salles du Musée. Une confrontation plus restreinte eut sans doute été moins risquée pour l’artiste qui bénéficie ici d’une occasion exceptionnelle pour mettre en scène son travail.